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Législatives : le temps des dissidents

DailyUne | Réflexions Par | 18 avril 2012

Si le premier tour de la présidentielle n’est pas encore passé (dimanche pour les étourdis qui auraient pris quelques vacances), ça fait déjà quelques semaines qu’on s’agite dans la région pour préparer les législatives. Et comme souvent, dans pareille élection, les désaccords éclatent au gré des accords. Créant des dissidences et des dissidents, un peu plus nombreux cette année dans le Nord – Pas-de-Calais.  Point d’étape et enjeux.

Bientôt l’après-présidentielle. Cap sur les législatives. Des élections parlementaires qui s’annoncent disputées. Deux raisons. Un nouveau quinquennat sera amorcé et il s’agit de trouver une majorité. Le camp gagnant voudra pousser son avantage et le perdant limiter les dégâts. Ensuite, sur un terrain plus politique, les alliances partisanes joueront, comme souvent, un rôle important. A gauche, l’accord PS/EELV, noué l’année dernière et qui avait fait parler de lui, risque de ne pas aller à son terme, à tout le moins de subir de nombreux et sérieux coups de canif. La cause ? Un Front de gauche conquérant et un Jean-Luc Mélenchon qui a enfourché bruyamment le destrier du grand soir. Les sondages donnent à l’ancien socialiste un étiage autour des 15 % et lui inspirent l’ambition d’être le troisième homme de la campagne, devant une Marine Le Pen haletante et un François Bayrou essoufflé. Négociations inévitables en vue, même si celles-ci ont déjà passé un premier round. Car les communistes, pour qui le score de “Méluche” à la présidentielle résonnera comme une divine surprise, veulent avant tout sauver leurs positions locales.

A droite, c’est l’épouvantail d’une Marine le Pen qui effraie. Et si la fille de son père provoquait des triangulaires dévastatrices pour les candidats de la droite modérée ? De quoi affaiblir l’UMP et pousser les feux d’un rapprochement avec les formations de la droite. En vue de 2017 et, auparavant, des élections territoriales et municipales de 2014.

Revue de troupes des dissidents

Dans ce paysage quelque peu original, les députés sortants et les impétrants fourbissent leurs armes. Le plus souvent sous l’égide de leurs partis respectifs. Mais ceux-ci n’ont plus la même emprise sur leur camp. Cette année, on relève un phénomène de dissidence, toujours observé à chaque combat mais plus marqué en 2012. Les tactiques individuelles seront évidemment nourries du résultat de la présidentielle et les vilains petits canards scruteront pour leur compte les statistiques des 22 avril et 6 mai. Revue des troupes “parallèles” dans la région.

Christian Vanneste. En prenant la présidence nationale du RPF, l’ancien parti de Charles Pasqua, positionné à la droite de la droite, le député de Tourcoing ne cherche sûrement pas à faire de la figuration. Ses diatribes anti-gay – rappelons qu’il a été blanchi en cour de cassation des poursuites et condamnations prononcées contre lui – lui valent de solides inimitiés y compris dans son propre camp. Qui préfère se passer de ses services. Car Vanneste est un bon client pour les plateaux télé. Une visibilité qui gêne la droite à l’heure où toutes les voix comptent et devant la pression des lobbies homosexuels. S’il se décide à croiser le fer en juin sur son fief qu’il maîtrise mieux que personne, il le fera contre son ancien collaborateur investi par l’UMP. Les triangulaires, ça le connaît. Mais si Vanneste arrive en tête au premier tour, le second appellera-t-il à voter pour lui ?

Dominique Baert. Le maire socialiste de Wattrelos ne digère pas son éviction de la huitième circonscription au profit d’un Vert et sur fond d’accord entre son parti et les écologistes. Il mise sur l’explosion du contrat impie dès le lendemain du premier tour pour cause de déroute de la candidate Joly. Lui aussi se décidera en fonction des événements. Et si Hollande est élu, tout est permis pour ce fidèle soutien de l’ancien patron du PS…y compris contre la ligne officielle incarnée par une Martine Aubry, première secrétaire et maire de Lille, et qui l’avait sacrifié sur l’autel de l’alliance avec l’ami vert, si remuant sur la métropole lilloise et si voyant sur le côté gauche de la scène politique locale. On pourrait ajouter le cas de la deuxième circonscription du nord (Lille-Hellemmes) avec le duel qui se profile entre la socialiste Audrey Linkenheld, jeune chevau-léger aubryste, et le vert Eric Quiquet, chef de file des écolos lillois. Ce dernier, mécontent de l’accord PS/EELV qui ne lui a pas “réservé” le fief (c’est la huitième dans laquelle le PS ne présentera pas de candidat – voir ci dessus), pourrait monter à l’assaut. Pas vraiment une dissidence, en fait. Mais les deux protagonistes, qui ne se feront pas de cadeaux, sont tous deux membres du conseil municipal de Lille présidé par la maire Martine Aubry…

