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Basse Chronique des Hauts de France : Éric Darques, l’Anticor aux pieds de la corruption régionale

Basses Chroniques des Hauts de France Par | 17 novembre 2012

Le sujet de l’émission Complément d’enquête* de jeudi ne pouvait passer au travers des mailles des Basses Chroniques des Hauts de France. Il était notamment question sur le thème « corruption:la tentation des élus » du combat mené par Éric Darques au travers de l’associaton Anticor. La question est de taille : pour employer le jargon footballistique, marquons nous suffisamment nos représentants institutionnels à la culotte ? Faut-il aveuglément leur laisser quitus ? Tentative de développement.

Le début du reportage a des allures de film d’espionnage. Sur un bandeau d’annonce titré « Les incorruptibles » un véhicule se dirige vers un point de chute qui demeurera top secret. Pour cela, le conducteur fait des mouvements de ciseaux avec ses doigts pour signifier à la caméra de couper. Comme les écureuils, Éric Darques a dispersé ses noisettes dans des caches différentes. Les dites noisettes ne sont pas comestibles mais au contraire indigestes, c’est l’ensemble des dossiers compilés par le Nordiste relevant des irrégularités constatées dans les collectivités. « Loos ! Ça c’est un dossier qui m’intéresse beaucoup, il s’agit d’élus ayant reçu un trop perçu sur leurs indemnités. » Ce dossier, comme les autres, possède neuf petits frères dans neuf autres cachettes. On n’est jamais trop prudent semble-t-il (un vrai film d’espionnage on vous dit). D’autant que « sur les 85 communes de la communauté urbaine (de Lille) il y en a 77 sur lesquelles j’ai des dossiers ». Ceci dit non dans un sourire narquois du genre « je les tiens » mais plutôt avec une pointe de désabusement. Éric Darques, vous connaissez (relire notamment notre portrait du bonhomme, réalisé en 2009) : il peut se targuer d’avoir eu le scalp de Pierre Mauroy après dix années de procédures (voir notre résumé ici) et possède notamment la SEN (Société des eaux du Nord) et l’attribution des travaux du Grand stade de Lille dans sa ligne de mire. Robin des bois, chevalier blanc, « Jeanne-d’Arc monomaniaque » (dans Libération) ou encore Zorro, il a eu droit a tous les poncifs journalistiquement exploitables. Mais il n’y a qu’un Zorro et cela nous laisse cette dans dérangeante sensation que nous sommes en majorité des Bernardo en puissance. D’ailleurs, au fil du reportage de l’émission de Benoît Duquesne, le Lambersartois dégage un sentiment profond de solitude dans sa croisade.

Pas d’Anticor dans le Pas-de-Calais

Seul ? Pas vraiment, ses dossiers sont alimentés par des sources requérant l’anonymat. Ce qui ne change rien, il part seul au casse-pipe. Avec les limites que confère son statut de particulier, de citoyen, au regard des frais de justice engagés. Constaté sur le site d’Anticor, Éric Darques chapeaute les deux départements. Ce qui veut dire que vu ses multiples combats -mentionnés plus haut- au simple niveau de la métropole lilloise, il lui reste peu de marge pour s’occuper du Pas-de-Calais, CQFD. Pourtant, en ne se basant que sur les dernières frasques du Bassin minier (Liévin, Hénin voire le Conseil général, pour ne pas les citer) il y aurait sans nul doute du pain sur la planche. Ce n’est peut-être que partie remise, l’émission Complément d’enquête ayant suscité un net regain de dons et de messages de sympathie selon le site de l’association (toutefois, pour l’anecdote, le Béthunois Stéphane Saint-André est le seul député nordiste à avoir signé la charte éthique d’Anticor. Le seul…). Discutable, critiquable, l’action de ce citoyen ordinaire a au moins le mérite de le positionner en vigie des actions menées par nos élus. Et reconnaissons qu’une fois les élections passées, il y a comme un fatalisme pour ne pas dire une passivité que nous tous -même le modeste auteur de ces lignes- avons face à la gestion de nos vies une fois le devoir d’électeur accompli. Est-ce le constat qu’inconsciemment ou non, le pouvoir, à toutes les échelles, a été abandonné aux mains de personnes majoritairement non issues de la société civile ? C’est un autre débat mais la question est posée. Et convenons qu’en cette période de crise, le citoyen lambda est bien plus sourcilleux lorsque la gestion de ses deniers contributifs devient sujet à caution.

Ne pas confondre dénonciation avec délation

Alors faut-il plus d’Éric Darques ? Sans doute. Plus de cran civique? Certainement. Il reste quand même un seuil de prudence qu’il s’agit de rappeler : la délation digne des sombres heures de l’Occupation, le règlement de comptes ne doivent pas être confondus avec la dénonciation rimant avec indignation. À ce niveau les membres d’Anticor réalisent le travail basique du journalisme dans leurs actions : vérifier les informations. Encore faut-il avoir accès à ces informations, relevant parfois du parcours du combattant et mettant le doigt sur la transparence que nous doivent nos institutions. Ne pas tomber non plus dans le syndrome du « tous pourris » puisque « Anticor naît en 2002 dans un contexte de sursaut politique et citoyen lié à l’accession d’un candidat d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, au second tour des élections présidentielles. » Ce sont les deux premières lignes de présentation de l’association présidée par l’ex-juge Éric Halphen (l’affaire des HLM de Paris c’était lui). En conclusion, il ne s’agit pas d’agiter en permanence le chiffon rouge face au travail de nos élus. Ni de douter de leur probité. Ces derniers doivent simplement se montrer irréprochables et cohérents dans leur gouvernance. Vu l’ampleur du combat d’Éric Darques, le bateau est encore loin des côtes…

Pour revoir l’émission, c’est par là (le passage concernant le Lambersartois est à 20’45).

Retrouvez les précédentes Basses Chroniques des Hauts de France

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1 Commentaire

  1. c’est désolant de voir ce que des politiques sont capables de faire. c’est décourageant et après ils osent nous proposer de nous priver pour combattre la crise. Attention à la révolte!!!!

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