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(Projet quinquennat) Anne-Lise Dufour-Tonini, députée-maire : « Denain est une ville en pleine mutation »

Un quinquennat à Denain et Saint-Omer Par | 29 janvier 2013

Après l’interview du maire de Saint-Omer il y a quelques semaines, retour de notre projet quinquennat avec son homologue denaisienne. Entretien avec Anne-Lise Dufour-Tonini, également députée de la « ville la plus pauvre de France». L’occasion de passer en revue l’image de la cité (décidément un problème pour nos deux villes témoins !), son avenir, mais également la question du cumul des mandats.

Anne-Lise Dufour-Tonini, députée-maire de Denain, dans l'hôtel de ville de la "cité la plus pauvre de France". Photo : Stéphane Dubromel.

DailyNord : Est-ce difficile d’entendre à longueur de journée que Denain est la ville la plus pauvre de France ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : On ne peut pas nier nos difficultés. Avec le départ d’Usinor, il y a trente ans, la ville a connu une désindustrialisation massive. On a perdu 10 000 habitants, les usines et commerces faisaient vivre 40 000 salariés. Une partie des gens employables sont partis… Ça ne fait jamais plaisir à entendre, d’autant que ça ne contribue pas à attirer des investisseurs et des gens en capacité de redynamiser la ville. Néanmoins, cette image ne correspond pas au Denain d’aujourd’hui.

« Une ville en pleine mutation»

DailyNord : Quelle est donc l’image de Denain aujourd’hui, selon vous ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : C’est une ville qui est en pleine mutation. Regardez les grues autour de vous. Denain regarde en avant, et plus en arrière. Il y a de nouvelles cellules industrielles à la place d’Usinor, de nouveaux commerces, de nouveaux logements. Denain a toutes les chances de redevenir une grande ville. Il faut arrêter donc de brandir ce classement de ville la plus pauvre de France.

DailyNord : Mais ce classement repose bien sur un fond de vérité, vous ne pouvez pas le nier ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : Ce classement prend des critères réalistes : le revenu moyen par habitant est en dessous du niveau national et régional ; nous avons 30% de chômage dans la population active. C’est un reflet, mais pas LE reflet. Nous ne sommes pas dans une ville qui n’est faite que de misère : on a un théâtre, des équipements municipaux d’envergure, etc.

DailyNord : Il y a donc une image à faire changer ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : C’est l’un de mes enjeux essentiels en terme de développement de la ville. Pourquoi on ne parle pas de notre école de musique, de danse, de notre club de photos qui est le premier de France, de notre club de basket ? Si on veut que les investisseurs continuent à s’installer, si on veut une mixité sociale, il faut arrêter de montrer cette image qui ne donne pas envie…

DailyNord : Mais comment faire changer cette image ? Vous avez bien conscience qu’elle va être difficile à faire évoluer…

Anne-Lise Dufour-Tonini : L’image, c’est ce qu’il y a de plus difficile à changer. Une image, ça se construit dans le temps… et ça se dégrade très vite. Mais autour de moi, les discours changent. Quand je suis dans le Valenciennois, quand je suis à Paris, d’année en année, la perception de Denain évolue. Parce qu’aussi, nous avons arrêté de crier : « Venez nous aider, on est pauvre !» A la place, on montre que nous avons du foncier disponible, que la ville est située à proximité de deux autoroutes, que le tram nous relie à Valenciennes, que nous avons une voie d’eau qui pourrait se développer grandement avec le Canal Seine-Nord, qu’il y a un aéroport à proximité, etc. En mettant en avant ces atouts, on contribue à faire changer une image. Ça commence à se savoir. Mais il y en a encore pour quelques années de boulot !

