Réflexions Par | 10H10 | 23 janvier 2013

Dynasties économiques : quand le business régional joue au jeu des sept familles (1)

Dynastie. Certains d’entre-vous se souviennent peut-être de cette série télévisée débarquée au début des années 80 en France, qui mettait en scène la riche et puissante famille Carrington… Mais les dynasties ne sont pas réservées qu’aux séries américaines ou aux monarques. DailyNord a décidé de vous en donner la preuve ces prochaines semaines avec un dossier sur les dynasties en plusieurs actes. On commence avec les plus célèbres d’entre-elles, les dynasties économiques. En jeu de sept familles.

Dans la famille « Unis par les liens du business », DailyNord demande…

Les Mulliez évidemment ! Dans la famille Mulliez, les affaires se conduisent toujours en famille. Près de 500 cousins règnent d’une main de maître sur la grande distribution régionale à travers un pacte familial plutôt opaque. Pas touche les étrangers : il faut être un Mulliez de sang pour détenir des actions du fonds de participation occulte de la sainte-galaxie. Même les concubines sont priées de rendre les titres en cas de séparation. Le seul mot d’ordre : la non dissolution. Le journaliste Benoît Boussemart, spécialiste des Mulliez et auteur de plusieurs livres sur le sujet, estime même que le clan gèrerait au bas mot fortune professionnelle de 30 milliards d’euros, après un minutieux calcul incluant des tonnes de données…

En tout cas, le grand-père Louis Mulliez, qui a fait fructifier des filatures à Roubaix, aurait de quoi être fier aujourd’hui. Parmi ses onze enfants, son aîné, Gérard, a eu l’idée génialissime de lancer Phildar. Et dans la même filiation, son petit-fils Gérard (aussi), a lancé les très rentables grandes surfaces Auchan. Un de ses autres petits-enfants, Gonzague, a fait fortune dans la moquette avec l’enseigne Saint-Maclou, évidemment. Ces pionniers ont donné de la suite dans les idées à toute une ribambelle d’autres Mulliez, comme Thierry, fondateur de Pizza Paï, Yann, qui a lancé la boutique de vêtements Jules, ou Franky, fondateur de Kiloutou. Sans oublier Antoine Mayaud (Pimkie) ou encore Pierre-Alain Vielvoye (Leroy Merlin), Eric Derville (Norauto), Patrick Mulliez (Kiabi), Philippe Van der Wees (Cultura) ou encore Michel Leclercq (Décathlon). C’est carton plein pour tous. Ou presque. Car aujourd’hui, il n’y a guère qu’Hugues Mulliez, qui avait lancé Youg’s devenu Surcouf, qui a réussi l’exploit… de planter sa société. Comme quoi, même dans les dynasties, on n’est pas à l’abri d’un canard boiteux (relire Mise en redressement judiciaire de Surcouf : le dessous des cartes).

Dans la famille, « On est là depuis six générations », DailyNord demande…

Les Bonduelle, rois du légume sous toutes ses formes, et Lesaffre, leader mondial dans le domaine de la levure et de la panification. Et ça fait six générations que ça dure ! Tout a pourtant commencé par une petite distillerie de grains et de genièvre, dans les années 1800. A l’époque, c’est un Louis-Antoine Bonduelle qui s’associe avec un autre Louis Lesaffre. Mais dans les années 1900, les descendants se crêperont le chignon à tel point que les affaires sont divisées entre les différentes familles. André, première génération, avec ses deux fils Pierre et Benoît, se lance dans la culture de grains destinés à la distillation. Et c’est finalement une rencontre avec un conservateur de légumes qui met en boîte le destin merveilleux de Bonduelle, aujourd’hui numéro un mondial de la conserve et du frais. Les autres générations ont fait le reste. La 4e génération s’affranchit des distributeurs (et donc des marges) et dépose la marque Bonduelle. La 5e (avec Bruno Bonduelle, longtemps président de la Chambre régionale de commerce et d’industrie ainsi que son frère) aura mis en place les outils pour produire toujours plus. La 6egeneration,  avec le dirigeant actuel Christophe Bonduelle, neveu de Bruno, épaulé par trois autres membres de sa famille, rivalise d’imagination pour proposer des produits frais toujours plus élaborés, frais, en conserve ou surgelés. Même parcours donc du côté de Lesaffre, qui assure aujourd’hui fabrique la levure d’un pain sur trois avec 7200 salariés dans le monde (dont 800 au siège à Marcq-en-Baroeul) et environ 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Si le pouvoir s’est longtemps partagé entre les cousins Maurice et Lucien, la sixième génération est déjà sur les rangs avec quelques-uns de ses représentants siégeant au conseil d’administration.

