Réflexions Par | 12H00 | 17 septembre 2012

Martine Aubry revient-elle renforcée dans la région ?

Martine Aubry n’est donc bientôt plus première secrétaire du Parti Socialiste. La voici de retour à plein temps à Lille, région où elle était de facto de moins en moins depuis 2008. Reste une question : sort-elle vraiment renforcée de ses quatre années à la tête du PS ? La rédaction est divisée.

Martine Aubry lors d'une conférence de presse à Lille. Photo : Stéphane Dubromel.

Oui, elle en sort incontestablement renforcée

Quatre années à la tête d’une des plus importantes forces politiques du pays cela mérite un bilan. Celui de la maire de Lille est globalement positif. Surtout à l’aune des victoires électorales engrangées : européennes, régionales, Sénat, Elysée, Assemblée nationale,…certains se contenteraient de moins…On se souvient du gouffre dans lequel se languissait le PS après le pittoresque congrès de Reims en 2008. Le redressement en si peu de temps – quelques années – est spectaculaire et jamais vu dans l’histoire de la V ème République.

De même, les accords passés avec les turbulents alliés écologistes témoignent d’un fin sens politique : désormais confinés au parlement, muselés par leur participation au gouvernement, réduit dans l’opinion après le score de leur candidate à la présidentielle, ils jouent les utilités et se plient à l’actualité de l’exécutif, sur le nucléaire par exemple, ou le problème Roms. La défaite de Jean-Luc Mélenchon aux législatives prive la gauche de la gauche d’un porte-voix. Les deux événements lèvent l’hypothèque d’une négociation ardue à gauche pour ces fameuses élections de mi-mandat déjà en gestation : verts et communistes se rangeront gentiment sur les listes dominées par le PS, et les réfractaires feront figure de trublions. Depuis son intervention de dimanche soir 9 septembre, François Hollande mise donc sur une amélioration économique courant 2013 pour préparer cette échéance. Et les suivantes.

Désormais, l’horizon est celui des municipales et des territoriales de 2014/2015. Il s’agira de négocier le délicat virage local d’une force politique aux manettes de tous les pouvoirs et de négocier au mieux le désaveu qui pointe déjà son nez. Après son come-back, Martine Aubry goûtera ainsi aux joies de l’Aventin à la flamande. Mais les rumeurs qui ont bruissé cet été sur une éventuelle candidature à la commission européenne appuyée par Hollande lui-même relance les conjectures sur la trajectoire du successeur de Pierre Mauroy. La démission surprise de la première secrétaire atteste non seulement de sa lassitude à la tête d’une formation politique dont la gestion et l’animation ne sont certes pas de tout repos. Le forcing appuyé des grands barons socialistes pour installer Harlem Désir contre sa volonté – et celle de Jean-Marc Ayrault, tous deux penchaient pour Cambadélis, le faiseur de la reine au congrès de Reims – montre que le PS reste une formation surprenante et que ses modalités d’exercice du pouvoir sont désormais chamboulés : Hollande manoeuvrait et imposait ses tactiques, Jospin s’imposait, Mitterrand se jouait de ses adversaires. Martine Aubry, qui a prouvé un réel sens diplomatique, s’en est rendu compte à ses dépens et a voulu le signifier à son successeur. Il faudra continuer à compter avec elle. En abrégeant son mandat de quelques jours, elle agaçe les siens mais n’insulte pas son avenir politique. A Lille et ailleurs, l’homme de la rue n’a que faire des psychodrames de la rue-de-Solférino. Caprice de star ? Peut-être.

Une chose est sûre. Martine Aubry restera “la” personnalité politique de la région. Dans le camp d’en face, peu de noms émergent. Quelques ministres éphémères. Deux ou trois ambitieux. Un Borloo indécis, mi-régional, mi-parisien. Dans son camp à elle, pas mieux. Des vieilles gloires, des obligés, des baronnets. Rien à craindre.

Non, elle a quand même montré ses limites

Si son bilan à la tête du Parti Socialiste est globalement positif, il y a quand même quelques points qui la desservent. Elle n’a pas réussi à battre François Hollande lors de la Primaire : quand on se souvient que le nouveau Président faisait sa candidature en cavalier seul au printemps 2011 avec un faible pourcentage d’intentions de vote, c’est tout de même un échec. Quoique l’on en dise.