« Pendant 30 ans, on a accusé les patrons d’Usinor de tous nos malheurs»

DailyNord : Quand a-t-on arrêté de crier « Venez nous aider, on est pauvre !» ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : Patrick Roy (l’ancien député-maire) et moi avons voulu parler de l’avenir en arrêtant de pleurer sur ce que l’on avait perdu. Pendant 30 ans, on a toujours accusé les patrons d’Usinor d’être responsables de tous nos malheurs. Du coup, on a loupé certains trains, que Valenciennes, par exemple, a su prendre. Aujourd’hui, Denain est dans une autre dynamique, mais dans un contexte différent : c’est la crise, il y a moins d’argent. Vous savez, dans la ZAC du Nouveau Monde, un Quick doit s’installer. Ça traîne car le patron, un franchisé, a du mal à avoir les liquidités nécessaires. La situation économique générale ne nous aide pas. Il faut néanmoins persévérer dans cette voie : Lille est presque saturée, Valenciennes est aussi très urbanisée, Denain a un coup à jouer pour attirer les investisseurs. Il nous reste du foncier ici. A nous de ne pas louper le coche, ce à quoi nous nous employons tous les jours.

DailyNord : Combien faudra-t-il de temps pour redonner à Denain cette image de ville dynamique ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : Cinq à dix ans car il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup de secteurs à traiter… Et il faut se battre dans une période compliquée. Très sincèrement, quand les investisseurs viennent, ils sont plutôt agréablement surpris de la ville par rapport à l’image qu’ils pouvaient en avoir avant d’y mettre les pieds.

Une députée-maire peut-elle distribuer des emplois ?

DailyNord : En octobre, nous évoquions une nouvelle convention avec le sous-préfet qui s’attaquait à plusieurs maux du Denaisis. Où en est-on en janvier ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : La déclaration d’intention de louer est effective depuis le 1er janvier. C’est important. On a beaucoup parlé du logement minuscule loué à Paris dernièrement. A Denain, on a les mêmes. Le travail sur le logement est énorme et essentiel. Savez-vous que j’ai 1 700 demandes de logements sociaux en attente (pour 2 300 logements) ! C’est la principale préoccupation des gens qui viennent me voir en permanence. Avec l’emploi.

DailyNord : Parce qu’une députée-maire peut distribuer des emplois ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : Non, je n’ai pas d’offres d’emplois à donner. Mais je peux donner des conseils, orienter le candidat, parfois perdu. Il m’arrive parfois de faire une lettre de recommandation. Puis expliquer aussi qu’il y a des emplois à Denain non pourvus. La Fonderie-Acierie de Denain recherche constamment de la main d’oeuvre. Bon, c’est un travail très dur, mais il y a du boulot. On a un très bel hôpital aussi avec 1 300 naissances chaque année. La zone commerciale a aussi créé 150 emplois !

Metallurgicales, AS Denain-Voltaire, deux vecteurs d’images en danger ?

DailyNord : A la fin de l’année 2012, vous avez annoncé la baisse de la subvention municipale à l’égard des Metallurgicales, festival qui est pourtant un vecteur en terme d’image pour la ville…

Anne-Lise Dufour-Tonini : Il contribue à changer l’image de Denain, c’est pour ça que le festival continuera d’exister. En revanche, on doit investir à Denain. En 2012, il y a eu 780 euros d’investissement par habitant, soit plus du double de la moyenne française. Donc, on est obligé de regarder à la dépense, et ne pas aller trop loin, en rationalisant avec rigueur. Au lieu de têtes d’affiches tous les ans, il y aura un tremplin un an sur deux avec un groupe plus important, et plusieurs têtes d’affiche la deuxième année. En résumé, le budget annuel, consacré par la Ville à l’événement, était de 70 à 80 000 euros. Désormais, ce sera la même somme, mais pour deux ans.

DailyNord : Autre vecteur d’image, l’AS Denain-Voltaire, qui a connu de grosses difficultés ces derniers mois. Vous êtes d’ailleurs intervenue en tant que députée-maire dans le dossier…

Anne-Lise Dufour-Tonini :Le club fait partie de l’histoire de la ville, de l’histoire du basket français. Seulement, les dirigeants n’arrivaient pas à trouver d’investisseurs privés pour équilibrer le budget alors que la part des collectivités est déjà très importante (100 000 euros pour la Ville, 380 000 pour l’Agglomération, 200 000 euros pour la Région). Il y avait des problèmes d’assurance, de salaires non payés, de loyers non réglés… J’ai reçu le président du club, je lui ai expliqué que, soit on regardait le bateau couler, soit on faisait quelque chose avec une autre équipe qui avait plus de carrure. D’autres personnes sont désormais en place. A elles de trouver les 500 000 euros qui manquent chaque année en prospectant. S’ils n’y arrivent pas, c’est peut-être que l’on ne peut pas rester en PRO B. On travaille sur un budget rigoureux comme je vous l’ai dit avec les Metallurgicales. La Ville ne peut pas tout faire pour le basket.