Dans la famille, « On n’est parti de pas grand chose », DailyNord demande…

Les Holder mais aussi les Klaba. Les premiers ont monté un florissant business de boulangeries tandis que les seconds ont fait naître le géant mondial de l’hébergement de sites internet OVH (littéralement, on vous héberge). Lorsque Francis Holder, boulanger installé sur la Grand’Place de Lille, rencontre Françoise à la fin des années 70, qui aurait pu prédire que leur mariage allait sceller l’extraordinaire épopée familiale des Boulangeries Paul ? Aujourd’hui, avec près de 500 magasins à travers le monde, deux manufactures en France et une usine basée à Marcq-en-Baroeul, le groupe nordiste se porte bien. Sous enseignes, le chiffre d’affaires avoisine les 456 millions d’euros, pour un total de près 8000 salariés. La relève est aujourd’hui assurée par la descendance. Tandis que l’aîné, David, 44 ans, dirige de la très chic pâtisserie Ladurée (qui a une antenne à New-York), Maxime, 42 ans, endosse le titre de président-directeur général des Boulangeries Paul, devenues la tête de pont de l’entreprise familiale. Leur petite sœur, Elisabeth, 39 ans, s’occupe du service clients du groupe Holder ainsi que d’une autre branche des boulangeries Saint-Preux.

Chez les Kabla, l’histoire fleure bon l’adaptation cinématographique. Lorsque la famille arrive en France dans les années 90, elle n’a que quelque 6000 euros en poche. Et une vieille voiture. C’est lors d’une réunion de famille qu’Henry Klaba, mineur, scelle le destin de sa famille : en accord avec eux, il décide de fuir la Pologne communiste pour refaire leur vie en France. C’est d’ailleurs dans la cave familiale d’Octave, le fils d’Henry, a commencé à bidouiller des ordinateurs. Encore étudiant en informatique, il trouvait que l’hébergement de son site internet lui revenait bien trop cher. D’où la proposition d’une offre défiant toute concurrence. Aujourd’hui, le groupe, présidé par Henry et basé à Roubaix, ne cesse de se développer à travers le monde. L’affaire enregistre aujourd’hui plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Dans la famille des « On aime boire », DailyNord demande…

… les cafés Méo : car c’est d’abord l’histoire de deux frères, Jules et Emile Meauxsoone, originaires de Warneton en Belgique. En 1928, ils ouvrent une première brûlerie de café à Lille. Pour ensuite multiplier les boutiques sur la métropole lilloise en moins de dix ans. Leur credo ? La qualité des grains de cafés et une torréfaction irréprochable. La marque Méo, contraction du nom de famille, était née. De Paris aux réseaux de grande distribution comme Auchan en passant par la certification équitable Max Havelaar ou les marques de distributeur, Méo se torréfie au fil des années une solide réputation. L’entreprise, siégeant quai de l’ouest à Lille, emploie une cinquantaine de personnes et réalise près de 35 millions de chiffre d’affaires. Après la disparition des fondateurs, les enfants ont repris le flambeau familial, avec d’un côté les enfants d’Emile, Gérard à la présidence, sa sœur Catherine Meauxsonne au marketing, et de l‘autre Louise, fille de Jules. Les fils de Louise ont également rejoint les affaires familiales, avec Bernard Sénéchal à la direction administrative et financière et Pierre Sénéchal, en charge de la commercialisation de Méo chez les professionnels de l’hôtellerie-restauration. Et comme dans la famille, tout le monde se passionne pour le café, l’aventure semble loin d’être terminée.

