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Législatives à Hénin-Beaumont : pourquoi Mélenchon a perdu

DailyUne | Réflexions Par | 11 juin 2012

C’est une défaite qui fait mal. Arrivé en grandes pompes il y a quelques semaines dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais comprenant Hénin-Beaumont, Jean-Luc Mélenchon s’imaginait déjà boutant Marine Le Pen hors du département. Ce dimanche, il n’a pu que reconnaître sa défaite, éliminé avant même le second tour. Il restera au leader du Front de Gauche à méditer ses erreurs.

Photo : Stéphane Dubromel

Erreur n°1 : une campagne à l’arrache

Les électeurs n’en ont-ils pas marre, de ces sauveurs parachutés providentiels, un tant soit peu prétentieux, ce qui leur donne le sentiment d’être instrumentalisés, sans compter des éléments de langage mélenchoniens qui ont pu froisser, voire, terrible paradoxe, stimuler le vote lepénien dans un choc Front contre Front ? On peut en dire autant de Marine Le Pen, parachutée aussi de la belle banlieue de Paris mais depuis une bonne dizaine d’années : ce n’était pas son premier combat à cet endroit. Ce qui change tout. L’une avait un bon timing, et une antériorité indiscutable, l’autre a voulu jouer les lièvres de la fable.

Erreur n°2 : une mauvaise appréciation du territoire

On l’a déjà dit, une campagne présidentielle ne ressemble pas à une campagne législative. Jean-Luc Mélenchon, certes volontaire et tout de courage inutile, a cru pouvoir réitérer le coup du 22 avril (11%), mais la sociologie du bassin minier s’écarte beaucoup de celle de son électorat disons naturel, celui des grandes villes, des diplômés, par ailleurs assez hétérogène. Les 22 000 personnes du meeting de Lille ont probablement grisé le leader du Front de gauche qui n’a pas compris que la métropole lilloise n’était pas l’ex-bassin minier, essentiellement populaire. La Bastille n’est pas la place de la République d’Hénin-Beaumont.

Erreur n°3 : la sous-estimation des capacités de mobilisation du PS

L’adversaire médiatique de Jean-Luc Mélenchon était Marine Le Pen mais aussi le PS. Du premier, il savait que la lutte serait féroce et elle l’a été. Du second, il croyait qu’il serait en mesure de le supplanter. Or, Philippe Kemel, le candidat socialiste, a reçu le soutien actif de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault. De même, l’appareil communiste lui a certes prêté un grand renfort sans toutefois lui assurer l’étiage suffisant. Pour le PC, l’opération est mi-figue-mi-raisin : certes, l’électorat est “réveillé” mais ce n’est que le temps d’un duel à trois, autant dire un feu de paille. Voilà qui ne va pas arranger les bidons entre le PS et le PC. Au niveau local, parce qu’au niveau national, la vieille histoire entre les socialistes et les communistes va reprendre ses droits (et pourquoi pas des ministres communistes ou Front de Gauche dans un futur gouvernement sous la présidence Hollande ? ). Surtout si Méluche, qui a beaucoup perdu dans l’affaire d’Hénin-Beaumont, ne siège pas à l’Assemblée nationale.

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8 Commentaires

  1. Au lieu de claironner sur la défaite de Mélenchon, vous feriez mieux de vous demander quel aurait été le scénario sans Mélenchon : au vu du score de Le Pen, il y a fort à croire qu’elle aurait été élue dès le 1er tour !
    Mélenchon est un combattant, s’il avait voulu un poste de député sans avoir à se battre, il aurait certainement choisi une autre circonscription. Mais sachant que c’est au moment des élections que les gens s’intéressent le plus à la politique, il est allé au charbon pour réveiller des consciences qui sont manifestement en train de pourrir dans ce coin de la France. Merci à lui !