« En 2014, oui, je serai candidate à ma propre succession»

DailyNord : Vous succédez à Patrick Roy, personnalité charismatique. Ça a été difficile de vous imposer ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : Je suis arrivé aux responsabilités de maire dans un contexte particulier. Je ne découvrais pas la politique, ça fait dix-huit ans que je suis élue. Mais je n’imaginais pas me retrouver dans ce fauteuil. Tout s’est passé de manière extraordinaire : les élus m’ont accordé une confiance absolue ; les Denaisiens ont fait un transfert affectif vers moi très fort… Ici, on m’appelle la «Tchiotte » (la Petite), on me dit de faire attention à moi… Si Patrick Roy m’a fait confiance, ils estiment qu’ils peuvent en faire de même. C’est pour cela que je suis allée jusqu’aux Législatives.

DailyNord : Justement, être députée, ça aide pour faire avancer des dossiers de Denain ?

Anne-Lise Dufour-Tonini : Oui, c’est clair, vous avez une autre dimension. Vous avez plus facilement accès aux ministres, j’ai déjà fait avancer quelques dossiers du Denaisis bien plus facilement, c’est beaucoup plus simple quand on passe un coup de fil au préfet ou au sous-préfet…

DailyNord : La loi sur le cumul des mandats, qui devrait être votée bientôt, tombe mal pour vous. Qu’allez-vous faire l’an prochain ?

 Anne-Lise Dufour-Tonini :Le cumul des mandats fait partie des promesses de François Hollande, on va y travailler à l’Assemblée Nationale. Je voterai cette loi. Même si je trouve qu’il faudrait aussi s’intéresser aux gens qui cumulent plein de mandats à la tête d’organismes divers et variés, ou dans le temps… Il y a des collègues qui sont députés depuis que j’ai l’âge de huit ans (elle en a 42 aujourd’hui, Ndlr)… vous vous rendez compte ! Mais venons-en où vous voulez m’amener : j’aime mon mandat de maire de Denain. En 2014, oui, je serai candidate à ma succession car je n’ai pas terminé mon travail, et donc, si la loi sur le cumul des mandats passe, je ne serais vraisemblablement plus députée. Mais je pense que repousser l’application de tout cela à 2017 serait plus honnête vis-à-vis de l’ensemble des citoyens qui m’ont fait confiance. D’autant que, quand nous avons été investis, on connaissait très bien les échéances futures.

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1 Commentaire

  1. Bonjour,
    Il faut envisager l’avenir de Denain, lorsque l’on annonce que la ville de Denain est la plus pauvre de France, il faut cesser de dire que c’est la faute d’usinor car cette grande entreprise est fermée depuis plus 30 ans. Je pense qu’il est nécessaire de rappeler à nos représentants que la ville de Denain est la ville est plus pauvre de France. Qu’a fait la politique pour changer l’image et la vie des denaisiens si ce n’est des promesses et des coups de peinture. La réalité c’est 30 % de chômages dans la population active, 30 % !
    On ne peut dire que cela soit juste une image du miroir de Denain : C’EST LA REALITE.
    Comment peut-on parler de dynamisme alors que l’on demande 10 ans de plus, alors que ces 30 dernières années ont été très difficiles pour les denaisiens.
    Nous ne sommes pas dans Alice au pays des merveilles qui suit le lapin blanc.
    Moi ce que je veux mettre en avant, c’est le travail ! Les Denaisiens sont dignes et veulent aller travailler et non vivre dans l’assistanat.
    JE SUIS CANDIADAT AUTONOME ET INDEPENDANT pour mars 2014.
    Avec mes respects et une once d’agacement.
    Djemi DRICI
    0628 331 643

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