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Rose Mafia : L’ami Gérard

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 06 mars 2012

Lu Rose Mafia, de Gérard Dalongeville, l’ancien maire socialiste d’Hénin-Beaumont.

Plusieurs observations. Le gaillard balance mieux qu’une starlette descendant l’escalier du Palais des Congrès à Cannes. Il est indiscutable que le landerneau socialiste régional en a des sueurs froides. Les noms sont en toutes lettres (de feu, les lettres) et les faits sont précis. Les adjectifs parfois cruels. Des figures de proue mais aussi des soutiers de fond de cale jusqu’ à présent inconnus du grand public. Réglement de comptes à OK Corral ? Evidemment. Le navire PS du Pas de Calais prend l’eau de toute façon.

– L’analyse selon laquelle Martine Aubry, patronne du PS et maire de Lille, capitale régionale, a cherché à s’appuyer sur le dossier Hénin/Dalongeville pour mieux enfoncer le trio infernal Percheron/Kucheida/Mellick, désigné par l’ami Gérard comme le triumvirat influent sur le PS du Pas de Calais, prend un relief particulier. Ben oui, Titine de Fer a juré ranger au placard aux oubliettes les générations qui l’ont précédé sur ces terres historiques du socialisme. Dans le Nord, c’est en cours. On retourne (Gilles Pargneaux, ex-derosieriste propulsé député européen), on  remise à l’écurie (Bernard Derosier, ancien président du conseil général du Nord), on pousse à la maison de retraite du Sénat (Michel Delebarre, maintenant sénateur-maire de Dunkerque), on grenouille sec pour renverser le fauteuil de Bernard Roman au conseil régional, on sacrifie un Dominique Baert, le maire de Wattrelos sur l’autel de l’alliance avec les écolos. Le tout pour placer ses alter ego (Audrey Linkenheld à la place de Derosier) ou ses hommes-liges (Pierre de Saintignon dans le fauteuil de Daniel Percheron à la région), et d’autres scénarii mijotent dans les arrières-cuisines de la rue-de-Solférino…Las, la génération Percheron du Pas de Calais est plus coriace que la génération Mauroy. Alors, on pointe carrément sa cannonière sur le patron du conseil régional, ce maître d’armes qui a cornaqué des bataillons entiers de militants et insufflé l’esprit de Jaurès et de Blum de Calais à Arras et de Béthune à Berck. Chaque remous du dossier fait hoqueter ce Talleyrand mâtiné de flegme so british. La moindre vaguelette fait tanguer le navire-amiral du socialisme depuis que Pierre Mauroy s’est retiré. Clapotis judiciaire, houle d’ouragan politique. Si Percheron tombe, il entraînera toute la tablée socialiste avec lui, couverts (en argent) et chandeliers avec. Tuez le père, vous éliminez les fils (Kucheida, Mellick, et les autres…). Titine de Fer est fidèle à son ADN : je ne veux voir que des aubrystes. Pour garder sa majorité du congrès de Reims – toujours fragile et ne tenant qu’à une poignée de suffrages improbables – et pour faire le ménage au PS. Car la primaire socialiste a tellement résonné comme une revanche – sinon un désaveu – sur ce congrès rémois qui avait fait apparaître les socialistes tels des barons saxons inaptes à la démocratie et jeté le soupçon sur la probité des candidat (e)s. Hollande vainqueur incontestable contre une première secrétaire battue à plate couture, c’est la revanche de celui que l’on accusait d’avoir ramolli le parti, de l’avoir dénaturé, désormais incapable d’engendrer le nouveau Mitterrand*. Le parti n’est pas d’équerre et la maire de Lille le sait. Tous les noms cités ci-dessus sont, dans leur grande majorité, des partisans du candidat des socialistes à la présidentielle, horresco referens. Martine Aubry agit comme si elle voulait préserver l’avenir. Son avenir.

– Le lien entre les affaires héninoises et du Carlton n’est pas le sexe mais bien l’argent. Celui du financement parallèle, celui des enveloppes et autres dessous-de-table. Les informations judiciaires ouvertes seront-elles amenées à prospérer ? Dans les deux cas, on reste dans le registre judéo-chrétien, ce reflet fondateur du socialisme à la française. Ouf…

– On remarquera la roucoulade de l’ami Gérard à l’endroit d’un Arnaud Montebourg, ce Saint-Just de gauche qui sait comment ce dernier a terminé et dont l’avenir politique semble promis aux plus beaux rôles après sa chevauchée remarquée de la primaire socialiste.

– Enfin, je suis en grande partie d’accord avec l’ami Gérard quand il évoque l’histoire de ce bassin minier sédimenté par le paternalisme des Houillères et le stalinisme idéologique du PC d’après-guerre lentement mais sûrement supplanté par le socialisme municipal des instits du congrès d’Epinay. De quoi nourrir de belles études sur l’ADN d’une population dont les ressorts socio-culturels rouillent doucement et douloureusement encore aujourd’hui et probablement pour quelque temps.

