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Rénovations de Bollaert : la charité qui se moque de l’Hôpital

Basses Chroniques des Hauts de France Par | 29 septembre 2012

Le stade Bollaert, la « cathédrale » du football artésien, vaut-elle encore une messe à 70 millions, alors qu’à un jet de seringue l’hôpital lensois frise l’extrème onction ? C’est la périlleuse question que nous soulevons dans notre Basse Chronique du samedi, sans provocation aucune. À vous de juger.

C’est sûr, voilà le genre de tribune qui ne fera pas grimper notre capital sympathie auprès des inconditionnels du ballon rond. Quoique. On peut se pâmer devant les arabesques d’Hazard, les coups de génie de Messi et le style Christian Dior de Cristiano Ronaldo sans pour autant cautionner une certaine (sic) démesure à l’endroit de ce sport universel. S’agissant des millions engrangés par ces stars planétaires, sauf erreur, il s’agit d’argent d’origines privées. Si de tels émoluments ont de quoi légitimement choquer en cette terrible période de crise, là n’est pas le sujet. La question qui fait débat sur les forums est celle-ci : est-il raisonnable en cette période dramatiquement morose, où les mots rigueur, redressement, économies ou encore restrictions vampirisent les discours de nos gouvernants,  de financer par l’argent public la rénovation d’un stade ? Après une large tranche consacrée auparavant à faire de la région une base arrière des Jeux de Londres dont les effets ne sautent pour l’instant pas aux yeux, économiquement parlant, 70 millions d’euros vont être consacrés à la rénovation du stade Bollaert, l’essentiel supporté par l’État, les collectivités locales et régionales, en résumé l’argent du contribuable*. Oui, il s’agit d’un monument sportif, non il ne s’agit pas ici de tailler des croupières à la bonne foi de nos élus au niveau de leurs orientations. Il y a juste ce « détail » : voisin du bastion Sang et or, le centre hospitalier de Lens propose un contraste saisissant. La majeure partie des locaux dépassée, des personnels en sous-effectifs chroniques, la chape de plomb d’un déficit financier… bref, c’est pas la santé.

Un troisième lifting en 30 ans

1984, 1998 et sans doute 2014 pour être dans les clous de l’Euro 2016, Bollaert ferait passer Michael Jackson pour un petit joueur en terme de chirurgie esthétique. L’hôpital de Lens, inauguré en grandes pompes par Édouard Herriot (voir le document ci-contre) en 1932 n’a pas connu autant d’égards alors qu’il revendique le même âge que l’enceinte du RCL (livrée en 1933). Au début des années 70, un bloc de béton chute du toit de la tribune honneur lors d’un Lens-Nancy. Miracle, il n’y aura pas la moindre victime. Passé des Houillères à la municipalité, le stade connaît donc ses premiers travaux de rénovations sous l’impulsion d’André Delelis. Il faut retenir que ce dernier avait deux chevaux de bataille quasi sacrés: le RC Lens et l’hôpital. Le binôme navigue à peu près sereinement jusqu’en 1998 avec pour point d’orgue une équipe des Bleus vainqueur de « sa » Coupe du monde et un RC Lens champion de France. André Delelis tire sa révérence et laisse à son successeur une situation compliquée.

Guy Delcourt attaque une décennie qui va voir le binôme se transformer en cocktail molotov : l’explosion du déficit de la Sécurité sociale associée à l’ivresse d’un football professionnel se livrant cuisses écartées à un libéralisme débridé et absolument pas maîtrisé. Le tout dans un secteur en alerte rouge aux niveaux économique, sanitaire et social. D’autant que le fidèle attelage de Delelis prend un gros coup derrière la crinière : Guy Delcourt mise sur un autre cheval, l’antenne du Louvre. Le pari est immense, digne d’un coup de poker. Parce qu’entre un club à l’agonie et un hôpital exsangue, il n’y a plus la place pour un troisième fardeau.

Le ministère de la Santé devrait s’inspirer de l’UEFA

Un hôpital a ceci d’indiscutable : c’est un trésor commun, un bien collectif soucieux et garant de la santé de la population autochtone. C’est avant tout une affaire d’État. Or, l’état du CH lensois est tout simplement pitoyable. Amiante à gogo, effectifs en surtension et au bout du rouleau (un cortège de deux cents employés a manifesté mardi dans le centre de Lens), entre 11 millions et 33 millions de déficit selon les estimations, voilà quelques éléments du décor qui n’a même plus d’envers. On évoque le projet d’une reconstruction de l’établissement : mais pour quand ? Vers 2015-2018 si l’on est optimiste. D’ici là on continue de soigner avec des rustines, pardon des morceaux de sparadrap.

