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La Saint-Valentin célèbre l’amour ? Chez les politiques, on préfère les coups bas !

Réflexions Par | 14 février 2013

14 février : c’est la fête – commerciale – des amoureux. N’oubliez pas d’acheter un cadeau à votre conjoint. Mais 14 février ou pas, la politique ne s’arrête jamais. D’ailleurs, politique et amour ou amitié ne font pas toujours bon ménage, même assez rarement. On préfère s’écharper à base de coups bas, de manoeuvres d’appareils, de petites trahisons, de rumeurs malsaines… Petit best of des coups bas en politique ces trente dernières années dans la région.

1983, campagne municipale à Lille. La campagne municipale lilloise de cette année a été un vrai festival de coups bas dignes d’entrer au Panthéon des vilénies. Le clou de la fête, ce fut cet incendie de la maison du candidat de la droite peu avant le scrutin, Bruno Chauvierre, encore aujourd’hui titulaire du meilleur score contre le sortant Pierre Mauroy. On ne sait pas encore le fin mot de l’histoire. Hypothèses et conjectures fleurirent comme orties en jachère. La plus abracadabrantesque : le “sauvetage” par le KGB de Pierre Mauroy, premier ministre au creux des sondages et maire sortant sur la sellette, politiquement garant de la présence des communistes au gouvernement d’alors et ce en pleine paranoïa déclenchée par l’affaire d’espionnage Farewell entre la France et l’union soviétique ! …Les pistes du camp d’en face voire de l’escroquerie à l’assurance furent naturellement explorées sans qu’on n’en sache plus. Plus plausible : une suite de règlements de comptes en forme de poupées russes (!) au sein du RPR et ses clans parfois incontrôlables sur fond de SAC – le service d’action civique, la police politique parallèle du régime gaulliste – démantelé deux ans auparavant. Comme pour l’assassinat de Kennedy, il faudra attendre quelque temps avant de savoir…curieuse époque.

1986, élection des conseillers régionaux. Première élection des conseillers régionaux au suffrage universel. Un nom célébrissime débarque à Lille, rien moins que Charles de Gaulle petit-fils, et pour le compte de l’UDF, en prime. Dans les rangs du RPR, on est consterné. Jacques Vernier, maire de Douai, étoile montante de son camp, crie au complot. Résultat, le socialiste Noël Josèphe conserve son fauteuil, sans majorité véritable. Puis, Charles petit-fils se mit à dériver lentement mais sûrement vers des rivages droitiers avant de rejoindre le FN. Un coup pour rien. Toujours en mal de leader rassembleur, l’UDF, par l’entremise de go-beetween comme l’amandinois Francis Decourrière, testèrent quelques années plus tard la personnalité d’un certain Jean-Louis Borloo…

Qui va à la chasse perd sa place

1988, la trahison du Roi. Le Roi Arthur (Notebart) est en voyage en Australie. A Lille, les Brutus aiguisent leurs lames. Les grands maires – Lille, Roubaix, Tourcoing, VA – se rebiffent contre le Kaiser Söze de la métropole lilloise, tout-puissant président de la communauté urbaine, qui fait de l’ombre à tout ceux qui voudraient lui succéder et n’hésitent à les couvrir de mots d’oiseaux quand l’envie lui prend. En premier, un Pierre Mauroy, ancien locataire de Matignon, qui a compris que sa ville de Lille ne peut se développer sans une communauté urbaine rassemblée. Accessoirement, il ne rechigne pas à une plume de plus à son chapeau déjà bien étoffé. La cohérence dans la cohésion. Or depuis quelques années, Notebart est de plus en plus contesté au sein de sa majorité communautaire et certains évoquent son indispensable éviction. Alors, profitant de l’escapade présidentielle aux antipodes, les conjurés fourbissent une charte qui est en réalité un arrêt de mort. Et, l’année suivante, au cours du premier conseil de communauté, le vieux Raminagrobis se fit manger par les petites souris aux dents longues…et Pierre Mauroy lui chipa le sceptre. La petite histoire prétend même que le diable s’invita dans la danse et que de vilaines pressions furent exercées. Allons donc !