Autre échec : Matignon. Tous les médias supputaient sur la très probable nomination de la maire de Lille au poste de Premier Ministre, le seul taillé à sa mesure et qui l’aurait remercié des services rendus pendant la campagne (elle s’est ensuite rangée dans le rang, derrière François Hollande, sans faire de vagues, ce qui n’était pas gagné). Las, c’est Jean-Marc Ayrault qui a pris le poste. Un camouflet.

Désavouée  par deux fois, si Martine Aubry rentre à Lille avec le sentiment du devoir accompli (l’élection d’un socialiste à l’Elysée), le bilan est donc un peu terni par son destin personnel qui n’aura pas pu se conjuguer avec les plus hautes fonctions de l’Etat (pour le moment, car l’hypothèse d’un changement de Premier Ministre d’ici un ou deux ans n’est pas à exclure). Et par la fin de son aventure à la tête du PS : la cacophonie sur le cumul des mandats parmi ses propres amis socialistes fait tâche. La preuve également que ses quatre ans à la tête du Parti socialiste ne lui permettent pas encore de faire l’unanimité. A Lille, ce sera toujours plus simple. Normalement.

Un peu plus de DailyNord ?

2 Commentaires

  1. Martine Aubry n’a jamais eu qu’une seule ambition : la Présidence de la République, persuadée qu’elle est d’être dépositaire d’un challenge que son propre père n’a pas voulu relever en1995… Cette élue n’a jamais pu gagner une élection sur son propre nom. Alors que nombre de grandes villes auraient pu l’accueillir, c’est sous la protection de Pierre Mauroy qu’elle se range.En réalité, cette femme est un coucou qui fait son nid dans celui des autres après en avoir trahi les occupants précédents.
    Son départ du premier secrétariat du PS n’est que le moyen qu’elle a trouvé pour cacher son incapacité à se faire obéir des parlementaires cumulards.
    Elle préfère laisser le bébé et l’eau du bain à son successeur, tout comme elle l’avait fait avec Jospin après avoir massacré les conditions politiques de mise en oeuvre de la réforme des 35 heures. Bis repetita donc.

    Son avenir politique est aujourd’hui derrière elle. La relève ne tardera pas à se faire connaitre à Lille.

    PS : compter les élections européennes parmi les succès de M.A, n’est-il pas un peu osé ? Quant au gain du Sénat, il ne reflète que les positions acquises bien avant l’arrivée de MA à la tête du PS. Il est vrai que son entourage n’hésite guère à lui attribuer des atouts qu’elle n’a pas.

  2. N’oubliez pas qu’une élection est aussi le fruit d’une dynamique en plus d’une arithmétique. Positions acquises avant les sénatoriales (ça c’est l’arithmétique), oui, mais c’est insuffisant. Après tout, l’UMP G Larcher a été élu en 2008 pour succéder à C Poncelet par 173 voix contre 134 à …JP Bel qui trois ans plus tard est élu avec une majorité plus courte si l’on additionne Larcher et Létard (pas évident d’ailleurs…): 179 contre 134 et 29. Par contre après quatre ans de sarkozysme et une ribambelle d’élections perdues pour la droite, les esprits étaient probablement plus mûrs…et le PS requinqué – M. Aubry y est pour quelque chose – en position de maitriser le cours des événements. Le Sénat est compliqué, vous savez et les voix des sénateurs centristes y sont pour beaucoup.
    Vrai : le cadeau empoisonné du non-cumul laissé à Désir et au PS d’après Aubry. Mais ce n’est plus le même PS convenez-en.

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Les articles de DailyNord les...

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les vraies raisons de la baisse de fréquentation du Louvre-Lens

Baisse de fréquentation, impacts économiques limités sur le Lensois, DailyNord a enquêté sur le Louvre-Lens. Une enquête en trois volets à consommer sans modération.

Comment le Conseil régional compte affaiblir les associations écologistes

Baisse de subventions ou coupures sans préavis, DailyNord révèle comment le Conseil régional des Hauts-de-France a l'intention d'affaiblir les associations qui gravitent autour de l'écologie et de l'environnement. Retrouvez notre enquête.

Pour ne plus jamais louper un excellent article de DailyNord

L’unique et le seul dictionnaire officiel du Nord – Pas-de-Calais

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord - Pas-de-Calais

Les livres avec Eulalie

Mais qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

>>> Découvrez le DailyProjet

Partenaire