Chez les Castelain, on aime aussi son produit, en l’occurrence la bière. Même s’il a pris sa retraite, Yves Castelain, 62 ans, continuera toujours de veiller aux affaires de la brasserie Castelain, fabriquant notamment la désormais célèbre bière Ch’ti du côté de Bénifontaine dans le Pas-de-Calais. Pas facile de lâcher les rênes d’une affaire employant 30 salariés et produisant 6 millions d’euros de chiffre d’affaires, surtout quand on est encore président de la brasserie. Pourtant, une bonne partie de la famille est partie au charbon (pardon, au houblon) : la petite sœur d’Yves, Annick Drouin (de son nom d’épouse), assure la direction générale et surtout le fiston d’Yves, Nicolas, 32 ans, est responsable de la fabrication et de la production, grâce à son diplôme d’ingénieur agroalimentaire, option brassicole bien sûr. Entre les grands-parents Roland et Marie-Louise Castelain qui ont racheté la brasserie en 1966, Yves qui a assuré le succès de l’entreprise en créant la Ch’ti, Annick qui s’occupe du marketing et de la communication et Nicolas qui apporte un vent de nouvelles idées,  la Ch’ti devrait continuer à se faire mousser.

Dans la famille du « On s’engueule entre frères », DailyNord demande…

Les meubles Deméyère et la famille Durand des cristalleries d’Arques. Décembre 2012 : branle-bas de combat à Pérenchies. Bernard Demeyère, 64 ans, à la tête des meubles éponyme, leader dans la fabrication de meubles en kit (avec plus de 1000 salariés en France), a été démissionné pour être remplacé par son frère Frédéric. Un coup dur pour celui qui avait repris les rênes de l’entreprise familiale en 1981, perpétuant l’aventure industrielle créée par son grand-père Lucien en 1909 et relayée par son père depuis 1956. Ce même Bernard qui, une fois installé aux commandes, n’avait pas hésité à coopter Jacques et Frédéric, respectivement de dix et dix-huit ans ses cadets ainsi que Nicole, la petite dernière. La raison de ce changement de direction ? Bernard aurait annulé de façon unilatérale un plan social prévoyant la suppression de 39 postes (selon La Voix du Nord). Comme quoi, même dans une fratrie, rien n’est jamais acquis.

Au sein de l’ancienne cristallerie d’Arques (aujourd’hui rebaptisée Arc International), c’est une guerre fratricide qui a fissuré de mirobolant business du cristal. A sa mort, Jacques Durand, encore aujourd’hui adulé comme un patron modèle, a laissé les rênes de l’entreprise à son fils Philippe. Qui décida ensuite de se diversifier dans le haut de gamme (notamment à travers les marques Salvaiti et Mikasa)… contre l’avis de son frère Jean-Jacques et de sa sœur Catherine. Jusque-là, le capital de la verrerie se partageait entre Odette, la veuve de Jacques Durand et leurs cinq enfants : Philippe, Jean-Jacques, Francine, Annick et Catherine.  En 1999,  c’est Jean-Jacques et Catherine qui ouvre le bal et cèdent finissent par  les parts de l’entreprise familiale. Six ans plus tard, c’est au tour de Francine de revendre ses actions, estimées à) près de 300 millions d’euros chacune… Là encore, on imagine la bonne ambiance aux repas de famille !

Dans la famille du « Jamais sans mes enfants », DailyNord demande…

La famille Doublet, spécialiste du drapeau et de la tribune d’évènement. Une fois n’est pas coutume, c’est la grand-mère paternelle qui, ruinée par des emprunts russes, s’est mise à fabriquer des bannières religieuses. Son petit-fils aujourd’hui, Luc Doublet, a implanté des filiales au Japon et en Espagne, en Pologne et en Californie. Le groupe familial, basé à Avelin près de Lille, aujourd’hui le leader européen dans son domaine (300 salariés et 42 millions de chiffre d’affaires), se transmet doucement à la quatrième génération, c’est-à-dire aux enfants de Luc Doublet.