  2. Jean-Luc Mélenchon, un grand monsieur avec de grandes capacités intellectuelles qui a fait preuve de patience et de courage ,quelqu’un qui pense de façon conceptuelle, radicale, critique et qui ordonne les grands principes et valeurs de la vie, il restera un puits de connaissance et dont la parole sera infiniment écouter. Ce grand monsieur mérite un énorme remerciement car il a milité pour le développement des qualités essentielles de l’être humain et ces idées dépassent les frontières de la France

  3. Ah, ça, les capitaines Fracasse, quand ça tombe, ça en fait de la poussière.
    Primo : nous ne claironnons pas, nous commentons avec nos mots à nous. Personnellement, j’ai toujours dit et écrit sur ce site que son opération commando était à haut risque, je ne découvre rien. Oui, c’est vrai, il a du courage. Et alors ? N’aurait-il pas été plus utile à l’AN ? Il a eu les yeux plus gros que le ventre, voilà tout : battre Le Pen et jouer les tribuns au Palais-Bourbon. Vous savez, un parachutage est toujours aléatoire quel que soit le point de chute.
    Secundo : Méluche a improvisé son parachutage à base de revanchardise personnelle, et, comme l’on sait, les meilleurs impros sont celles que l’on prépare soigneusement. Vous devez connaître aussi bien que moi (j’ai vécu 20 ans dans la circonscription certes redécoupée) les gens “dechepasdecalais”, les matamores, ils n’aiment pas trop. Ou plutôt Méluche s’est pris pour Maurice Thorez (né à Noyelles-Godault) et s’est retrouvé comme Kouchner à Saint Amand en 1988 (contre un certain A. Bocquet, communiste de belle eau (!), ironie de l’histoire…). Ce qui est paradoxal, c’est que MLP, elle aussi très forte dans le registre “moi-je”, a réussi à faire oublier, ou passer au second plan, son extraction parisienne et dynastique ou France d’en haut si vous voulez.

    Tertio : l’argument selon lequel Marine Le Pen eût été élue dès le premier tour sans Mélenchon est évidemment difficilement vérifiable, voire un peu facile. Cela signifie que Mélenchon a siphonné des voix FN/Le Pen, ce qiu est sûrement avéré mais dans quelle mesure? Je pense que H. Poly n’aurait pas été ridicule et il aurait de toute façon reçu le soutien de J-L Mélenchon. Par contre si MLP passe dimanche prochain, Méluche portera une part de responsabilité pour cause de report mal fait et déstabilisation de la gauche…même si c’est pas ou peu vrai, on le lui reprochera (je parle de ses anciens potes du PS)…

  4. Merci de répondre à mon commentaire ! Mais j’avoue avoir du mal à vous suivre : vous semblez vouloir voir Mélenchon siéger à l’AN mais sans qu’il soit “parachuté” où que ce soit. Car ou l’auriez vous bien vu candidat, Mélenchon ? En Essonne peut-être, parce qu’il y a déjà été sénateur? Soyons sérieux, non seulement nous avons affaire à un homme politique d’envergure nationale, mais en plus quelqu’un qui milite pour un vote proportionel et des députés qui fassent leur travail de législateurs, à Paris, plutot que de se méler aux magouilles locales. Dans cette optique, le terme de parachutage perd tout son sens. Ce que vous affirmez revient à que le capitaine des pompiers devrrait se contenter d’éteindre un feu de cheminée quand c’est toute ville qui brûle.
    Le terme de matamore est particulièrement mal choisi en ce qui concerne JL Mélenchon, il convient beaucoup mieux à Le Pen (je vous renvoie à sa définition). Si vous vouliez dire que les gens n’aiment pas les “grandes gueules” que sont ces deux candidats, il faut effectivement chercher d’autres raisons au succès du FN. J’aime à croire que les gens du cru ne sont pas pires qu’ailleurs, mais qu’ils ont peut-être plus qu’ailleurs subi la crise humaine qui se joue depuis que la finance dicte sa loi aux états. Mais la finance internationale est sans doute un danger beaucoup moins palpable que l’euro ou l’immigration pour qui habite Hénin-Beaumont. Qui pouvait le leur expliquer mieux que J-LMélenchon ?

