DailyUne | Recyclage | Réflexions Par | 10H30 | 12 mai 2012

Mélenchon candidat face à Le Pen : retour sur les parachutés dans le Nord – Pas-de-Calais

Et voilà : Jean-Luc Mélenchon s’en ira donc affronter Marine Le Pen dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais, celle d’Hénin-Beaumont. Un duel qui ne va pas manquer de sel, dont nous ne manquerons pas de reparler prochainement. Un duel également de parachutés, dans une région où beaucoup de politiques ont pensé à se poser au fil des dernières décennies. Abécédaire du parachutage régional.

Article initialement publié le 3 novembre 2011

Bernard Kouchner. En 1988, pour les législatives, le plus médiatique toubib de France – « deux-tiers mondain, un tiers-mondiste », disaient les mauvaises langues – avait voulu payer de sa personne et soigner les peuplades locales comme le Dr Schweitzer à Lambaréné. C’était du côté de Saint-Amand-les-eaux. Pas de miracle. Le prêche du docteur très cathodique ne convainquit personne. Ni la fédé socialiste du nord, ni le communiste Alain Bocquet ne l’entendirent de cette oreille. Et le docteur K. retourna à Paris panser ses plaies.

Albin Chalandon. Cette auguste figure du gaullisme et de la Résistance voulait-elle réélement poser le havresac à Lille ? Le Garde des Sceaux de l’époque – 1986 – cumula les handicaps : élu député à la proportionnelle, puis une circonscription à moitié désirée mais complètement à l’écart de la métropole, des militants aussi tièdes qu’une bière éventée et délaissée sur un comptoir à l’heure de la fermeture. Nimbé des brumes du Pévèle, le bel Albin s’en retourna discrètement deux ans plus tard.

Marie-Noëlle Lienemann. Les pigeons-voyageurs ont toujours un avenir : ils flairent le vent comme personne. La preuve, Marie-Noëlle Lienemann, inaltérable VRP du ou des courants de la gauche du PS. Et se découvre des ambitions locales au détour du millénaire. Un petit tour sur Béthune, un autre sur Hénin-Beaumont, un troisième au conseil régional,…l’ancienne élue d’Athis-Mons en région parisienne aime les défis improbables. Elle est aujourd’hui sénatrice socialiste de Paris.

Yves Cochet. L’une des figures de proue du mouvement écolo (Les Verts en 1986) a cherché à s’enraciner dans la région, proportionnelle aidant. Un piètre score l’oblige à enterrer ses ambitions. Un peu auparavant, Guy Hascoët, arrivé de la Sarthe, se fait les dents à la maison de la nature et de l’environnement, puis au conseil régional et au conseil municipal de Lille. Avec plus de bonheur : il deviendra député de Roubaix et secrétaire d’Etat dans le gouvernement Jospin.

Aubry, LE parachutage réussi, Lang, bientôt le chant du cygne ?

Martine Aubry. LE parachutage réussi. Et pourtant, que de vents contraires ! Qui auraient pu détourner la fille de Jacques Delors sur Roubaix ou la voir se mettre en torche, voire replier son parachute pour un aller simple pour Paris. C’est mal connaître celle qui a prétendu porter l’espérance de l’alternance pour 2012 et qui préside aux destinées d’un parti socialiste revigoré.

Marine Le Pen. Ici aussi, pouce en l’air. La fille de Jean-Marie Le Pen fait parler d’elle dans la région depuis 1998, l’année de son élection au conseil régional. Elle comprend tout de suite que l’ex-bassin minier est pour elle et les idées du FN, une terre d’élection. Après une parenthèse francilienne pour garder le temple lepénien et préparer la succession du père, Marine Le Pen, qui n’a jamais délaissé la région, revient en 2010 plus déterminée que jamais, un oeil au conseil régional, un autre à Hénin-Beaumont. Elle laboure le terrain et ratisse les voix des déçus de la politique locale (et il y a de quoi ! ) et nationale (air connu). Prochain rendez-vous : 2012, bien sûr, mais aussi 2014 à Hénin-Beaumont.

Jack Lang. Troisième parachutage réussi. Surgi en 2002 sur la côte d’Opale des fioles et éprouvettes partisanes de Daniel Percheron et François Hollande, dei ex machina de la vieille maison socialiste, l’ancien ministre de la culture récolte quelques mandats – député, conseiller régional – et prend toujours mieux la lumière des medias et de l’opinion pour, croit-il, moissonner le meilleur de la République. Mais attention, même si certains dans son camp songent à lui pour jouer les pompiers contre le FN dans le bassin minier par exemple, pour celui que ses détracteurs brocardent en paon, 2012 pourrait être l’année du chant du cygne.

Jacques Delors. Pour prétendre à Matignon, il faut avoir été élu au suffrage universel direct. Le ministre Delors, nommé par le Prince, recherchait la sainte onction de la démocratie comme un chevalier de la Table ronde le Graal. Entre deux ministères du premier septennat mitterrandien, il étudia discrètement un parachutage dans le Cambrésis. Puis revint à une ambition plus classique : maire de Clichy.

