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(Un quinquennat à Saint-Omer) Bruno Magnier, maire : “Nous souffrons d’un déficit d’image”

Un quinquennat à Denain et Saint-Omer Par | 15 janvier 2013

C’est aussi la rentrée pour le projet « Un quinquennat à Denain et Saint-Omer». Et pour la nouvelle année, on vous gâte. DailyNord a décidé d’interviewer les maires des deux cités. Afin qu’ils nous donnent leur vision de leur ville, leur position dans l’échiquier régional, leur vision d’avenir aussi. On commence avec Bruno Magnier, maire PS de Saint-Omer.

Bruno Magnier a-t-il une bonne vision d'avenir pour sa ville ? Photo : Stéphane Dubromel.

DailyNord : S’il vous fallait qualifier Saint-Omer, vous diriez ?

Bruno Magnier : C’est la capitale historique des Flandres. Celle de la zone rurale entre Boulogne, Calais et Lille. Au Moyen-Age avec 30 000 habitants, Saint-Omer était même la troisième ville de France (Paris comptait 80 000 habitants, Ndlr). Vous voyez, ce qui m’agace, c’est que l’on oublie ce passé. Quand on évoque le Pas-de-Calais, on ne parle que du Bassin Minier. Comme si l’histoire du département démarrait avec la mine et la révolution industrielle…

DailyNord : Comment se fait-il que Saint-Omer ait perdu ce rang de troisième ville du pays ?

Bruno Magnier : Si Charles Quint n’avait pas détruit Thérouanne en 1553, nous serions sans doute aujourd’hui la capitale du Nord – Pas-de-Calais ! Il n’y a pas eu que ça : pendant la Révolution, Arras a aussi été nommée préfecture au détriment de Saint-Omer, à qui on a donné le tribunal d’assises en échange. Après, c’est aussi dû à la composition du Pas-de-Calais : vous n’avez pas de grande ville, mais plutôt des villes moyennes.

Un Canterbury du Nord – Pas-de-Calais ?

DailyNord : Aujourd’hui, Saint-Omer n’évoque pas grand chose dans les conversations avec les Lillois par exemple…

Bruno Magnier : C’est vrai. Je côtoie beaucoup de Lillois à qui je demande ce qu’ils pensent de Saint-Omer. Ils me répondent : « Rien. Ah si, je suis venu une fois dans le marais, c’était bien…» On a aussi une image d’une ville historique bourgeoise, mais ça ne va pas plus loin. Nous souffrons d’un déficit d’image. D’où le sens de notre travail aujourd’hui : on a une position géographique incontournable, entre la Flandre et la route des Anglais, il y a la place pour devenir le Canterbury du Nord !

DailyNord : C’est-à-dire ?

Bruno Magnier : On ne s’est pas assez servi durant les dernières années de notre position géographique et de notre patrimoine. Regardez en Angleterre : Canterbury est une ville riche, alors que logiquement, la richesse économique aurait dû plus aller du côté de Folkestone et de Douvres. A nous de tirer ce parti vis-à-vis de Calais ou Boulogne-sur-Mer par exemple en profitant de nos deux atouts majeurs : le patrimoine bâti et le marais, deux choses qui n’ont pas été exploitées les 25 dernières années (sous les mandats de la droite, Ndlr).

DailyNord : Le patrimoine, justement. Que représente-t-il dans le développement d’une ville comme Saint-Omer ?


Bruno Magnier : Nous avons 24 sites inscrits ou classés à Saint-Omer. C’est un patrimoine exceptionnel pour une ville de 16 000 habitants. Et le désavantage, c’est que nous avons du mal à gérer ces contraintes car nous n’avons pas la puissance financière de Lille ou d’Arras. Pour la cathédrale, nous avons investi 3 millions d’euros (partenaires compris, ndlr). Il faut encore neuf millions. On a trois millions d’euros de capacité d’investissement net. Vous faites le calcul : il faut aujourd’hui trouver les partenaires pour financer cela. Et trouver une destination à chaque patrimoine : c’est le cas pour l’église Saint-Sépulcre. Si on ne lui trouve pas de destination, il n’y aura pas de financement. Encore plus en période de rigueur budgétaire. Dans le même ordre d’idée, on se bat pour faire passer le musée communal Sandelin sous régime départemental. Aujourd’hui, ce magnifique musée n’attire que 12 à 13 000 visiteurs par an, alors qu’il mériterait beaucoup plus. C’est en cours de discussion… mais encore une fois, l’argent ne coule pas à flot. Entre le patrimoine, le marais, on a un potentiel touristique énorme à exploiter. Malheureusement, aujourd’hui, un touriste reste 1,6 jour à Saint-Omer. Il faudrait arriver à 3 jours.

Saint-Omer a aussi le droit à ses marchands de sommeil

DailyNord : Votre deuxième axe de travail, c’est le logement. Etonnant vu de l’extérieur…

Bruno Magnier : Les villes historiques attirent la pauvreté et à Saint-Omer, on a des marchands de sommeil. Saviez-vous que la moyenne des revenus d’un ménage est de moins de 11 000 euros ? Dans l’arrondissement de Saint-Omer, on est la cent dix-huitième commune sur 128. Un tiers des habitants vit avec moins de 953 euros par mois, en dessous du seuil de pauvreté, on a 28% de logements sociaux…. Et dans le parc privé, on a un énorme problème de logement avec des maisons de maîtres retapées en huit ou neuf appartements, parfois à la limite de la salubrité ou insalubres.

