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Matignon : Titine de Lille et Jean-Marc le Nantais

Le monde selon moi | Petit théâtre de Martine Aubry Par | 08 mai 2012

En fait, il n’y a qu’un seul critère pour désigner le locataire de Matignon. François Hollande ne doit pas en considérer d’autres. Qui est le plus apte, une fois installé Premier ministre et donc chef politique de l’opposition à l’Assemblée nationale, à remporter la bataille des législatives et provoquer l’alternance ? Une cohabitation – toujours théoriquement possible – serait catastrophique pour la gauche vainqueur du 6 Mai. Et ruinerait les espoirs du “peuple de gauche”, un peu comme un retour à la case départ : le pays – et nos voisins ! – s’accommoderait-il d’un attelage Hollande-Copé ou Hollande-Juppé sans oublier le plus baroque : Hollande-Fillon ? …. De même, et puisque le scenario qui pointe son nez est plutôt celui d’une alternance dotée d’une majorité “normale”, pas besoin de prendre de risques. Et sans oublier le plus important, les situations du pays et de l’union européenne, qui appellent vigilance et cohérence.

A cette aune, sans négliger l’hypothèse d’une troisième solution, les deux principaux prétendants à Matignon sont au coude-à-coude. Martine Aubry, patronne du PS et dont ce serait la dernière grande bataille à ce titre, qui a dessiné le paysage des alliances et géré les rapports de force avec les partenaires écologistes, radicaux de gauche et front de gauche avant et pendant la campagne. Ou Jean-Marc Ayrault, le député-maire de Nantes, patron des socialistes au Palais-Bourbon depuis des lustres. La première avec son profil techno, elle aussi élue locale depuis longtemps, ce qui est un atout. Le second avec son grand sens politique et sa relation privilégiée avec le nouveau président, ce qui est loin d’être rédhibitoire. Tous deux connaissent bien les arcanes de leur famille politique.

Grosse différence, peu remarquée : la lilloise a très peu fréquenté l’Assemblée nationale, y a subi des échecs cuisants (en 2002) et d’ailleurs ne se représente pas aux législatives, et affiche une équation parlementaire faible qui peut apparaître comme un handicap*. Alors que le nantais, député chevronné, connaît comme sa poche l’institution, ses grands et petits secrets, et endosse mieux le costume d’un chef de ses pairs. Posons la question autrement. De ce fait, qui est le plus à même d’entraîner la gauche – et les cohortes de députés sortants et des candidats à la députation – vers une nouvelle alternance, après le Sénat et l’Elysée ? Deuxième question, car la précédente en appelle naturellement d’autres : qui sera le Premier ministre le plus apte à nouer un dialogue et cultiver cette dialectique si singulière et propre à nos institutions avec la nouvelle majorité du Palais-Bourbon, forcément hétéroclite, pardon plurielle, issue des urnes de juin ? Réponse la semaine prochaine.

* Déjà sous les gouvernements Cresson et Bérégovoy (il y a vingt ans ! ), Martine Aubry avait été promue ministre sans passer par la case parlement ou même mandat électif. Elle comblera quelque peu ce passif aux législatives de 1997 mais ne siégera pas, nommée numéro deux du gouvernement Jospin. Peu de personnalités ont occupé le fauteuil de chef du gouvernement sans être parlementaire. Georges Pompidou, Premier ministre inconnu en 1962, sera élu dans le Cantal en 1967. Raymond Barre en 1976 (il deviendra député du Rhône en 1978, et comme Premier ministre, conservera une majorité à l’Assemblée), Dominique de Villepin en 2005, lui-même jamais élu. Alain Juppé était adjoint au maire de Paris et se fera élire maire de Bordeaux peu après sa nomination à Matignon en 1995, puis perdra les élections pour son camp en 1997. Mais, dans tous les cas, il ne s’agissait pas alors de mener une bataille législative. Excepté Pompidou, mais ce dernier censuré par l’assemblée en 1962, De Gaulle avait ensuite dissout la chambre basse et provoqué de nouvelles élections. Le chef de l’Etat apparaissait alors comme le chef de la majorité plus présidentielle que jamais.

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