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Jean-Pierre Kucheida, Christian Vanneste : le crépuscule des maudits

DailyUne | Petite histoire Par | 15 juin 2012

Ce dimanche, on ne trouvera étonnement pas leurs bulletins dans les bureaux de vote. Jean-Pierre Kucheida à Liévin et Christian Vanneste à Tourcoing ont été éliminés dès le premier tour il y a quelques jours. A la grande surprise des observateurs, notamment pour le socialiste. Cette sortie du jeu parlementaire, associée à leur âge, signifie en tout cas une chose : la fin toute proche de la carrière politique de deux hommes qui ont marqué la politique régionale. Eloges funèbres de deux maudits.

Que retiendra-t-on de Jean-Pierre Kucheida et de Christian Vanneste ? Des personnalités emportées, l’une par le système sinon son propre système, des univers dont il procède et qui font le bonheur des universitaires et des commentateurs. L’autre par lui-même, cette irrépressible propension à la transgression, apanage des âmes de feu peu enclines au compromis. La sociologie pour le premier, la psychologie pour le second.

Kucheida, formé et formaté par son parti et ses manitous, rejeton d’une histoire partisane presque moyen-âgeuse. Vanneste, sans cesse repoussé par les siens au gré d’une actualité incandescente à la confluence de l’indicible et du secret, sorte de miroir-repoussoir aux reflets insupportables. La créature et le banni. Les deux sont les mauvaises consciences de leur famille. Deux maudits.

Années 80 : Vanneste et Kucheida, de nouvelles têtes qui iront loin

Que s'apprête à dire Christian Vanneste ?

Tout avait bien commencé. En 1981, annus mirabilis pour la gauche, JPK succédait à Liévin, avec la flamme clanique qui deviendra sa marque de fabrique, à Henri Darras, ancien président du conseil général du Pas de Calais, qui lui a légué son art du cumul des mandats dans l’espace et dans le temps. Christian Vanneste aiguisait ses crocs dans le sillage de Stéphane Dermaux, le maire très giscardien de Tourcoing, dont il fut un actif adjoint à la culture, mêlant sa patte à tous les grands dossiers des années quatre-vingt : Opéra de Lille, centre du Fresnoy,… Deux petits princes promis à la couronne.

Assez vite, la rumeur – ce mal nécessaire de la démocratie – enfla. Kucheida l’épicurien et son argent, son ranch dans le Middle-West, ses fêtes patrimoniales,…Vanneste l’intellectuel et ses sympathies royalistes, ses fréquentations au club de l’Horloge, puis son homophobie viscérale. Pour noyer son chien, on dit bien qu’il a la rage. L’opinion avait du mal à séparer le bon grain de la vérité de l’ivraie malveillante. Les faits sont têtus. Kuche, au fil du temps, devient inamovible. Un roc. Vanneste, sur la durée, campe dans un rôle d’éternel vilain petit canard. Autant l’un consacre l’hégémonie de son parti, autant l’autre met à mal les fragiles édifices d’une droite métropolitaine qui n’a pas encore trouvé la martingale de l’alternance. Le prof d’histoire-géo qui s’est taillé une baronnie sur mesure où le temps n’avait de prise que par le biais de la biologie, et encore… (on le croyait immortel, non ?). Le prof’ de philo, toujours en quête de nouveaux continents d’idées et de rivages polémiques, forcément politiquement incorrectes, et qui faisait le désespoir de ses congénères là où son homologue du Pas de Calais chassait en meute.

A Liévin, il y aura un avant et après Kucheida

Des affiches collector aujourd'hui à Liévin (photo : Pascal Topart).

Pour Kuche, le combat politique ressembla à un long banquet républicain. Force ripailles électorales et agapes politiciennes au menu. Cornaqué par le discret Daniel Percheron, le plus agile marionnettiste du parti socialiste (après François-qui-vous-savez et au moins autant que Pierre-vous-devinez-qui…) et encore aujourd’hui son plus fervent soutien contre les vents de la justice et les marées de l’infortune, Jean-Pierre Kucheida s’épanouit. Le fils d’émigré polonais – son nom signifie le “feu sur la lande” -, qui fut dans sa jeunesse un vrai fondu d’alpinisme et un grand routard, joue des coudes que ce soit pour décrocher une autorisation d’implantation d’un Castorama dans sa ville ou pour faire avancer l’idée d’une grande intercommunalité minière. A l’évidence, à Liévin il y un avant et un après Kuche. Divisé à son encontre, le camp socialiste – les modernes contre les anciens – souffle : la circonscription est libérée ! Rendez-vous est pris pour dans deux ans, aux prochaines municipales, où la personnalité du candidat peut encore s’émanciper du poids des appareils.

Christian Vanneste, l’Enoch Powell français

Surgi un peu plus tard dans la lumière, Vanneste préfère les plateaux télé où il cultive une posture d’iconoclaste rebelle. Contre l’homosexualité, un vrai fond de commerce politique, contre le bling-bling sarkozien, pour la reconnaissance du génocide ukrainien, l’homme est un bûcheur à l’Assemblée nationale sur pas mal d’autres sujets. Le lobby de la bien-pensance cherchera – sans succès, il sera blanchi en cour de cassation – à le faire condamner et l’on rappellera que Serge Klarsfeld lui décernera un quitus pour ses derniers propos sur la déportation des homosexuels sous l’Occupation. Pilier d’un fief à bascule sur lequel le Front national l’empoisonna, il tentera plusieurs fois l’assaut de l’hôtel de ville, contre son adversaire socialiste Jean-Pierre Balduyck, l’ancien maire. Cet Enoch Powell* français vient probablement de vivre son dernier baroud: on ne voit pas pourquoi son camp lui ferait une petite place aux élections territoriales de 2014 comme elle l’avait fait en 1998 aux régionales pour recaser les battus des législatives de la dissolution dont il était.

* En 1968, le leader conservateur anglais Enoch Powell prononce un discours prémonitoire sur les dangers du multiculturalisme dans son pays. Il sera mis au ban de son parti.

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