Les interviews législatives : Audrey Linkenheld, « je ne suis pas une socialiste de bureau ! »

Après la Présidentielle, direction les législatives. DailyNord est évidemment sur le pont. Et pour préparer au mieux le rendez-vous, nous avons décidé d’interroger quelques candidats à la députation dans la région (voir l’encadré pour plus de détails). Premier round avec Audrey Linkenheld (PS), l’une des proches collaboratrices de Martine Aubry, candidate sur la deuxième circonscription du Nord.

DailyNord : Quelle a été votre réaction à la victoire de François Hollande dimanche soir ?

Audrey Linkenheld : J’avais beau m’attendre un peu à cette victoire, j’avoue que j’ai été submergée par l’émotion quand j’ai vu son visage apparaître à 20h. J’ai versé une larme.

DailyNord :Vous lui aviez pourtant préféré Martine Aubry lors des primaires…

Audrey Linkenheld : Comme beaucoup, j’ai été bluffée par sa campagne. Il a fait un sans-faute. Et je me suis senti très à l’aise dans le fait de le défendre même si ce n’était pas mon premier choix.

DailyNord : Au cas où Martine Aubry quitterait Lille pour Matignon ou le ministère de la culture, on évoque votre nom pour prendre sa succession à la mairie de Lille. Info ou intox ?

Audrey Linkenheld : Ça n’a aucun sens. Ça ne vient ni de moi, ni de Martine Aubry. Pour l’instant, mon horizon, ce sont les législatives. Quant à la suite… Il n’est même pas dit que je passe ma vie à Lille. Si mon compagnon qui m’a toujours suivi jusqu’à maintenant me dit qu’il a une belle opportunité professionnelle ailleurs, je partirai peut-être d’ici un jour.

DailyNord : Pierre de Saintignon semble le mieux placé…

Audrey Linkenheld : Si Martine Aubry devait partir, c’est lui en effet qui est le plus légitime pour lui succéder. Depuis quelques années, il officie déjà beaucoup quand elle n’est pas à Lille.

Sa candidature aux Législatives : «  c’est cohérent avec mon envie d’être parlementaire »

Coulisses d’interview

C’est dans son bureau de l’hôtel de ville, « premier étage à droite et à droite », qu’Audrey Linkenheld reçoit DailyNord. En toute intimité ou presque : pendant l’heure et demi d’interview, dans un coin du bureau, un de ses collaborateurs se fait oublier en bûchant, derrière son ordinateur, sur un dossier. Comme elle lorsqu’elle était la collaboratrice attitrée de Martine Aubry quelques années plus tôt? Si c’est le cas, on veut bien croire qu’elle connaisse sa patronne sur le bout des doigts. Car, lors de l’interview, la jeune mère de famille, 38 ans, native de Strasbourg et issue d’une famille modeste, n’a éludé aucune question, n’a pas (trop) manié la langue de bois et a fait montre d’un engagement qui semblait sincère. Elle n’a pas nié son intérêt pour le travail de bureau, tout en cherchant à nous prouver qu’elle sait aussi aller sur le terrain. Sans vision carriériste de la politique, assure-t-elle. A la fin de l’interview, l’adjointe au logement est un peu moins l’inconnue d’Aubry, Google Portrait que nous avions réalisé il y a un an. Pratique si elle finit un jour maire de Lille…

DailyNord : Votre candidature aux législatives apparaît comme un lot de consolation après votre éviction de la course au Sénat en août 2011 (1)…

Audrey Linkenheld : Je ne vais pas vous mentir. Si j’étais restée jusqu’au bout, je ne serai pas candidate aujourd’hui aux législatives. La vie ne se passe pas toujours comme c’était prévu, mais c’est cohérent avec mon envie d’être parlementaire.

DailyNord : Au grand malheur d’Eric Quiquet, candidat écologiste et adjoint à la mairie de Lille, qui pensait bénéficier des accords Verts-PS pour décrocher l’investiture dans cette circonscription…

Audrey Linkenheld : Sincèrement, il n’y a que lui qui pense que la circonscription lui avait été réservée. Si ça n’avait pas été moi, j’aurais bataillé pour que ce soit une femme. Aujourd’hui, nous sommes concurrents, nous l’avons déjà été. On se retrouvera après.