Mais après tout, c’est la faute du ministère de la Santé. Ben oui, si ses cahiers des charges étaient aussi pointilleux que ceux de l’UEFA, ça droperait à la cravache. Parce que le deal avec cette pateline institution nichée dans un canton suisse est simple : c’est à prendre ou à laisser. Et ça marche. États et collectivités ont ceci de masochiste qu’ils se plient aux quatre volontés de ce qui n’est après tout qu’une simple fédération européenne de sport. Pourtant, quelques travaux de sécurisation, deux ou trois coups de peinture par ci par là et Bollaert assurerait sans problème la livraison de cinq matches de l’Euro. Mais non, l’UEFA sous couvert de progrès impose sa folie des grandeurs dans un contexte de crise historique. Qui est l’âne dans cette histoire ?

Le RCL, comme le ministère des Sports, aux services des urgences

Alors oui, celle là vous n’y échapperez pas, « un nouveau stade est un élément essentiel pour donner une nouvelle envergure économique, de plus grandes ambitions sportives au club ». Pas de bol, le RC Lens qui n’évolue pas que l’on sache sur une prairie entourée d’une main courante est dans le trente-sixième dessous tant sur le plan sportif qu’économique. Ça fait mal pour les amoureux du foot, pour ce club emblématique et attachant ; il y aura des jours meilleurs. Par charité chrétienne, évitons de soulever les douloureux antécédents du stade des Alpes de Grenoble (lire  ici) , du stade MMA du Mans, de celui qui meuble les rêves et sans doute les cauchemars de Jean-Michel Aulas (voir ici) ou plus près de nous, le stade de l’Épopée à Calais, mini Parc des Princes sonnant le vide, un échec magistral. Les oubliés s’empresseront de nous pardonner. Surtout Marseille.**

À force de jouer avec la tirelire, le petit cochon n’a plus rien dans le ventre. Valérie Fourneyron, la ministre des Sports, annoncera mardi prochain une baisse de 7% du budget de son ministère pour l’année 2013 avec le Stade de France en victime collatérale. On se console comme on peut, Stade 2 connaît toujours une audience stable… Pour avoir une vision complète du phénomène, il vous est recommandé d’aller .

(Tentative de) conclusion

Au vu de tout cela, on ne reniera pas pour autant que nos collectivités ont parmi leurs missions premières d’impulser, d’accompagner les grands projets régionaux. C’est même leur devoir. On ne doute pas non plus qu’elles mettent toute la sauce pour pallier aux insuffisances des secteurs de santé. Incontestablement, la mixité et la cohésion sociale sont au rendez-vous du sport (Daniel Percheron). Sauf que la sonate des caisses vides, le concerto du surendettement des institutions réduisent considérablement le champs des priorités. En cela, on ne peut que saluer l’intervention de Brigitte Passebosc, expliquant le refus du groupe communiste de voter le financement des travaux du stade Bollaert (son intervention est disponible ici). Tout cela sous l’œil approbateur de sa collègue de groupe, Michèle Demessine… nommée quelques jours plus tard vice-présidente du club des villes d’accueil de l’Euro-2016. C’est compliqué parfois la politique.

En tout cas, d’ici le 15 octobre, date du vote définitif, on peut encore discuter, soupeser, s’interroger. Le Grand stade high tech de Villeneuve d’Ascq assurera la présence de l’Euro dans la région. N’est-ce pas suffisant, sachant que Bollaert a déjà connu par deux fois -seul- cette opportunité auparavant ? Les précieux millions qu’on veut lui dédier ne seraient-ils pas plus utiles à l’accompagnement d’une Santé régionale fragile, au CH de Lens comme ailleurs, à la reconquête des déserts médicaux du territoire ? Poser la question c’est peut-être y apporter un semblant de réponse. Et autant se la poser quand on est encore en bonne santé n’est-il pas ?

* 11 M€ empruntés au Crédit agricole nord de France par le Conseil régional qui avait déjà voté une subvention de 25 M€, l’État (12 M€), la communauté d’agglomération de Lens-Liévin (12M€) et le département du Pas-de-Calais (10 M€). Un budget auquel il faut rajouter 13 M€ de TVA.

** « Mais que dire en plus de la gabegie financière que cela a représentée pour les Marseillais ? La transformation du Vélodrome en 98 a coûté la bagatelle de 391,9 millions de Francs, dont près de 220 pour la Ville de Marseille. 12 ans après, ce sont encore 273 millions d’euros au final qui seront investis dans ces travaux conduits par le groupe Bouygues via sa filiale Arema, pour répondre au cahier des charges de l’UEFA et faire de ce Vélodrome un stade 5 étoiles. Avec une grosse partie de financements publics et des subventions importantes qui ont fait débat au sein des institutions concernées. » Extrait du blog d’Hélène Foxonet sur L’Équipe.fr

Crédits photo : Affiche provenant du service des archives de la ville de Lens, que nous pouvons aimablement reproduire avec l’autorisation du site Le Lensois Normand. En Une, capture d’écran de l’hôpital, vu par satellite.

Retrouvez toutes les Basses chroniques des Hauts de France. Et ce dimanche, sur un ton un peu plus léger, le mot du dico décalé reviendra sur Bollaert.

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5 Commentaires

  1. panem et circacem.

    Tout est dit.

