Petite histoire Par | 09H15 | 03 décembre 2012

Le Louvre-Lens pour les nuls

On vous avait prévenu : vous allez en bouffer jusqu’à la dernière frite. Début de semaine consacré au Bassin Minier, sur DailyNord. Le Louvre à Lens. Depuis 2003 qu’on en parle… Les mauvaises langues avaient même fini par le surnommer « l’Artésienne ». Mais le voilà, il arrive. Inauguré ce mardi en grande pompe, par François Hollande, président de la République, himself, le jour de la sainte-Barbe, patronne des mineurs. Bon, le Louvre à Lens, vous n’y comprenez rien ? Vous avez oublié de quoi il s’agissait ? On a volontairement fait très très simple : le Louvre en questions, rien que pour les nuls.

UN LOUVRE DÉCENTRALISÉ, C’EST QUOI ?

Dé-mo-cra-ti-sa-tion culturelle. Rapprocher la culture des habitants. Un vieux projet qui sommeillait dans les cartons ministériels et remis au goût du jour en 2003 par le ministre de la Culture de l’époque (Jean-Jacques Aillagon). Et dans son plan de décentralisation culturelle, il y avait l’emblématique musée parisien. Aussitôt annoncé, aussitôt candidate, la Région postule avec Arras, Lens et Calais. Les trois villes seront rejointes dans les mois suivants par Amiens, Valenciennes, Boulogne-sur-Mer et Béthune (laquelle laissera finalement tomber, jugeant ne pas avoir les moyens d’un tel équipement). Pourquoi le Nord – Pas-de-Calais ? Parce que la région offrait les meilleurs atouts : une situation au carrefour de l’Europe, un poids démographique, des infrastructures routières et ferroviaires, une zone de chalandise énorme aussi avec 100 millions d’âmes dans un rayon de 350 kilomètres.

POURQUOI COLLER LE LOUVRE À LENS ?

Question de symbole. Démocratisation culturelle, on a dit. Forcément, mettre le Louvre dans un bassin ouvrier, ça renforçait encore le symbole. D’autant que le site retenu était un ancien carreau de mine. Dans un premier temps, Lens est apparue moins bien lotie que ses concurrentes (bah oui, Lens c’est juste bon pour le foot, qu’est-ce qu’on va aller mettre un musée là bas?). Mais le lobbying intense de Jack Lang et Daniel Percheron a payé. L’annonce, maintes fois repoussée durant un an, devait finalement intervenir le 29 novembre 2004 avec la visite express de Jean-Pierre Raffarin (alors Premier ministre). Cinq ans, quasiment jour pour jour. La candidature lensoise avait largement exploité le filon de la démocratisation: cette terre souvent délaissée qui avait tant donné par le passé pour la reconstruction de la France, etc. « Un pays ne peut oublier ceux qui se sont sacrifiés pour lui. C’est une décision de mémoire et d’avenir », dira même Raffarin lors de sa venue. Au-delà des beaux discours, il y a aussi cette anecdote moins connue. Juillet 2004, le ministre de la Culture (Renaud Donnedieu de Vabres, on avait changé entretemps) inspectait alors les différents sites candidats. A Lens, trois veuves de mineurs avaient surgi de leurs corons et  apostrophé le ministre pour l’inviter à boire « un tiot’ bistouil ». Avec leurs mots bien à elles, ces trois dames avaient alors dit pourquoi elles désiraient voir ce Louvre à Lens. Une intervention spontanée qui avait séduit le ministre et sans doute plaidé en faveur de Lens.

ÇA COÛTE COMBIEN UN LOUVRE ET QUI PAYE ?

Forcément, un Louvre, ça coûte un peu plus cher qu’un musée de la tyrosémiophilie (*). A l’origine du projet, on parlait de 30 à 45 millions d’euros… C’était en 2003 et il s’agissait alors d’une vulgaire estimation. En 2012, selon les informations données par le Louvre-Lens lui-même, le projet coûte en fait 150 millions d’euros TTC. Et qui paye ? Vous bien sûr : la région Nord – Pas-de-Calais en finance 60%, accompagnée par le département (10%), la Communauté d’agglomération de Lens Liévin et la ville de Lens (10%), et le Fonds européen de développement régional (FEDER), 20%. Sans oublier les 15 millions d’euros de fonctionnement annuels.

ON VA Y VOIR LA JOCONDE ?

Ah, ça forcément, le sourire de la Mona Lisa à Lens, ça vous plairait. Eh bien non. Peu de chance qu’elle quitte la rue de Rivoli. Le Louvre-Lens n’aura pas de collection propre, mais se reposera sur les prêts du grand frère du Louvre. Dans la Galerie du Temps, on retrouvera pendant cinq ans deux cents oeuvres balayant la période de – 3500 avant Jésus-Christ jusqu’au XIXème siècle. Dont La Liberté guidant le peuple de Delacroix, mais aussi des oeuvres de Rubens, Raphäel, Poussin, Goya, etc. Deux grandes expositions temporaires seront aussi proposées. La première, ancrée sur la Renaissance, accueillera notamment  la Sainte-Anne de Léonard de Vinci. On notera que le processus d’exposition proposé par le Louvre-Lens ne plaît pas à tout le monde. Ainsi, nos confrères de La Tribune de l’Art évoque “l’incroyable indigence intellectuelle du Louvre-Lens“.

Qu’est-ce que va apporter le Louvre-Lens au Bassin Minier et à la région ?

C’est toute la question. Pour les politiques, Daniel Percheron, président de Région, et Guy Delcourt, député-maire de Lens, le Louvre-Lens va révolutionner le Bassin Minier et lui offrir un avenir radieux, à l’instar de Bilbao et son musée Guggenheim. Avec 750 000 visiteurs attendus la première année, et 500 000 en vitesse de croisière, il doit être la figure de proue d’un Bassin Minier en renaissance, en terme d’image, mais aussi d’économie. En théorie, on peut acquiescer : Lens se trouve au coeur d’un bassin de population de 100 millions de personnes sur 350 kms à la ronde. En pratique, il faudra attendre pour voir : la ville n’a pas l’air particulièrement prête à accueillir son nouveau joyau (manque d’hôtels notamment, voir le dossier de Pays du Nord consacré en septembre 2012), et chez les habitants, on est également plutôt sceptique, en tout cas pas d’un enthousiasme débordant. Résultat des courses dans quelques années.

(*) Collection d’étiquettes de fromages.

Article inspiré (notamment la première partie) de celui que l’on avait publié il y a trois ans, à l’occasion de la pose de la première pierre.

L’intégralité de notre dossier Louvre-Lens :

Soirée inaugurale du Louvre-Lens à base de frites : ce à quoi vous avez échappé

Louvre-Lens : un timbre pour le chocolatier, La Poste chocolat

Louvre-Lens : l’Eden des Saveurs espère ne pas être le dindon de la farce

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