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Grand Stade : Partouche au naming !

Basses Chroniques des Hauts de France Par | 20 octobre 2012

Il se passe toujours quelque chose dans le nouveau royaume du LOSC. L’enceinte n’a toujours pas accouché d’un nom de baptême qui, c’est une évidence, ne concernera pas l’état-civil mais plutôt le registre du commerce. Le fond du problème est que LMCU se contorsionne pour que ce naming soit un modèle de vertu tout en jouant les bonnes gagneuses. Les Basses chroniques des Hauts de France se penchent sur cette difficile équation. Et sur l’irritation assumée et sans ambages d’Isidore Partouche dans le rôle du soupirant éconduit.

Grand stade Lille Metropole. Photo : Stéphane Dubromel.

« Si on ne me donne pas une bonne raison expliquant pourquoi nous n’avons pas été retenus, Partouche arrêtera le mécénat du LOSC dans très peu de temps : le maillot, la pub, tout ! » Chantage ? Ultimatum ? Bluff ? Scène de ménage ? S’agissant de cette dernière hypothèse, on sait déjà que cela ne se dissipera pas sur l’oreiller. Il faut comprendre notre casinotier : actionnaire à 40% de la holding du LOSC (autant dire n° 2 du club derrière Michel Seydoux) et accessoirement sponsor maillot depuis plusieurs années, Isidore Partouche n’apprécie pas, mais pas du tout, ce qui ressemble à ses yeux à une vaste hypocrisie. En résumé, son argent a droit au tapis rouge lorsqu’il s’agit de cracher au bassinet du foot professionnel et on lui indique la porte de service dès lors que la raison sociale de l’entreprise postule à une exposition certes ultra symbolique mais aussi capitale (sic) pour les deniers du contribuable. Patron du dossier, Pierre De Saintignon souhaite « un nom en harmonie avec l’identité et les valeurs de la région » (Nord Eclair) On va faire un peu de mauvais esprit mais dans la conjoncture actuelle, c’est un défi aussi relevé que de faire jouer à un manchot « Jeux interdits » à la guitare.

L’idéal : le stade Coca-Cola

C’est l’élu qui le dit : « La crise est sévère, mais nous ne baissons pas nos exigences pour l’instant, qui ne sont pas seulement liées au prix, mais aussi à l’identité du namer ». C’est un peu vouloir le beurre et l’argent du beurre… en ces temps de vaches maigres non ? D’accord l’offre de Partouche (entre 2 et 2,5 millions selon les parties) est en deça du prix fixé (entre 3,3 et 3,8 millions) et en plus la nature de ses activités n’est pas en phase avec « l’identité et les valeurs » de la région, ce qui n’est évidemment pas faux. Bien, qualifions cette candidature de plan B. Mais quid du plan A ? M. De Saintignon possède peut-être un as dans sa manche, ce dont doute Isidore Partouche jurant qu’ « ils ne peuvent pas trouver (un mécène) à ce prix » (20 Minutes). Une affirmation que l’on peut difficilement jeter aux orties quand on voit la situation économique des clubs professionnels, celle du RC Lens étant tout à fait révélatrice. À cette heure quel poids-lourd économique, au pédigree irréprochable, peut se permettre d’allonger plus de trois millions par an avec la certitude de ne pas essuyer un plan social entretemps ? Le précédent Carrefour est encore tout frais (on avait parlé de l’intérêt de la marque pour le Grand Stade, avant que celui-ci n’annonce à peu près au même moment un plan social…).

Prévoir aussi un deuxième nom au stade. Car -le saviez-vous ?- l’Emirates stadium d’Arsenal ou l’Allianz Arena* de Munich deviennent respectivement Arsenal Stadium et Fußball-Arena München lors des matches de coupe d’Europe, ces deux marques n’étant pas partenaires officiels de l’UEFA. L’idéal serait donc un stade Coca-Cola, fidèle mécène de l’instance européenne. Sauf qu’entre éthique et diététique, il faudra choisir…

Un stade Elisa ou Eiffage pour réduire la facture

L’exemple de l’Allianz Arena de Munich, future destination des supporters lillois, aurait évité bien des tracasseries aux têtes pensantes de LMCU. L’assureur allemand a tout simplement obtenu son naming via sa participation financière au projet de construction du stade. Nous vient donc cette suggestion candide : pourquoi ne pas baptiser le stade Eiffage ou du nom de sa filiale, Elisa (Eiffage Lille Stadium Arena) ? En leur faisant un prix d’ami de 3 millions par an, tout le monde y trouverait son compte (au propre comme au figuré). Le prestige pour la société de bâtiment, ce qui minorerait un peu l’affaire du Carlton, et un ballon d’oxygène qui allègerait -un peu- le remboursement en 31 annuités de LMCU. Ce serait en quelque sorte une opération blanche ou une ristourne, rayez la mention inutile. Mais bon, c’est trop simple et il doit bien y avoir une subtilité contratuelle, politique, économique ou technique (rayez la ou les mentions inutiles) rendant caduque cette option.

