Un quinquennat à Denain : les Metallurgicales, sous une ombre de Patrick Roy

L’une des manifestations les plus connues à Denain ? Le festival des Métallurgicales. Ou comme son nom l’indique un festival de chevelus hurlant dans un micro avec des guitares ultra-saturées. Ça, c’est pour le cliché. Parce que les Métallurgicales à Denain, c’est un peu plus que cela. Et même beaucoup plus. C’est l’héritage laissé par le député-maire décédé l’an dernier Patrick Roy. Dans notre projet quinquennat, ça valait bien le coup d’aller se faire casser les oreilles quelques instants.

Une journée à Denain risque de démarrer à chaque fois de la même façon : un petit tour du côté du Café de l’Univers, dans le centre-ville, histoire de prendre la température. Nos nouveaux amis sont bien là. Le binôme journaliste-photographe n’est pas exactement le même, mais l’appareil photo a marqué les esprits. « Alors, vous venez pour quoi cette fois-ci ? Les législatives ? ». Et non, si le reportage a été effectué le samedi précédent la ruée vers les bureaux de vote, notre objectif, c’est plutôt les Métallurgicales, le festival de métal local. « Ah oui, lâche la patronne. C’est bien, ça ? Non, nous on ne voit pas de trop de retombées dans les commerces. Mais ça fait parler de Denain. »

Direction donc le complexe sportif où se tient la petite sauterie. On ne peut pas se perdre, on est guidé au son : à quelques dizaines de mètres de la salle, à mesure que l’on croise quelques tee-shirts de métalleux, la musique se fait de plus en plus forte. On est fou ou on ne l’est pas, on passe toutes les barrières pour entrer dans la salle Jean-Degros, du nom d’un international de basket, qui fut capitaine de l’AS Denain-Voltaire et champion de France en 1965. Imaginait-il qu’un certain groupe londonien du nom de Collapse y ouvrirait un jour le bal ? On vous épargnera la critique musicale : l’auteur de ces lignes étant peu porté sur la chose, il  ressortira quelques minutes plus tard à la recherche de ses témoignages, mission qu’il s’était fixée.

Grégory et Julien, héninois en apnée mélenchonesque et lepeniste

Ça tombe bien, dehors, entre une baraque à frites et une baraque à crêpes, deux jeunes gens d’allure sympathique, acceptent de répondre à nos questions. Et pas n’importe quels jeunes gens. Deux habitants d’Hénin-Beaumont : Grégory et Julien. Alors, forcément, en cette veille de législatives, la conversation dérive (et ce sont eux qui la font dériver !) un peu sur le cas de la onzième circonscription du Pas-de-Calais, d’autant que le premier a eu l’immense honneur d’être le voisin de palier d’une voisine peu dérangeante, car peu présente, Marine Le Pen : « Pfff… Grâce à l’autre, c’est maintenant plus connu que New-York. Mais vivement qu’elle parte… Nous, on était là bien avant elle et Hénin, ce n’est pas Marine Le Pen…  » Ni Mélenchon d’ailleurs, comprenons-nous. Revenons-en à nos moutons, le métal. « On vient ici parce qu’on a des amis qui vont jouer ici. Et puis quand même Anthrax (groupe ultra-connu pour les incultes). Et ça nous a permis de découvrir un peu la ville avant de venir.  C’est pas mal ici : on est allé manger au restaurant japonais-chinois, il y a le tram en pleine ville. » Et Patrick Roy, initiateur du festival, ça leur dit quelque chose ? « On est venu d’abord pour la programmation. On a fait le rapprochement avec Patrick Roy après. Faut dire qu’il y a eu beaucoup de buzz avec sa maladie !»