Jean-Pierre Kucheida. Le député-maire socialiste de Liévin traîne comme des boulets ses mises en cause dans les affaires qui déchirent son camp (Soginorpa, Adevia, PS du Pas de Calais,…). Pour autant, après le gel des investitures PS sur sa circonscription (12 ème du Pas de Calais), et en cas de cavalier seul, il aurait de bonnes chances de l’emporter tant son implantation est solide. Et puisque la section liévinoise, véritable réservoir de voix, lui est acquise…

Jean-Luc Pérat. Encore un qui n’a pas avalé l’ukaze de son parti. Qui a préféré désigner Rémi Pauvros sur la 3 ème du Nord alors qu’il est lui-même le député socialiste sortant. “Ecoeuré par les manoeuvres“, ce dernier estime qu’on lui a savonné la planche de l’investiture. Même si les militants ont désigné le maire de Maubeuge, il se prétend plus légitime. En tout cas, une dissidence ferait forcément les affaires de la droite et du Front national sur ces terres rurales et urbaines à la fois.

Jean-Pierre Bataille. On le savait ambitieux, on ne le savait pas frondeur, le conseiller régional UMP et maire de Steenvoorde qui lorgne sur le fauteuil de Françoise Hostalier en Flandre intérieure. Investie par son parti, l’ancienne secrétaire d’Etat à l’enseignement scolaire du gouvernement Juppé est décidée à vendre chèrement sa peau. On lui reproche un maigre bilan de circonscription mais surtout de ne pas céder la place à la jeune génération. Le comité UMP local a éclaté. Avec Bataille, c’est la guerre… Et la gauche, qui a déjà gagné le fief, est évidemment à l’affût pour reprendre son bien.

Hervé Poher. L’ancien maire de Guînes guigne le fauteuil laissé vacant par Jack Lang sur la sixième circonscription du Pas de Calais. Le PS a-t-il investi Brigitte Bourguignon que le vice-président du conseil général entre en “dissidence” : il est vrai que ses ambitions ont souvent été barrées (Lang, Dupilet). Alors, cette fois, il la veut !

Philippe Blet et Daniel Boys. Le premier, ex-PS, et président de l’agglo du Calaisis, décroche le soutien du MRC (Chevènement) sur la septième circonscription et croisera le fer contre le socialiste Yann Capet et le communiste Jacky Hénin. Le second, ex-adjoint de Jacques Mellick à la mairie de Béthune, affrontera le radical de gauche Stéphane Saint-André, actuel maire de la ville et soutenu par le PS. Des cas typiques de la situation dans le Pas-de-Calais. A cela, deux raisons :

– Un département dominé dans le temps et dans l’espace par la gauche ce qui aiguise les appétits de personnalités de ce camp souvent bien implantées et les pousse à tenter le cavalier seul sur fond de rivalités personnelles et de chicayas locales.

– Une domination-sédimentation qui aboutit à une déliquescence de l’exercice des pouvoirs locaux jusqu’à aller devant les tribunaux. Dénoncé voire vilipendé, le “système” est sur la sellette. Du coup le label historique qui a souvent protégé et promu les candidats ne sert plus. Ces derniers préfèrent ainsi tenter l’aventure en arguant du renouvellement des générations sinon de l’impératif moral.

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1 Commentaire

  1. N’oublions pas le semi-dissident Patrick Beeusaert sur la 8ème, un temps investi par le Nouveau Centre, puis, comment dire, désinvesti en faveur de Salima Saa, et qui se présente maintenant sous ses propres couleurs. Il a des choses à dire, d’ailleurs, vous pourriez faire un saut à sa permanence 🙂

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