1992, Delebarre dindon de la farce. Comment faire pour empêcher le bulldozer nordiste Michel Delebarre de devenir président de la région Nord-Pas de Calais, une idée insupportable pour le clan socialiste pasdecalaisien et la “fédé” en bisbilles permanentes avec son homologue du Nord ? C’est au cours de la nuit des dupes de mars en pleine assemblée constitutive du conseil qu’ils trouvèrent la solution en profitant d’un inextricable rapport de forces en forme de Rubik’s cube. Vertement propulsée présidente, l’inconnue écologiste Blandin résolvait l’équation gordienne. Pérennité de la gauche préservée et menace delebarrienne écartée. Bingo !

Radios râgots

1995, Titine de Fer dans le viseur. C’est Martine Aubry qui fut la cible des snipers. Procès en bourgeoisie, insinuations, calomnies, villas luxueuses, voitures de sport,…Pour la future première adjointe de Pierre Mauroy, le début d’une longue série de ragots peu râgoutants qui la suivirent comme un satané sparadrap jusqu’à son combat perdu pour la désignation à la présidentielle où l’on a atteint des sommets de malveillance.

1998, Borloo et les tirs croisés. L’ancien maire de Valenciennes ne fit pas l’économie des tirs croisés venus de son propre camp. Pendant les régionales, à la tribune même des meetings de la droite “officielle” – lui menait une liste borloïste-centriste mâtinée de RPR éconduits et d’UDF évincés -, on stigmatisait les prétendus vices et travers du candidat (Venu en soutien le patron du RPR, Philippe Séguin, lancera un anathème resté fameux à base de strass et de paillettes). Les Guignols de l’info en firent quelques années plus tard un marronnier en fleurs toute l’année. La poudre était bien noire, cette année-là.

2001, un tabloïd de droite. Chaque numéro du Grand Lille le Standaard était un petit Hiroshima. Tabloïd fou lancé pendant la campagne municipale lilloise par un mercenaire desperado et apprenti-Frankenstein pour le compte d’un candidat à la droite de la droite, Alain Bienvenu,  il dézinguait dans tous les camps et n’épargnait pas les institutions comme La Voix du Nord ou le distingué éditorialiste de Nord Eclair. Devenus collector’s, les exemplaires rares du périodique pamphlétaire font encore l’effet d’un diable surgi de nulle part. D’ailleurs, il disparut assez vite.

Gérard Dalongeville : et tout commença par une trahison

2001, les débuts de Gérard Dalongeville. On rappellera simplement qu’il subtilisa la mairie d’Hénin-Beaumont à Pierre Darchicourt dont il était le directeur de cabinet. C’était en 2001, et, depuis, le bassin minier du Pas de Calais, déjà troublé par les affaires Mellick à Béthune, glissa rapidement dans les profondeurs de la haine ordinaire. Deus ex machina ou instrument de l’ombre ? En tout cas, symbole d’une dérive politicienne que celle de l’ancien maire socialiste d’Hénin-Beaumont qui fut poursuivi en justice et banni de son camp. Un formidable effet de loupe sur un système aux multiples ramifications et dont les rebondissements n’en finissent pas d’agiter le Landerneau socialiste. Jusqu’à l’affaire du Carlton de Lille, pour ne citer qu’elle.

Années 90-2000, Dunkerque sur mer. Entre Michel Delebarre et Franck Dhersin, ce ne sont que coûteaux ensanglantés et mandales magnifiques. Rumeurs de maladie, accusations d’acheter les voix, insinuations de coquinage avec la pègre,…la panoplie des coups bas est quasi complète, déployée pour les municipales, les législatives, ou les cantonales. Delebarre le socialiste a gagné. Il partait avec une encablure d’avance sur l’UMP Dhersin : au cours des années 90, l’actuel sénateur-maire de la cité de Jean-Bart avait encaissé une longue série d’attaques de sa propre famille dont les rejetons locaux refusaient son parachutage de Lille à Dunkerque : dissidences, candidatures-bidon, déstabilisations, toutes destinées à affaiblir son assise électorale, et parfois couronnées de succès.

Crédit photo Une : Sylke Ibach sur FlickR.

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