DailyNord pourrait aussi demander la famille Baron, car c’est un peu le même état d’esprit. Lorsque Philippe Baron créé à Calais, en 1983, Infautelec, une toute petite entreprise spécialisée dans l’électricité industrielle, rien ne pouvait laisser présager que près de 30 ans plus tard, le groupe qui porterait son nom compterait huit sociétés différentes, enregistrant 20 millions d’euros de chiffres d’affaires et comptant 250 salariés. Le Groupe Baron, spécialiste de la conception et la fabrication de machines spéciales et de lignes de production pour l’industrie, n’est pas près d’être mis en vente. L’autodidacte Philippe Baron transmet peu à peu son savoir-faire et  ses responsabilités à ses deux enfants, Stéphanie, 26 ans et François, 23 ans, qui pour le moment, travaillent respectivement dans la communication et l’informatique de l’entreprise. De quoi regonfler l’énergie d’un groupe qui compte bien se faire une belle place aux Etats-Unis, au Brésil ou encore en Chine.

Dans la famille « On a été des pionniers », DailyNord demande…

Les carrières du Boulonnais : leur devise pourrait ainsi se résumer avec un six pour tous et six pour un ! Depuis 1896, les Carrières du Boulonnais se transmettent de père en fils. Aujourd’hui encore, Franck et Gilles Poulain président aux affaires de l’entreprise spécialisée dans les granulats et le béton, entourés de pas moins de quatre membres de la famille dans l’organigramme. Dire que tout a commencé grâce à Auguste Poulain, négociant en marbre, devenu exploitant d’une carrière dans le Boulonnais… Lui ont ensuite succédé ses fils Michel et Georges, son petit-fils Daniel avec son épouse Béatrice et aujourd’hui  ses arrière petits-fils : Franck et Gilles, en co-direction, mais aussi Olivier chargé des grands projets ainsi que trois filles (parité oblige) Dominique, Cécile et Dorothée, présentes au conseil de surveillance. Et bien sûr, c’est le papa, Daniel Poulain, qui préside tous les trois mois le conseil de surveillance. En tout cas, le business en famille fait des petits puisque Les Carrières du Boulonnais enregistrent pas moins de 220 millions d’euros de chiffre d’affaires (pour près de 1000 collaborateurs).

Dans la famille des pionniers, on glisserait aussi volontiers la famille Roquette. Fin de la première guerre mondiale, Dominique et Germain sont courtiers en grains. C’est avec le concours d’un ingénieur de l’ICAM qu’ils créent une féculerie de pommes de terre à Lestrem en 1933. S’en suivent une usine d’amidon et de sorbitol pour l’agro-alimentaire… et toujours plus d’innovations en matière d’alimentation humaine et animale mais aussi la pharmacie et même la bio-chimie. Roquette s’implante peu à peu en Europe, aux Etats-Unis, en Asie, en Amérique du Sud. L’entreprise, devenue l’un des fers de lance mondial de l’amidon avec près de 2 milliards de chiffre d’affaires et près de 3500 salariés, est toujours dirigée par un Roquette, Edouard, digne successeur de son cousin Marc.

1 Commentaire

  1. Vous avez oublié Dubrulle dont la famille habitait Warcoing en Belgique, des precurseurs en qqe sorte. .. Dubrulle père enduisait les capotes de 2 CV d’un melange caoutchouteux que tout le monde a connu.

    Il faut se souvenir que le 1er Novotel faisait rire tout le monde à Lille ( celui de lesquin) puisque le fondateur s’etait fait rouler par le vendeur du terrain qu’il avait acheté ! Dessous, il y avait des catiches et la dalle de beton s’enfonçait… Il a fallu injecter des centaines de tonnes de ciment liquide pour stabiliser l’ensemble. C’était en 1967 et la bourgeoisie lilloise riait sous cape.. Elle avait bien tort car le fondateur de Novotel a fait la fortune de toute sa famille.

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