DailyNord : De quand date votre engagement au parti socialiste ?

Audrey Linkenheld : J’ai toujours été intéressée par la vie publique. Déjà en 1988, à 15 ans, je ne comprenais pas les copains qui restaient indifférents à la politique. J’avais déjà tendance à dire ce que je pensais, à râler quand ça n’allait pas et à vouloir m’investir pour que ça change. Je viens d’un milieu modeste, j’ai toujours été révoltée par les inégalités. La gauche me paraissait naturelle. J’ai vraiment sauté le pas en 1995 en prenant ma carte au PS dans le 15ème arrondissement à Paris quand j’étais à Science-Po.

 

« Je ne crois pas au messie »

DailyNord : Pourquoi le PS ? Pourquoi pas les Verts ou l’extrême-gauche ?

Audrey Linkenheld : A l’époque, les Verts, c’était Antoine Waechter. Elevée par une mère allemande très engagée dans la défense de l’environnement, je ne voyais pas en quoi être socialiste m’empêchait d’être écolo. Quant à l’extrême-gauche, je suis quelqu’un de pragmatique et réaliste. Ce qui comptait pour moi, c’était la capacité à changer les choses.

DailyNord : En 1995, la figure de Lionel Jospin a-t-elle été importante dans votre engagement ?

Audrey Linkenheld : Je n’ai pas un caractère de groupie. Je ne crois pas au messie. D’ailleurs, je ne suis pas toujours d’accord à 100 % avec le parti. Seulement je reste persuadée que seule l’action collective peut faire bouger les choses.

DailyNord : Comment êtes-vous arrivée à Lille ?

Audrey Linkenheld : Après mes études, j’ai travaillé au service économique d’une ville communiste de la région parisienne tout en continuant à militer. Au bout d’un an et demi, on m’a proposé un poste d’études économique au PS. Benoit Hamon m’a ensuite recommandée auprès de Martine Aubry qui était secrétaire nationale pour l’élaboration du projet de 2002. On s’est parlé, on s’est plu et on ne s’est plus jamais quitté (rires) ! Après la défaite, elle m’a proposée de la rejoindre à Lille.

DailyNord : C’est facile de travailler avec Martine Aubry quand on a 26 ans?

Audrey Linkenheld : J’étais sa seule collaboratrice. Le contact direct s’est noué très vite. Elle met les gens plutôt à l’aise. Certes, il faut savoir jusqu’où on peut aller dans la contradiction, mais nous sommes simples. Pas du genre à se faire la gueule pendant 3 mois.

DailyNord : Qu’est-ce qui lui plait chez vous ?

Audrey Linkenheld : Il faut lui demander. Mais je crois que nous sommes exigeantes toutes les deux. De mon côté, j’aime travailler avec quelqu’un qui me tire vers le haut, qui me corrige, avec qui je peux avoir des débats francs et sincères. Il n’y a pas entre nous de relation de Messie à petite fourmi. Ce n’est pas mon gourou ! Elle recherche avant tout des collaborateurs précis, qui sont capables de la suivre intellectuellement, pas des béni oui-oui. Je lui ai fait des notes sur des tas de sujets pendant des années ou pour faciliter ses rencontres avec les intellectuels. Ça m’a permis de savoir ce à quoi elle pensait sur tous les sujets. J’ai une facilité à me mettre à sa place.

Bébé Aubry : « une construction médiatique ancienne »

DailyNord : D’où votre surnom de bébé Aubry ?

Audrey Linkenheld : C’est une construction médiatique ancienne, du temps où je travaillais aux relations-presse du PS à Paris. Nous sommes d’accord sur beaucoup de choses, nous avons toutes les deux du caractère, mais le raccourci est un peu facile. D’ailleurs, on a toutes les deux des défauts, mais pas exactement les mêmes !

DailyNord : Non-originaire de Lille, sur-diplômée (voir encadré), vous symbolisez une manière différente de faire de la politique que sous l’ère Mauroy. On vous reproche parfois d’être plus « technocrate » que femme politique…

Audrey Linkenheld : On ne peut pas gérer les choses comme le faisaient Pierre Mauroy et son équipe. C’est plus une question de génération, les problématiques ne sont plus les mêmes. Gérer la réussite d’Euralille nécessite de se plonger dans les dossiers. Pour la rénovation urbaine, je ne peux pas me contenter de fixer les grandes orientations. Je suis obligée de mettre les mains dans le cambouis. Mais je ne suis pas pour autant une apparatchik. Le contact avec les vrais gens, je connais. Je ne suis pas une socialiste de bureau !