Jean-Louis Borloo : L’auto-parachuté : car peut-on parler de parachutage alors que le Hainaut doit une part de son redressement à un riche avocat d’affaires parisien plébiscité par les Valenciennois dont il fut le maire durant douze ans ? De toute façon, quand J-L B, au mitan des années 80, défriche le chemin de sa rédemption devant l’ancien stade Nungesser, il saute seul sur une ville broyée par la crise. Et reste aujourd’hui député du cru.

Razzye Hammadi. Il y a quelques années, on avait annoncé un peu vite le parachutage de ce jeune espoir socialiste de la région parisienne à Hénin-Beaumont, cette terre en jachère politique où ne fleurissent désormais que les orties. Lui-même était-il au courant ?

Bruno Durieux. Un autre challenger du socialisme dominant obligé de jeter l’éponge après une tentative infructueuse en 1989 face à un Pierre Mauroy maire sortant quasiment en roue libre. Là aussi, la classe locale de droite, sorte de mère Denis des ambitions glissantes, lui savonna la planche. Barriste et haut fonctionnaire, féru d’art contemporain, il se recentre au soleil de Grignan, dans la Drôme.

N’oublions pas De Gaulle… et le gaulliste Debré !

Charles de Gaulle. C’est le petit-fils. Une mésaventure pour la droite du cru version UDF qui l’avait intronisé aux régionales de 1986 alors que cet avocat pantouflait à Rueil-Malmaison. Oui, bon, forcément, il a des racines lilloises. Mais en l’occurrence, bon sang sait mentir…

Jean-Louis Debré. On l’a oublié, mais l’actuel président du conseil constitutionnel a espéré prendre racine du côté de Calais à une époque où le tunnel sous la Manche était encore en plan (début des années 70). Logique : après tout, pour une jeune pousse gaulliste, une bouture sur les plates-bandes natales de Tante Yvonne n’était pas si mal raisonné.

Jacques Hersant. Le fils du papivore, lui-même directeur de journaux du groupe familial, s’était faufilé sur la liste RPR du Pas de Calais aux législatives de 1986. Puis s’éclipsa non sans avoir croisé le fer avec ses condisciples de droite. Histoire connue.

Yvan Blot. L’un des fondateurs du très droitier club de l’Horloge et longtemps inspirateur des idées non moins fortes de son camp était un des caciques du RPR quand il jeta son dévolu sur Calais dont il devint conseiller général en 1985 puis député en 1986 (à la proportionnelle). Et s’attachait à jeter des passerelles avec le parti de Le Pen. Avant de virer sa cuti aux couleurs du Front national ensuite. Il faut le voir comme la première expression récente de la droite extrême dans la région (on signale les 13 % du FN au premier tour des cantonales de 1982). A la même époque, le ralliement de Bruno Chauvierre au parti de J-M Le Pen – septembre 1985 – ne dura que quelques mois et résultait d’une initiative personnelle, pas d’une stratégie de parti. Quinze ans avant Marine Le Pen.

Pierre Joxe. Ce vieux grognard de la Mitterrandie savait les avantages d’une ligne TGV en construction qui mettait Paris à moins d’une heure… d’Arras. Un fief idéal, celui de Guy Mollet, pour se sculpter une stature d’élu local – en commençant par une circonscription – et continuer à faire de la politique…à Paris. Parce que l’alternance pointant son vilain museau – au début des années 90 -, il s’agissait de se ménager des arrières confortables. Hypothèse vite envolée.

Alain Juppé. « Le meilleur d’entre eux » – nous parlons du RPR de Chirac – cherchait une grande ville où exercer ses talents de technocrate (on le surnommait aussi « Amstrad », une marque d’ordinateur). La dégelée des socialistes aux législatives de 1993 lui ouvrit quelque perspective sur la capitale des Flandres : un vieux classique pour une droite orpheline de grand leader (on chuchota également les noms de Jacques Toubon, Jean Mattéoli,…). Est-ce l’annonce d’une Martine Aubry rameutée par un Pierre Mauroy aux abois qui le fit renoncer ? La dévolution de Chaban-Delmas à Bordeaux était certes moins risquée.

François-Xavier Ortoli. Le plus célèbre des parachutés de droite. A tenté vainement de décrocher la timbale de Lille aux municipales de  1971 contre le prédécesseur de Pierre Mauroy, Augustin Laurent, un monument estampillé SFIO, ancien ministre de la Quatrième république. Lui-même poids lourd des gouvernements Pompidou, Couve de Murville et Chaban-Delmas, le corse téméraire se fracassa contre le rempart du socialisme municipal lillois. Un beau fauteuil de président de la commission européenne lui tendit ensuite les bras.

On peut rapprocher son cas de celui de Maurice Schumann et Pierre Billecocq, qui eurent tous les deux beaucoup plus de réussite. Le premier, né à Paris, académicien, ancien porte-parole de la France libre, réussit son parachutage comme député MRP du Nord dès après la Libération puis aux confins de la frontière avec la Belgique et joua un rôle important sur la scène politique locale comme conseiller régional et sénateur. Le second, haut fonctionnaire des finances et de l’industrie passé chez le sucrier Béghin, devint député-maire UDR de La Madeleine.

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