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Acte III de la décentralisation : quel impact dans le Nord – Pas-de-Calais ?

Réflexions Par | 07 février 2013

Acte III de la décentralisation… Allez, on parie que vous en avez entendu parler, mais que vous n’avez pas pigé grand chose. On ne vous en veut pas. DailyNord a donc décidé de vous expliquer en quoi ce troisième acte pourrait bouleverser dans les équilibres du Nord – Pas-de-Calais.

Lille, métropole européenne ?

Le nouveau projet de loi sur la décentralisation, porté par Marylise Lebranchu, ministre de la réforme de l’Etat et de la décentralisation, est ambitieux. Il prévoit ni plus ni moins que la création de métropoles européennes d’un million d’habitants. Un nouveau statut destiné à doper la compétitivité de ces territoires appelés à rayonner à l’échelle européenne. En France, Lille, Lyon et Marseille sont concernées (on notera que le Grand Paris n’est pas du voyage…surtout après les errements de ces dernières années, mais le problème des capitales d’Etat est certes différent). L’enjeu est simple. Permettre à ces agglomérations de rivaliser avec Milan, Barcelone, Turin, Cologne ou Birmingham, autant de métropoles qui ont déjà pris rang en Europe.

Si la démarche est autoritaire et procède de la loi – et rappelle celle des années soixante quand furent créées les premières communautés urbaines dont celle de Lille -, elle participe évidemment de la volonté de simplifier l’organisation administrative. Car des blocs entiers de compétences seraient transférées à ces métropoles. Déshabiller un conseil général ou un conseil régional n’est jamais chose simple. Mais du côté de Lyon, les grands élus Michel Mercier et Gérard Collomb, pourtant de bords différents, se sont entendus pour préparer le grand big-bang : le conseil général du Rhône se scinde pour renforcer le Grand Lyon. Ce dernier, fort d’ 1,35 million d’habitants, appelé à devenir une grande métropole européenne. Peut-t-on imaginer la même chose dans le Nord ? Une grande métropole lilloise, de plus en plus intégrée et qui s’adjoindrait ainsi une kyrielle de communes et d’intercommunalités, qui récupérerait des compétences économiques, sociales et de gestion d’infrastructures du conseil général du Nord et du conseil régional, voilà un scenario qui ne ravit certes pas un Patrick Kanner, patron du département ou un Daniel Percheron, patron de la région. D’autant plus que c’est Martine Aubry, présidente de la communauté urbaine de Lille métropole, au coeur du dispositif prévu, qui serait la grande gagnante de ce jeu de Lego institutionnel.

Valenciennes et Dunkerque vont-elles quitter le département du Nord ?

Communautés métropolitaines, un autre statut qui concerne les agglomérations de plus de 400 000 habitants, telles Strasbourg, Bordeaux, Toulouse,…. A priori, chez nous, peu de territoires seraient visés. Mais la loi offrira probablement la possibilité de contourner le critère démographique. A condition d’afficher des compétences culturelles, de transport et de logistique,…Le Valenciennois, et ses 350 000 habitants, en pointe sur les transports et la recherche, et qui cultive sa différence avec la métropole lilloise, pourrait faire entendre sa petite musique. Le Dunkerquois aussi, qui mettrait ainsi la main sur le port autonome actuellement géré par l’Etat. De quoi ravir un Michel Delebarre, le “tsar” de la ville de Jean-Bart, qui règne sur une agglomération d’un peu plus de 200 000 habitants et dont la ville-centre dont il est le maire ne cesse de s’agrandir par associations successives avec ses voisines. Oui, mais voilà…autant signer l’arrêt de mort du département du Nord dans sa configuration actuelle, petit à petit réduit à la portion congrue et dont les compétences sont élaguées au profit des nouveaux statuts en gestation. Il resterait au département, grosso modo, les plaines des Flandres, les zones rurales de l’Avesnois, le Cambrésis, et le bassin de la Sambre…à la louche, à peine un million d’habitants. On sait que se pose régulièrement la question du rôle d’un conseil général dans un territoire fortement urbanisé. Après tout, Paris est à la fois capitale, commune (loi PLM), agglomération et département. Mais c’est le spectre d’une région à plusieurs vitesses qui se profile : une grande métropole européenne, deux ou trois communautés métropolitaines et…le reste.

Quid du Pas-de-Calais ?

Difficile de dire si des grandes agglomérations du Pas-de-Calais seraient concernées ou intéressées par cette nouvelle “offre” institutionnelle. La communauté urbaine d’Arras ?  Pourquoi pas ? Là aussi des rapprochements avec l’ex-bassin minier sont indispensables pour acquérir une taille critique (le Douaisis et l’Arrageois, par exemple). Et l’on se heurte aux baronnies locales qui font l’actualité. L’ancien maire de Liévin, Jean-Pierre Kucheida poussait l’idée d’une grande communauté urbaine sur ce territoire d’un million d’habitants. Oui, mais à condition de gommer la frontière entre les deux départements !  Rien que dans le Pas-de-Calais, d’Auchel à Lens, qui vient de se faire remarquer avec le Louvre-bis, ce sont plusieurs centaines de milliers d’habitants qui vivraient sous l’égide d’une communauté métropolitaine. Mêmes incertitudes pour le littoral et la façade maritime régionale, qui se hâte lentement vers l’harmonisation de son aménagement, surtout portuaire. Certes, il y a loin de la coupe aux lèvres et ne nous laissons pas griser par le meccano administratif. On comprend pourquoi la décision “jacobine” de l’Etat s’avère nécessaire pour faire bouger les lignes*…

* Une autre issue de déblocage est la voie référendaire. L’Alsace prend ce chemin pour fusionner ses deux départements. A la clé une meilleure lecture par les habitants, une rationalisation de la carte administrative, une plus grande souplesse de gestion et des moyens accrus. Peut-on oser envisager une meilleure maîtrise de la fiscalité locale ?

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1 Commentaire

  1. “Métropoles européennes”, “communautés métropolitaines”, la combinatoire politico administrative prend des allures de cuisine de grand restaurant. Dans la gastronomie classique française, le liant, c’est la sauce aux noms si pittoresques qui noye les papilles de suavités affriolantes. Ici la sauce pèse sur l’estomac.

    Perso, en ces matières politico administratives on prefere la nouvelle cuisine, bien plus lisible et nerveuse : 3 haricots verts et une carotte sur une assiette blanche. Au moins, on sait ce qu’on mange et la moindre erreur dans la cuisson coule le cuisinier

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