Cyril et Martin, vendeurs de musique dans une région métalleuse

Un festival, c’est aussi bien sûr un peu de merchandising. Dans la tente consacrée, près des tickets boissons marqués Patrick Roy, on brasse les euros entre guitares, disques, livres et tee-shirts. Comme chez Angel Music, magasin valenciennois venu en voisin refourguer sa camelote, via Cyril et Martin, deux des vendeurs. Assez surpris finalement qu’un festival de métal ait pu trouver sa place dans une ville comme Denain : « Ce n’est pas là qu’on l’attendrait forcément. Mais ça attire du monde et ça a bonne réputation. C’est bien pour le secteur. » Et pour Angel Music qui peut faire un petit chiffre d’affaires supplémentaire en cette après-midi qui devait accueillir 1 500 mélomanes. Faut dire qu’à les entendre, la région a une petite tendance métalleuse : « notre magasin est généraliste, mais nous avons une grosse clientèle qui apprécie le hard-rock et le métal. »

Daniel Cotton, adjoint au maire, et Gauthier Marcant, directeur des Affaires Culturelles, un duo aux commandes

Que l’on ne confonde pas. Daniel Cotton, élu à la ville, n’est pas adjoint à la Culture. Mais aux Travaux. Il a seulement en charge le festival de par sa proximité avec ce style musical. Il était d’ailleurs là au moment de la première, en compagnie de Gauthier Marcant, directeur des affaires culturelles. Les deux hommes sont toujours aux manettes. Et sont en tout cas ravis d’une chose : voir que ce bébé, voulu et popularisé par l’homme à la veste rouge, continue de prendre de l’ampleur. « Anthrax, c’est quand même le Big Four du métal. On arrive maintenant à attirer des grands noms ici, à Denain. » Même si les groupes américains ne savent pas placer l’un des ex -poumons industriels nordistes sur la carte, reconnaissent aisément les deux hommes. Comme ils savent rendre gré au flair de leur ex-député maire : «  On partait dans l’inconnu. Il y a cru. Aujourd’hui, ça marche. Et ça s’intègre à une programmation culturelle denaisienne qui va de Jamel Debbouze au métal. C’est ça la diversité culturelle ! » Ce festival pourrait-il faire remonter l’image de Denain dans le coeur des Nordistes et des Français ? « Il n’y a pas que ça. Mais ça en fait partie. Comme il faut que les Denaisiens soient d’abord fiers d’eux-mêmes. » D’ailleurs, Gauthier Marcant a une formule pour résumer les gens d’ici, lui qui est originaire de Wormhout dans les Flandres : « En tant que non-Denaisien d’origine, je peux vous dire que Denain, c’est toute l’image du Nord : des gens adorables, le coeur sur la main. »

Kévin Roy : « On me parle régulièrement de mon père comme du député qui faisait du métal »

Dernière rencontre et non des moindres sur le festival. Kévin, 20 ans, le fils de Patrick Roy. Forcément, les Métallurgicales, il baigne dedans depuis la première : « J’ai participé à l’organisation des trois premières éditions, reconnaît-il. Cette année, non, je fais mes études à Saint-Nazaire. » On évoque avec lui brièvement les souvenirs de son père, du métal : « Je suis fan depuis toujours. On se faisait découvrir des choses mutuellement. Moi, par exemple, je lui avais fait écouter Gojira. Lui pas mal de groupes comme Metallica. Du coup, je l’aidais sur la programmation. » Que lui inspire cette quatrième édition ? « Ça me fait plaisir de voir autant de monde et les têtes d’affiches.  Si mon père était stressé pour la première ? Pas trop de mémoire. Un peu, peut-être. Il était quand même un peu attendu au tournant. » Reste qu’aujourd’hui, les Métallurgicales sont presque une référence dans le monde métal hexagonal. Et, entre deux riffs ravageurs, il planera toujours au-dessus du « fest » une petite ombre de Patrick Roy. « Dont on me parle régulièrement comme du député qui faisait du métal », sourit Kévin.

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Abonnez-vous à notre newsletter

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les tops DailyNord

Les Livres avec Eulalie

Contacter la rédaction

Ça se passe par là