Et parce que le problème n’est pas assez compliqué, il faut savoir que Michel Seydoux, actionnaire majoritaire et président du LOSC, a droit de veto sur le choix du naming. Y a du monde sur le berceau !

En conclusion, ce dossier du naming toujours en souffrance ne contribue pas à lever les inquiétudes quant au choix du PPP (partenariat public privé) qualifié de « bombe à retardement » pour les collectivités publiques dans le dernier Pièces à conviction sur France 3 (à voir ici : bizarrement, l’exemple du Grand stade est évoqué mais de manière très anecdotique…). En tout cas, quelque chose nous dit que les polémiques collant au Grand stade, au stade Bollaert ou encore au stade couvert de Liévin n’en sont encore… qu’au stade des prémices.

Lire aussi le billet de Marc Prevost « Naming Grand Stade : La colère d’Isidore »

Cet article s’est également inspiré du dossier spécial de L’Express sorti en kiosque cette semaine, La face cachée du foot nordiste. Un remarquable travail d’investigation à lire absolument. Nous en avions d’ailleurs fait mention en milieu de semaine.

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur Isidore Partouche, relire notre Google Portrait : Partouché, coulé ?

* La société d’assurance Allianz donnera aussi son nom au futur stade de Nice. S’il fallait être à cheval sur l’éthique, on rappellerait qu’en son temps Allianz a été l’assureur d’installations SS et d’entreprises installées dans les camps de concentration (voir ici). Cette période dramatique appartenant au passé, on dira qu’il y a prescription.

A relire également sur le sujet du Grand Stade :

Grand Stade de Lille : un équipement uniquement fascinant, vraiment ?

Le Grand Stade toujours sans nom : DailyNord et ses lecteurs ont des idées

Retrouvez les précédentes Basses Chroniques des Hauts de France

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3 Commentaires

  1. P de Saintignon devrait se voir attribuer le grand prix régional de la “Langue de bois” quand il agite le mot “valeurs”, archétype du discours mou et consensuel qui caractérise Martine Aubry quand elle parle en representante de commerce du Losc.

    Il omet de mentionner que rien n’est plus contradictoire que le financement public d’un stade de foot pro par le conseil regional pseudo PS , vache à lait des stades, et par l’intercommunalité la plus pauvre et la plus endettée de France.

    Il le sait que l’UMP se gaussera de lui s’il accepte que le roi des bandits manchots et de l’argent facile jeté par les nouveaux riches sur les tapis verts vienne coller son nom sur le radeau pneumatique degonflé qui pollue le paysage à VA. Il faut dire que ce tonitruant histrion des garrigues met de l’animation dans la morne plaine de Villeneuve d’Ascq

    On lira avec profit l’ouvrage de Marig Doucy ,Lumières de Lille editeur “Grand stade de Lille, l’affaire”. Une longue serie de portraits dans les coulisses de LMCU où les maquignons sont legion. On ferme le livre, ecoeuré.
    En prime un bon resumé de l’affaire de Grimonprez Jooris 2 . Là on reste stupefait devant le desordre qui regnait dans ce dossier.

  2. On peut aller sur Boursorama vérifier l’evolution du cours de l’action d’Eiffage et de Partouche. Ces deux sociétés ne valent pas tripette et ont complètement devissé. Barrière idem. Pas de danger qu’acheter le naming ( donc une sortie de caisse) au prix invraisemblable attendu participe à ce que la Bourse appelle la “creation de valeur”, càd le fait de doper artificiellement la valeur de l’action ( en annonçant un “plan social” (!) par ex)

  3. putain de marxiste …

    et ce qu’a fait partouche jusqu’ici ca compte pour du beurre ? ca a pas aidé lille (donc la region) ?

    et si ils payaient pour le naming justement, ca aidera pas lille (donc la region) ?

    ces gens n’ont rien compris au capitalisme, et nous dirige.. (a cause des electeur au final..)

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