DailyUne | Réflexions Par | 07H30 | 04 avril 2012

ESJ, IPL, LOSC : trois labels lillois à la dérive

Institut Pasteur de Lille, LOSC, Ecole supérieure de journalisme. Pas de doute, ces trois entités ont pendant longtemps porté (et portent encore) haut les couleurs de Lille. Mais signe des temps, ces trois grands vecteurs de notoriété de la capitale des Flandres sont en difficultés financières ou en passe d’être vendus.

L’Ecole supérieure de journalisme de Lille  inquiète. Elle diffuse le rayonnement de la ville depuis presque cent ans (l’école est née en 1924). Et des générations de journalistes français et étrangers arborent le prestigieux label partout dans le monde. L’établissement, actif sur la brèche de l’international, a fait des petits en Afrique noire, en Europe de l’est, au Viet-Nam, et son réseau s’appuie sur les cinq continents. La francophonie lui doit. Les pouvoirs locaux l’ont toujours chouchoutée. Pierre Mauroy n’était pas le dernier à rendre ses hommages lors des conférences inaugurales, par exemple. 

Mais il y a un gros hic : l’école est empêtrée dans d’inextricables problèmes financiers aussi résurgents qu’un mauvais paludisme. Au point d’envisager le pire. Régulièrement, la presse professionnelle s’émeut et pointe les accès de fièvre déficitaire. Problèmes de gestion, certes. Sous le manteau, on pointe également certains privilèges, sur fond de réseaux maçonniques et de copinages. Dernièrement, le conseil régional a bien mis la main au portefeuille en millions d’euros (2,8) pour éponger les abysses du passif, mais le tonneau des Danaïdes reste aussi percé qu’un forage gazier Total en mer du Nord. Et dans moins de trois mois, la fondation Varennes du groupe Centre-France, qui portait à bout de bras l’établissement depuis plusieurs exercices, ne garantira plus la trésorerie. Désormais au pied du mur, l’ESJ peut-elle ne pas y aller (dans le mur) ? Pour cela, il faudrait qu’elle prenne un nouvel élan et qu’elle n’aille plus dans la mauvaise direction.

A l’ESJ, le conseil d’administration vient d’agiter le spectre d’un dépôt de bilan

Lors d’un conseil d’administration tenu la semaine dernière, ont été agités le spectre d’un dépôt de bilan et la menace d’un plan social. Scénario insupportable pour ce qui est l’un des plus fameux établissements de la région (avec trois ou quatre écoles de commerce et d’ingénieurs de réputation internationale et sans oublier Supinfocom à Valenciennes ou certaines filières universitaires d’excellence). Car si des procédures sont engagées, la situation échappera au giron local (*) et les prédateurs de tout poil montreront les dents. On se souvient que la chère homologue parisienne, l’Ecole supérieure de journalisme de Paris avait, sur le ton de la boutade, certes, proposé de racheter sa consoeur lilloise tout en stigmatisant ses difficultés et ses soutiens. Mais la chicaya révélait au grand jour l’animosité qui règne dans le milieu des écoles professionnelles, elles aussi soumises à la règle impérieuse de la concentration et à l’affût des opportunités. Et une telle marque, fruit d’un niveau pédagogique éprouvé et d’une sévère sélection, fait naturellement des envieux. Si une telle issue devait prospérer, c’en serait fini de l’ESJ à Lille.

L’Institut Pasteur dans la tempête

Question symbole, on a également l’institut Pasteur de Lille. L’établissement est lui aussi dans la tourmente depuis quelques années et traverse même une tempête comme il n’en a jamais connu. La vénérable vieille dame porte le nom de la capitale des Flandres depuis plus d’un siècle et a fortement contribué à son identification. Dans le monde universitaire et de la recherche scientifique et médicale, Pasteur c’est plus qu’un nom, un monument ! La mondialisation du marché des vaccins et la concurrence exacerbée des laboratoires pharmaceutiques ont amené l’IPL à chercher sa nouvelle voie après avoir enregistré coups financiers et blessures sociales. Une première étape de restructuration a eu lieu l’année dernière  – avec changement de direction – et plusieurs exercices seront nécessaires avant de valider le nouveau modèle.

Le LOSC pour qui ?

Concernant le Lille Olympique Sporting Club, on se rassure. Pas de difficulté financière pour le moment pour celui qui porte haut les couleurs lilloises à travers les matches de football des ligues européennes et les rencontres du championnat de France. Il se murmure cependant que Michel Seydoux, son principal actionnaire, chercherait à céder ses intérêts dans ce qui est devenu en dix ans l’un des meilleurs clubs français (relire notre article sur le sujet de la vente prochaine du LOSC). Mais à qui ? Et juste au moment où la métropole accouche d’une nouvelle arène qui achèvera de consigner la trajectoire européenne de la métropole. Un dispositif ambitieux qui a fait couler beaucoup d’encre et dont les termes économiques et financiers ne sont pas encore gravés dans le marbre à défaut d’être coulés dans le béton.

Heureusement, l’orchestre national de Lille sauve l’honneur et fait entendre la petite musique de la capitale des Flandres partout où il se produit dans le monde.

(*) L’une des solutions serait d’inclure l’établissement dans un pôle universitaire dont l’institut d’études politiques de Lille est le pivot. Les deux écoles ont déjà engagé un tel rapprochement sur le plan pédagogique.

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