La fiction de la Basse chronique des Hauts de France. Salengro-Salengro, confit de générations ou de Lille à Groland (1)

DailyNord enquête jusqu’au Paradis ! Pour cela -mais c’est pour de faux- il fut nécessaire d’inventer un avis de décès pour le Lensois Christophe Salengro. Rassurez-vous, l’acteur-danseur se porte comme un charme mais c’était le seul moyen de lui faire rencontrer son illustre homonyme, le Lillois Roger Salengro. Les Basses chroniques des Hauts de France vous proposent cette rencontre fictive mais néanmoins exclusive entre le président du Groland et celui qui fut maire de Lille et ministre de l’Intérieur sous le Front populaire. En se basant sur des éléments biographiques des deux hommes.

Toc, toc, toc ! Saint-Pierre replace soigneusement son auréole et ouvre la porte. Sur le seuil, un grand échalas avec un air bête et surtout étonné. Saint-Pierre, qui en a vu d’autres, regarde de haut en bas cette grande saucisse dont l’aube s’arrête aux rotules, un peu comme si Averell Dalton avait enfilé les effets de Joe.

– Bonjour monsieur, c’est à quel sujet ?

– Ben je sais pas, vous allez peut-être me dire ce que je viens faire ici.

– Visiblement c’est que vous êtes mort monsieur, entrez !

L’écarquillement des yeux du visiteur n’a d’égal que la taille de ses oreilles.

– Cela veut donc dire que je suis mort et que je suis…

– Au Paradis, absolument, soyez le bienvenu, lui rétorque Saint-Pierre pour qui cette réaction tient de la routine.

– Mais, mais, je suis un athée de la première heure, Choron va se foutre de ma gueule !

– Choron, Choron… Ah oui, j’ai consulté votre dossier. Votre participation dans son journal subversif –Hara-Kiri, c’est ça ?- n’a pas été retenue à charge dans votre dossier. Collaboration passagère, erreur de jeunesse, s’il fallait prendre au pied de la lettre une telle billevesée, le Paradis aurait autant de pensionnaires que Monaco d’habitants.

– Mais j’emmerde la religion, Dieu, Jésus et toute la cavalerie qui suit derrière !

Saint-Pierre regarde le néophyte d’un air goguenard.

– Ouais, ouais, je sais. On ne vous a jamais dit que les plus gros gangsters font les meilleurs flics ? J’ai été le premier évèque de Rome et j’en ai vu passer du personnel.

“LE Roger Salengro ?”

Le serrurier des cieux chausse ses lunettes, s’installe derrière son bureau et appuie sur une grosse touche de son téléphone.

– Sainte-Thérèse d’Avila ? Oui j’ai un nouveau pensionnaire, j’aimerais bien que vous me convoquiez Roger pour une mission d’intégration. Non, pas Roger Moore. Non, Hanin non plus. Oui Roger, le politique. J’ai un p’tit gamin de son coin qui le sortira peut-être de sa dépression. Okay, okay. Ouais j’ la connais, le schtroumpf tombe et se fait un bleu.

Le saint homme raccroche le combiné et toise le bizut de l’éternité.

– On vous a trouvé un médiateur. On fonctionne comme l’Administration, donc on se foule pas. C’est Roger Salengro qui fera office d’agent d’accueil.

– LE Roger Salengro ?

– Y a pas de le ou la, c’est Roger, point. Entrez dans la salle d’attente, ce ne sera pas long.

Effectivement, le Christophe a à peine franchi tremblant le seuil d’une pièce transparente que la porte opposée s’ouvre. Un petit bonhomme au visage rond, les yeux d’un basset artésien, l’interpelle.

– Christophe ?

– Oui.

– Salengro ?

– Oui, la voix aussi ferme qu’un puceau partant au front du sexe.

– Suivez moi.

La grande trinque aux grandes oreilles s’exécute et tout en s’inscrivant sur son pas lui demande :

– Je suis mort, je ne sais quand ni comment mais qu’est-ce que je fous ici ?

– J’en sais rien.

– Moi Christophe, toi Roger, Tarzan y en a salengro sur la patate !

Alors, De Gaulle boude

Le guide stoppe net, se retourne et empoigne son homonyme par le col.

– Écoute grand morveux, des rigolos d’ton genre, ils auraient pas fait long feu en 14 ! Pourtant j’étais loin d’être un militariste pur jus et on me l’a fait payer. Et même après y être allé on me l’a fait payer ! À l’Armistice, je pesais 42 kg quand je suis revenu des camps prussiens.

L’étreinte se relâche. Il regarde ailleurs, nulle part.

– J’aurais mieux fait d’crever dans les tranchées. Parce qu’au final, elle a eu ma peau cette putain de guerre…

Il s’arrête, se resaisit et le dévisage.

– Dis donc, on t’a déjà dit que tu avais les écouteurs et le blaze d’un pensionnaire, De Gaulle il s’appelle, un gars de Lille comme moi. On a tous les deux servis dans le même régiment, le 33e RI. Sauf que Môôôssieu regarde tout le monde de haut sous prétexte qu’il est le père de la Ve République. Tu parles Charles j’lui dit, j’ai même pas connu la quatrième ! Alors il boude.

Mais je parle, je parle. Qu’est-ce tu faisais dans ta vie sur terre ?

– Ben j’ai été président du Groland.

– Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

À suivre, samedi prochain…

Retrouvez les précédentes Basses Chroniques des Hauts de France

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