Réflexions Par | 09H40 | 18 décembre 2012

Jean-Pierre Decool, député de la quatorzième circonscription du Nord : “c’est facile de rester dans la capitale. Et très confortable”

Les habitants de la quatorzième circonscription du Nord (Dunkerquois) ont de la chance : leur député, Jean-Pierre Decool, est l’un des rares élus français à avoir fait la couverture du Wall Street Journal, dans le cadre de son combat pour la reconnaissance des pigeons. Un Jean-Pierre Decool que l’on a retrouvé en première ligne contre la taxe sur la bière. A quelques jours des fêtes de fin d’année, DailyNord a souhaité l’interviewer sur ses combats, sa fonction, sa nouvelle vie dans l’opposition, son regard sur la politique…

Jean-Pierre Decool sous le regard de Charles de Gaulle. Photo : Stéphane Dubromel.

DailyNord : Comment se sent-on comment après avoir fait la Une du Wall Street Journal ?

Jean-Pierre Decool : C’est assez amusant. Mais émouvant aussi. Il paraît que les photos sont rares sur les Unes du Wall Street Journal. Et peu de députés français y ont eu droit. J’ai surtout apprécié le travail réalisé par le journaliste, qui a bien compris le sens de mon combat. Du coup, juste après, j’ai eu des articles au Brésil, aux Philippines. Et les journaux français ont enfin embrayé…

DailyNord : Justement, ici-même, nous vous avions taquiné sur cette histoire de pigeons. Est-ce vraiment un combat prioritaire ?

Jean-Pierre Decool : Pendant la Première guerre mondiale, les pigeons ont joué un rôle majeur dans la communication. Nathan Mayer Rothschild a fait fortune grâce à un pigeon voyageur qui l’a informé de la victoire anglaise de Waterloo avant tout le monde. Il y a trente ans, on utilisait encore des pigeons pour transporter du sang. Ça paraît certes décalé à l’heure du numérique, mais n’oubliez que les ondes peuvent être piratées. D’où l’importance du maintien des pigeons voyageurs. Si les Chinois ont décidé d’en entraîner 10 000, ce n’est pas pour rien.

Jean-Pierre Decool : l’ami des pigeons, de la bière… et l’ennemi du rat musqué

DailyNord : Autre combat médiatique cette année, la bière. Vous avez pris la tête de la fronde…

Jean-Pierre Decool : Si j’avais été socialiste, ça aurait été la même chose. La bière est pour moi un élément de culture populaire. Je m’explique : on se dit «tu bois une pinte ?», on va s’asseoir, on discute, on échange.  L’augmentation va avoir des conséquences pour cette boisson que je j’estime sociale : à travers les consommateurs qui vont la voir augmenter, mais aussi à travers les brasseurs, comme ceux d’Esquelbecq, sur ma circonscription.

DailyNord : Ce dossier est-il définitivement terminé ?

Jean-Pierre Decool : Il n’y a plus rien à faire. J’ai mené ce dossier jusqu’au bout en mobilisant des élus de tous bords, mais ça n’a pas suffi.  Je pense que le gouvernement savait ce qu’il faisait en augmentant la bière : la consommation décline depuis 30 ans, elle n’a pas de lobby assez puissant. Si le gouvernement s’était attaqué au vin ou au champagne, imaginez le tollé !

DailyNord : Les pigeons, la bière, mais aussi les rats musqués. En 2002, vous aviez réussi à provoquer l’hilarité de l’Hémicycle…

Jean-Pierre Decool : C’était ma première question à l’Assemblée Nationale… Mais je tiens à le rappeler : ce n’est pas tant la question qu’une réflexion de Gilles Cocquempot, ex-député du Pas-de-Calais qui avait déclenché l’hilarité. Il avait lancé «Ra-farrin» après mon «rat musqué». Ça, ce n’est pas passé à la télé et les gens d’ici ont cru qu’on se moquait d’eux… A l’époque, pendant un millième de seconde, je n’ai su que faire. J’ai des collègues plus âgés, derrière moi, qui m’ont soufflé : « surtout ne t’arrête pas ». J’ai continué. Mais j’ai eu du mal à me débarrasser de cette réputation de député animalier alors que je défends bien d’autres dossiers… Enfin, ça m’a permis d’avoir une chanson au carnaval de Dunkerque. Et pour ma dernière question à l’Assemblée Nationale, je pense que je parlerais de la carpe Amour. Comme un clin d’oeil !

Un député populaire ?