  5. Qui trop embrasse mal étreint ! Il aurait été mieux inspiré de se chercher un fief moins difficile, parce que tout ça pour ça…de toute façon, ce n’est jamais une sinécure, un parachutage, ou une élection législative avec des nouveaux venus d’ailleurs, si vous préférez. Cela n’aurait en rien diminué son mérite. Maintenant, l’esprit de sacrifice (très judéo-chrétien, ça…) peut être une bonne motivation parmi d’autres, ou justification a posteriori. M’enfin, il vient d’annoncer qu’il voulait prendre racine sur ce “territoire”, alors…
    A propos, toujours dans la rubrique citation, qui a dit devant la foule “Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas ! “? Ca faisait pas un peu emphase boursouflée, non ?
    Je sais que c’est dur à lire, mais ce qui a le plus manqué à JLM, c’est un réél ancrage populaire. Alors, forcément quand on jette l’ancre quelques semaines avant le premier tour !
    Ce qui est aussi vrai : la campagne a été quelque peu dégueulasse (faux-tracts,…)

  6. Aux électeurs des candidats FN et PS de cette circonscription, je les renvoie à cette sentence de Winston Churchill après les inadmissibles accords de Munich: “« Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre ». JL Mélenchon a sans aucun doute commis des erreurs mais il représentait une chance unique d’offrir une nouvelle issue au secteur: sortir de la consanguinité socialiste locale usée jusqu’à la corde et frapper un grand coup -de ceux qui marquent- en taclant le système MLP, permettant par là même d’espérer que la France est moins “extrème-droitisée” qu’elle n’y parait. Au lieu de cela, il faudra se déterminer entre envoyer au Palais Bourbon un pitbull dont on n’entendra pas les aboiements puisque trop esseulée dans sa niche ou un caniche édenté qui remuera la queue en signe d’approbation à chaque claquement de doigts de la droite molle qu’est le Parti socialiste. Alors,si la circo a loupé son rendez-vous avec la vraie gauche, elle possède peut-être un joker si Méluche décide malgré tout d’y planter sa tente. A condition de remettre certaines choses en ordre car:
    – Pour rappel, le soldat JLM a sauté sur le Pas-de-Calais alors que le PCF départemental s’était fermement positionné contre sa candidature aux présidentielles. Certes, le terrain ne fut pas miné (sic) mais cet épisode mélenchonien fera-t-il sortir les cocos locaux d’une torpeur qui ressemble parfois à de l’anesthésie? Illustration à Lens où le candidat du FdG Eric Troni faisait figure d’outsider. Au final, il se fait laminer par un Guy Delcourt qui n’a pas eu besoin de faire campagne!
    – Les scores réalisés dans les municipalités communistes historiques (Méricourt, Rouvroy) s’avèrent très décevants, dès lors le matelas électoral se rapprochait de la planche à clous (le fameux ancrage populaire dont vous parliez Marc). Le chantier de Méluche -si il reste- sera donc de redonner un supplément d’âme idéologique aux élus afin que leurs préoccupations militantes dépassent le stade des municipales.
    – Enfin, et ce n’est pas le moindre des challenges, il s’agira de démontrer aux populations que FN et PS ont pour dénominateur commun le clientélisme. Seuls la méthode, son usage et ses mensonges diffèrent. Pour un même résultat: catastrophique.
    Alors oui, électeurs majoritaires de la circonscription d’Hénin-Beaumont, vous avez privilégié le déshonneur mais vous n’échapperez pas à la guerre, quelque soit le résultat du 2e tour. Que vous le voulez ou non. Je n’ai d’ailleurs aucun plaisir à énumérer tout cela car j”aime beaucoup la région d’Hénin et ses habitants. Les gens sont sympas, attachants, vivants. Mais c’est à se demander s’ils ne sont pas un peu masos…
    Ce déshonneur constaté et cette guerre annoncée ne sont finalement que l’oeuvre de la VIP du patronat et de l’Europe libérale: Martine Aubry. Cette autre parachutée parisienne est parvenue à -politiquement- déshonorer la région et l’installer dans un climat de guerre durable. Chapeau l’artiste!

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