DailyNord : Concrètement, que pouvez-vous faire face à ce problème ?

Bruno Magnier : Nous travaillons sur une étude représentant Saint-Omer en 2020. Concrètement, l’idée est de se dire comment trouver 50 millions d’euros sur les dix ans pour travailler sur le patrimoine, le logement, le tourisme. Ainsi, Saint-Omer est candidate au Programme national de rénovation des quartiers anciens dégradés. Une fois que nous l’aurons, nous pourrons agir sur le logement. Aujourd’hui, quand un propriétaire rachète une maison, il n’est pas obligé de déclarer les travaux à l’intérieur et peut faire des appartements ou studios minuscules avec un seul compteur. Demain, ça ne sera plus possible. Et parallèlement, on retravaillera quartier par quartier, immeuble par immeuble. Ce programme permettra aussi d’attirer les investisseurs qui veulent défiscaliser. De vrais investisseurs. Pas des marchands de sommeil.

DailyNord : La pauvreté est donc un problème prégnant à Saint-Omer ?

Bruno Magnier : Ici, vous avez des poches de pauvreté entre le centre-ville et le bas de la ville. Depuis que nous sommes arrivés, nous essayons de développer une vraie politique sociale. Avec un centre d’action sociale, une épicerie sociale qui a ouvert en octobre. On investit aussi dans la culture, essentielle au développement de Saint-Omer. On est d’ailleurs candidat à la capitale régionale de la culture pour 2017. Ceci est aussi valable pour le sport. Tout cela peut enclencher une dynamique positive pour la ville. Mais on ne peut le faire seul.

Une association avec Arques et Longuenesse dans les deux à quatre ans ?

DailyNord : Vous réclamez l’aide des instances régionales ?

Bruno Magnier : Attention, je ne veux pas peindre un portrait négatif : on a tout, il ne manque rien, Saint-Omer est une ville qui possède encore un centre-ville très actif par exemple, mais le revers de la médaille, c’est que dans le concert régional et national, on a du mal à exister. L’idée que je développe, c’est que les villes moyennes ont besoin d’un coup de pouce, d’un soutien particulier pour une région équilibrée.

DailyNord : Cela peut-il passer par une intercommunalité plus forte ?

Bruno Magnier : On a déjà une intercommunalité. Mon idée est plutôt d’associer les trois villes : Saint-Omer, Arques et Longuenesse pour créer une ville de 37 000 habitants, dans le même ordre d’idée que Lomme et Hellemmes à Lille ou à Dunkerque. Sans perdre son identité. Mais au moins, on aurait plus de poids au niveau des pouvoirs publics, des dotations de l’Etat. Pour vous donner une idée, on serait juste derrière Arras dans l’échiquier départemental. J’aimerais que l’on y arrive d’ici deux à quatre ans.

DailyNord : Vous avez conscience que c’est le genre de combat qui peut vous nuire pour une réélection ?


Bruno Magnier : Les habitants ont souvent l’esprit de clocher. Deux villes ont fusionné dernièrement, lors d’un référendum, c’était à 60% contre. Aujourd’hui, les financements sont de plus en plus difficiles à trouver, la crise financière met encore plus les territoires en concurrence. Si on veut peser, attirer des entrepreneurs et leurs familles, il faut leur proposer un cadre de vie avec tous les services. Je ne parle pas de fusion, entendez-moi bien, mais d’association. Chacun garderait son identité. Pour le reste, je ne suis pas un professionnel de la politique, je travaille pour la ville. Alors, si ça me coûte mon mandat, je reprendrais mon métier de proviseur…

DailyNord : Vous évoquiez l’étude Saint-Omer 2020. Quand en saura-t-on plus ?

Bruno Magnier : L’étude Saint-Omer 2020 sera rendue en mars. Elle a été réalisée par le cabinet Interland de Lyon et Paris, justement pour avoir un regard extérieur. On a trois axes sur lesquels travailler : une ville créative où on habite, une ville qui fabrique sa notoriété, une ville qui se visite. Ce développement se fera en accord avec la population, en travaillant sur nos atouts, en définissant une image claire de Saint-Omer.

Une réélection et puis s’en va

DailyNord : Quand vous voyez Saint-Omer dans dix ans, vous pensez à un exemple de ville en particulier ?


Bruno Magnier : Courtrai. C’est Saint-Omer avec 70 000 habitants. Bon, la ville a eu la chance d’avoir toujours un bourgmestre ministre depuis 20 ans.

DailyNord : 2014, c’est dans un an. En vous écoutant, on comprend que vous êtes candidat à un deuxième mandat ?

Bruno Magnier : Je suis candidat à ma réélection. En revanche, si je ne suis pas contre le cumul des mandats car je pense qu’il faut être représenté à l’agglomération et dans les instances départementales ou régionales pour exister, je suis pour la limitation du mandat de maire. Deux, c’est suffisant. Le premier pour impulser la dynamique, le second pour la pérenniser.

Retrouvez tous les articles du projet quinquennat.

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1 Commentaire

  1. Tiens tiens, l’équilibre des territoires… si la majorité des maires concernés soulevaient de concert le problème, sans doute avancerait-on. S’agissant du musée Sandelin, je crains que les espoirs ne soient dissous par le rognage prévisible et quasi confirmé des budgets des musées de toute la région afin d’entretenir le train de vie du Louvre lensois.

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