  2. pour répondre au cahier des charges de l’UEFA et faire de ce Vélodrome un stade 5 étoiles!
    d’ici quelques années les normes à 6? 7 étoiles? Pq pas!!
    à quand un hospital pour les fous qui nous gouvernent !!!

  3. oui il est sûr que cet article ne fera pas grimper le capital sympathie du blog auprès des inconditionnels du foot, du ballon de foot et du ballon de rouge….mais il fait grimper la sympathie de ceux qui regardent d’un oeil sain ce qu’est devenu ce foot business qui pour quelques uns abêtit les gens et pour la majorité les appauvrit!
    Mais il est tellement évident que nous avons plus besoin de lieux de soins et autres services publics que de stades de foot qui enrichissent quelques riches profiteurs!
    Si encore le foot business finançait lui même ses stades à se faire de l’argent facile!
    Il est immoral que le foot business se fasse payer ses stades par de l’argent public. De l’argent public si utile pour d’autres besoins tellement plus urgents à satisfaire!
    Je m’excuse d’avance auprès des supporteurs inconditionnels du foot qui ne s’en rendent pas compte… mais il est clair que si les politiquent fiancent le foot c’est qu’il endort et abêtit les addicts de ce spectacle éternellement renouvelé qui donne, de l’extéreur l’impression de déjà vu et revu!

  4. Un elève de 1ère anne de CAP comptable comprend l’arnaque instantanement.
    Un club de foot n’est basé que sur des transferts financiers très importants dans le sens decroissant : droits de retransmission télé, mercato, merchandising, pub dans le stade, billeterie. Il faut retenir que la billeterie represente de moins de ressources financières pour le club. La logique initiale d’un club de foot : une equipe qui attire des spectateurs prêts à payer ne tient plus debout…. Les spectateurs et fans sont là pour faire la claque. Sans eux pas de spectacle. S’ils avaient deux sous de jugeotte, ils devraient exiger l’entrée gratuite…

    Le business model d’un club de foot, c’est donc de tout parier sur les profits à très court terme

    1) bonne gestion des joueurs ( detecter r des jeunes et les revendre bien plus cher une fois f ormés) exactement comme un maquignon achète des veaux pour les engraisser avant de les revendre .
    2) eviter à tout prix les emprunts qui rendent la revente du club impossible. Pour financer un stade, il faut une collectivité qui empruntera à la place du club . Sans emprunt à rembourser, la tresorerie plethorique du club est pillée par les joueurs qui ont parfaitement compris l’equation. Le lecteur en deduira que c’est donc le contribuable qui garantit les salaires pharaoniques des joueurs. CQFD

    3) pour mettre en oeuvre le business model, tous les moyens sont bons . En particulier, les agences de marketing sportif qui realisent des etudes bidons sur les retombées economiques des stades. via une pression mediatique et des relais parlementaires. Ainsi, la loi sur le developpement touristique qui a permis aux collectivités de financer la construction de stades au titre du “developpement touristique”. Or, c’est une arnaque. Aucune etude independante n’a demontré que depenser des dizaines de millions d’euros pour un stade ait apporté de creation de richesse au plan local. La preuve ? A Lens precisement ou des dizaines ( centaines) de millions de FF de fonds publics ( Etat region et municipalité ) ont eté depensés en pure perte . En particulier par le predecesseur du maire actuel. Les stades ne sont que de gigantesques lessiveuse à argent public ( argent sale aussi quand on lit la presse). Ils ne servent aussi qu’à vider les poches des fans pour remplir celles des joueurs que ne reinvestissent pas un seul euro de leurs salaires pharaoniques.

  5. Il y a toujours de l’argent pour le foot-business. En effet, la ville de Lille qui veut profiter à plein de l’effet du Grand Stade (sans nom) et de l’exposition médiatique du Losc a fait voter par son conseil municipal la signature d’un partenariat de 3 ans avec “Grand Stade Rayonnement” , une filiale du club du Losc pour grapiller un peu de la lumière jetée sur les “dogues”.
    C’est dingue non ?
    Et pour la somme de 320.000 euros, LILLE se paie avec les impôts des lillois, un panneau publicitaire de 39 m de long dans le virage nord ouest du Grand Stade sans nom et le droit de coller son logo dans plein d’endroits …
    Pour ce prix exhorbitant de 320.000 euros il y aura 50 places protocolaires (pour les amis des amis?) et 530 places pour les enfants de Lille (les enfants des amis des amis?) dans les Tribunes!
    Martine Aubry et les élus lillois ne sont donc pas concernés par la crise!
    Ces 320.000 euros n’auraient-ils pas été plus utiles ailleurs?
    Pour l’accueil des Roms par exemple, alors qu’il est indigne de les laisser survivre comme ils peuvent avec les moyens qu’ils trouvent pour survivre sur des friches inhumaines, sans hygiène en apportant les nuisances de la pauvreté aux riverains.
    Alors avant de nous donner des leçons les Politiques responsables de tout ce bazar feraient bien de balayer devant leur porte !!!

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