DailyNord : Dans les dossiers que vous défendez, on sent un côté «populaire»…
Jean-Pierre Decool : Le sens de la mission, c’est le terrain d’abord. Quand je sors, j’observe, j’essaie de ne pas me déconnecter des réalités. Une année, j’allais m’acheter des chaussures le jour de la rentrée : j’ai remarqué que les grands-parents remplaçaient les parents en leur achetant des habits. C’est dire le manque d’argent actuel. J’en ai touché un mot à François Fillon, juste après.  J’aime également me balader sur les brocantes, rencontrer les gens. Le député est un jardinier dans un grand jardin. L’Assemblée Nationale doit être son engrais. Je passe deux jours et demi par semaine à Paris, mais je pense qu’il faut faire attention à ne pas céder à la tentation : c’est facile de rester dans la capitale. Et très confortable. Quand vous rentrez dans votre circonscription, vous voyez tout de suite à la poignée de main de votre interlocuteur si vous faîtes du bon ou du mauvais travail.

Coulisses d’interview

Jean-Pierre Decool arrive en retard. Il était avec les employés communaux de Brouckerque, commune dont il est maire depuis 1990 (il est conseiller général depuis 1994 et député depuis 2002). Il ouvre la porte de son bureau, s’excuse pour le carphanaum. « Mais au moins, je m’y retrouve.»

On observe la pièce : un portrait de De Gaulle, logique pour ce gaulliste ; des répliques de pigeons, dont une de plus d’un siècle, logique encore pour ce colombophile ; des chopes de bières,  logique une nouvelle fois pour cet amateur de houblon.

Durant une heure et demi d’interview, le jeune sexagénaire (60 ans depuis quelques semaines) se plie avec sourire aux questions portant sur les dossiers qu’il défend, passant un peu plus vite sur celles comme l’IRFM… Sans hésiter à digresser sur son appartenance flamande : en nous montrant sa reproduction de jeu de carousel à vélo, « réintroduit à Brouckerque» ou en nous donnant une recette de maroilles (ou de Vieux-Lille) à la… bière. Forcément.

 

DailyNord : Vous évoquez François Fillon. Vous avez dernièrement rejoint le nouveau groupe formé par l’ancien Premier Ministre. Pourquoi ?

Jean-Pierre Decool : Attention, je ne suis toujours pas encarté ! Mais apparenté. Je suis gaulliste avant tout. J’ai rejoint François Fillon parce que c’est un homme que j’estime. En 2002, alors qu’il était ministre des Affaires sociales, je lui ai présenté mon histoire de chèque emploi associatif. Il me dit : « c’est bien, mais mon cabinet travaille déjà sur un projet du même type ». Je suis convoqué là-bas, ils essaient de me faire changer d’avis afin que l’on garde leur proposition. Qui était moins bien ! Je leur dit : « Vous êtes tous des énarques, vous me prenez pour un paysan, alors que c’est moi qui ait la légitimité du peuple ici ! » Fillon est revenu me voir après et m’a dit : «Tu as bien fait de leur parler comme ça. » Le premier chèque emploi associatif a été donné à Brouckerque. Avec François Fillon.

DailyNord : C’est donc une question de loyauté ?

Jean-Pierre Decool : Oui, en quelque sorte.  Durant mon premier mandat, deux fois par mois, nous prenions notre petit-déjeuner ensemble. François Fillon aimait sentir l’avis des gens que je représente. Je défends cet attachement populaire, cette notion de terrain. Mais il faut de tout à l’Assemblée Nationale  : je ne suis pas quelqu’un de très subtil en matière de politique étrangère en revanche !

DailyNord : Ce chèque associatif vous permettra tout de même de donner votre nom à une loi…

Jean-Pierre Decool : Je ne m’en suis pas rendu compte au départ, mais en fait, c’est un peu le Graal, l’apothéose pour un député… Je suis l’un des rares à avoir donné mon nom à une loi !

Un gouvernement trop dogmatique

DailyNord : Vous êtes également régulièrement bien placé dans les classements des députés. C’est important d’être présent à la fois à Paris et sur la circonscription ?

Jean-Pierre Decool : Oui, nous sommes élus, nous devons faire notre travail le mieux possible. J’ai la chance de dormir très peu. Cependant, concernant ces classements, il ne faudra pas vous inquiéter : il devrait y avoir moins d’amendements en mon nom avec la nouvelle majorité !