DailyNord : Un mot sur les pratiques du PS 62 qui ont animé une partie de la campagne (2)?

Audrey Linkenheld : Si ce qui est dit est vrai, c’est grave. Je soutiens Martine Aubry dans sa volonté de rénovation du Parti Socialiste. Il est clair que dans les territoires qui connaissent peu d’alternance, le risque est plus grand que les pratiques dérivent. On se remet moins facilement en cause. Ne pas se sentir seul au monde, ça évite le népotisme.

Le pourquoi de nos interviews législatives

DailyNord lance une série d’interview pendant les législatives. Pas question de plonger dans les dossiers de chaque circonscription, mais plutôt, à travers une interview par parti “majeur” (PS, UMP, FN, Modem, Front de Gauche, Europe-Ecologie-Les-Verts), découvrir un candidat qui joue ou jouera un rôle dans la région de demain ou est représentatif de l’époque, d’une actualité ou d’une problématique particulière. Après Audrey Linkenheld, vous retrouverez ainsi dès la semaine prochaine un autre candidat lillois (rassurez-vous, après, on quitte Lille), cette fois-ci sur l’aile droite : Hervé-Marie Morelle.

«  Le statut de l’élu fait partie des choses sur lequel j’aimerais travailler »

DailyNord : Les jeunes sont de moins en moins représentés au Parlement. Pour la première fois en 2007, les plus de 55 ans avaient la majorité absolue à l’Assemblée nationale ( 59%). Dans le Nord- Pas-de-Calais, six députés ont 67 ans et plus (relire notre article), un âge limite que les députés ne devraient pas dépasser selon Arnaud Montebourg. Qu’en pensez-vous?

Audrey Linkenheld : Le problème est moins d’instaurer une limite d’âge qu’un véritable un statut de l’élu. Aujourd’hui pour se lancer en politique, il faut avoir une profession libérale (médecin, avocat) qui permet d’aménager son emploi du temps. Les autres arrêtent leur boulot faute de pouvoir le concilier avec leur mandat et ont du coup tendance à vouloir rempiler, ce qui limite le renouvellement des élus. Bien sûr que je préfèrerais que celui qui se présente pour un xème mandat laisse la place à d’autres, mais quand j’en parle avec eux, ils m’expliquent qu’ils ne sont pas sûrs de trouver un boulot derrière. Certains pensent qu’ils ont perdu leur capacités professionnelles. Je peux le comprendre. Quand on m’a proposé un poste de conseillère générale aux dernières cantonales, j’ai refusé car cela supposait d’ abandonner mon statut professionnel. Si je le fais là pour devenir parlementaire, c’est que ça se valorise plus par la suite. Reste que si je ne suis pas réélue, je n’ai plus de boulot. Le statut de l’élu fait partie des choses sur lequel j’aimerais travailler si je suis élue.

DailyNord : Si vous êtes élue, vous engagez-vous à être transparente sur vos frais de député, un mur auquel DailyNord s’est retrouvé confronté ?

Audrey Linkenheld : Je n’ai aucun problème avec ça. Mais j’ai en tête l’expérience de ce député breton (Jean-Jacques Urvoas) qui avait publié toutes ses dépenses sur le web. Il s’est fait descendre par les internautes sur les frais alloués à son local parlementaire. C’est d’ailleurs révélateur de l’image qu’ont les hommes et les femmes politiques auprès des électeurs : nous ne sommes pas toujours compris quand on dit toute la vérité.

(1) Une loi du 14 avril 2011 interdit aux membres de cabinets executifs régionaux ou départementaux d’être candidat au Sénat ou à l’Assemblée nationale. Or jusque en mai 2011, Audrey Linkenheld était conseillère économique au cabinet de Daniel Percheron, président du conseil régional.

(2) Entre la question et la publication de l’interview est arrivée une dernière information sur le dossier : Les Inrocks, qui avaient publié un article sur les malversations présumées au sein du PS 62, ont été condamnés à 1 euro de dommages et intérêts pour diffamation.

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