DailyNord : Quel est votre combat en ce moment et dans les prochains moins ?
Jean-Pierre Decool : Je souhaite une simplification de l’administratif. Il faut que tout soit lisible par tout un chacun et applicable, comme le Code du Travail. Une proposition de loi est en cours de co-signatures par mes collègues de l’Assemblée. Encore une fois, comme avec la résidence alternée égalitaire, j’essaie d’être dans le concret.

Le député animalier a bien d'autres choses à raconter. Photo : Stéphane Dubromel.

DailyNord : Votre avis sur le mariage pour tous qui fait débat ?

Jean-Pierre Decool : Je me suis déjà exprimé là-dessus, je n’ai rien à cacher. Je trouve déjà que c’est un écran de fumée du gouvernement pour ne pas parler des autres problèmes. Ensuite, ce qui me gêne, c’est la porte ouverte à l’adoption par des couples du même sexe, quand on sait qu’il y a des ruptures plus nombreuses chez les couples homosexuels que chez les hétérosexuels. En bref, le Pacs amélioré ne me dérange pas, sur l’adoption…

DailyNord : Que change la bascule dans l’opposition ?

Jean-Pierre Decool :  Je suis un rebelle. Je ne me rattache pas à un dogme en particulier. Mais je trouve que l’ancien gouvernement était plus ouvert à l’échange que le nouveau, qui se réfugie justement derrière le dogme. J’aime bien par exemple les députés du Front de Gauche. Ils sont décalés dans leur vision de la société, mais au moins, ils sont sincères.

DailyNord : Quand on vous a demandé  de détailler votre Indemnité représentative de frais de mandat,  l’an dernier, vous n’avez pas répondu nos sollicitations…

Jean-Pierre Decool : Si l’Assemblée Nationale veut voir ma justification d’IRFM, il n’y a aucun problème.

DailyNord : Et le citoyen ?
Jean-Pierre Decool : Il faut poser la question au Président de l’Assemblée.

Pour 2017, pas sûr qu’il laisse sa place…

DailyNord : Vous êtes maire d’une commune de 1 200 habitants, député, conseiller général. Il n’y a pas un mandat de trop ?

Jean-Pierre Decool : Non. Etre maire et conseiller général alimente le travail de député, et vice-versa.  En revanche, à chaque fois que j’ai pris un nouveau mandat, j’en ai laissé un autre. Par exemple, j’ai quitté mon poste de président des maires du Nord au moment de mon élection à l’Assemblée Nationale. Je ne veux pas me disperser non plus.

DailyNord : Vous deviez laisser la place  à votre suppléant cette année. Le redécoupage électoral est passé par là, Jean-Pierre Bataille n’était plus sur la même circonscription, vous avez donc souhaité reprendre le mandat. Jusqu’à quand ?

Jean-Pierre Decool : Je voulais montrer aux forces politiques qu’on pouvait inverser la tendance et j’estimais que Jean-Pierre Bataille était très compétent pour aller à l’Assemblée. Je serais ainsi devenu son suppléant. Le redécoupage est passé par là : Jean-Pierre est maire de Steenvoorde, dans la circonscription voisine, il ne voulait pas trahir ses administrés.  Mon suppléant actuel est aussi quelqu’un de grande valeur. Pourrait-il prendre ma place en 2017 ? Je n’ose plus m’exprimer là-dessus… Il peut y avoir une dissolution, d’autres redécoupages, on verra…

1 Commentaire

  1. 10 ans que M. Decool est député et rien. Un vide sidéral dans la circonscription. Aucun grand projet n’a vu le jour, que ce soit économique, culturel ou autres. S’occuper de la bière, des rats musqués ou des pigeons c’est bien. Ne prend t’il pas aussi ces électeurs pour des pigeons en s’attachant à ces sujets certes important, mais qui sont de second plan. Il reproche au gouvernement de vouloir légiférer sur le mariage pour tous et d’en faire un écran de fumée, mais ne fait il pas de même avec ces thèmes qui sont pour le moins très “locaux” ? Il serait temps M. Decool de vous réveiller et quand je dis cela, c’est au sens propre comme au figuré.
    M. Decool n’est pas carté UMP, mais juste sympathisant dit il, pourtant il est un des membres de la droite populaire, celle de M. Vanneste…En fait, c’est comme durant sa dernière campagne au sujet des suppressions de poste d’enseignant, il a voté le budget de l’Éducation et venait ensuite manifester avec ces derniers en les assurant de sont soutien le plus profond…
    En résumé, 10 ans à tromper les électeurs, 10 ans pour rien !

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Abonnez-vous à notre newsletter

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les tops DailyNord

Les Livres avec Eulalie

Contacter la rédaction

Ça se passe par là