* Il est évident que si l’alternance se produit, ces lignes deviendront subitement caduques…

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5 Commentaires

  1. Cher Marc, je salue votre analyse à m’en donner un tour de rein fatal. On s’y croirait, en vrai. Une duchesse parisienne qui investit son vicomte (De Saintignon), sa palefrenière (Linkenheld, vous avez remarqué, que des gens du cru…) et qui est persuadée que sa lumière va éclairer le -faux- chemin d’une -soit disant- métropole. « Son avenir » moi je le vois ponctué d’un beau coup de pied au c… avec éventuellement en prime un poste de Premier ministre! On se rappellera que ce(tte?) cador du PS s’est pris(e?) un camouflet par un débutant dans la politique du nom de Sébastien Huygues, c’est dire sa maîtrise du terrain. Mais bon, je ne vais pas me fatiguer à casser du Lillois, vous le faites à ma place… Et comme je suis joueur et bon joueur je vais me placer sur le terrain du Pas-de-Calais que le livre de Gérard Dallongeville décline sous une lumière digne d’un dance floor… je dirai -en prolongeant la métaphore- que le renouvellement du paysage politique du département remonte à l’époque de Saturday night fever, cols pelle à tarte et pattes d’eph’ en moins. En cela, votre dernière tirade résume tout (tout en étant d’accord avec ce qui la précède): « De quoi nourrir de belles études sur l’ADN d’une population dont les ressorts socio-culturels rouillent doucement et douloureusement encore aujourd’hui et probablement pour quelque temps. » La formule est grave mais juste. La faute à qui? That is the question.

    PS 1: Je le confesse, je n’ai pas encore lu Rose mafia
    PS 2: Arrêtez de nous affubler de vos locutions latines, c’est gonflant d’alterner Wikipedia et Dailynord pour vous lire…. « Horresco referens » (« Je frémis en le racontant » tant qu’à faire autant en faire profiter les autres mais je plaisante, continuez) si on le prend dans le contexte de la phrase, signifie-t-il que vous êtes Aubryiste? Si tel est le cas mon pauvre ami…! Mais je n’y crois pas un instant. Ce qui m’amène à ces questions auquelles je suis sûr vous me répondrez : « Rose mafia » est un livre de délation et votre « Petit théâtre de Pierre Mauroy » un ouvrage d’information? Quelle retombée y-a-t-il entre le discours d’un repenti et le travail d’investigation d’un journaliste (et ne me répondez pas par trois tirages d’exemplaires supplémentaires)?

  2. Que Martine Aubry ne soit pas mécontente de ce qui arrive au triumvirat du 62, c’est bien possible… De là en faire le personnage central de cette affaire ( et du compte-rendu du livre) c’est lui donner plus de pouvoir qu’elle n’en a. Je crains que la réaction de Pas de Calais libre n’illustre que trop bien l’origine des nombreuses difficultés du bassin minier : préférer taper sur les Lillois, les Parisiens, les Chinois… dans une position victimaire, plutôt que de faire émerger une nouvelle génération de décideurs.

  3. « Position victimaire », ouarf, ouarf! Merci Sacha (ou dois-je dire Alexandre? Sacha étant son diminutif russe si je ne m’abuse) d’employer ce genre de poncif passe-partout et surtout réducteur. Je le range au même rayon que « populisme ». Il y a des mots, comme ça qui connaissent leur heure de gloire comme « consensus » il y a une vingtaine d’années (je compte sur Marc pour apporter la contradiction si nécessaire). Je crois que c’est Fabius qui avait lancé le premier ce mot, politiques et journalistes s’en sont emparés ensuite, on aurait dit une mascotte. On voit où en est le consensus aujourd’hui (c’est même plutôt devenu qu’on s’en suce…). Il en va de même pour populisme, désormais critère de catalogue élargi pour y étouffer toutes réflexions ou déclarations considérées comme politiquement incorrectes. FN et Front de Gauche sont les clients favoris du « populisme » qu’une presse intellectuellement paresseuse et bien souvent Germanopratine emploie afin de mettre un mouchoir sur des problématiques bien réelles. Et on s’étonne que la presse française soit arrivée au niveau de la cave, elle n’est plus en phase depuis des lustres avec la population qu’elle informe. Rien que pour cela, Marion Le Pen pourrait envoyer des Léonidas à une bonne partie de la profession journalistique.
    Alors voilà, le jour de gloire de votre « position victimaire » est arrivé. J’ai relevé avec des miens amis du Bassin minier travaillant sur Lille que notre tribu est plutôt du genre « grande gueule », à dire tout haut et clairement ce que les veules lillois ont plutôt l’habitude de pratiquer une fois que la bête est abattue, pas avant. S’il fallait raser les collabos, on ne trouverait que des perruques entre Lesquin et La Madeleine! Que l’on soulève clairement les problèmes soit une position victimaire équivaut à dire « couché, pas bouger ». Hé bien non, si personne ne gueule contre les artisans d’un développement complètement inepte, que reste-t-il de la démocratie? Pensez-vous que le seul Louvre-Lens apportera une embellie au secteur le plus sous-diplômé de la région, composé d’une population essentiellement ouvrière dotée d’un taux de chômage apocalyptique? Ne pensez-vous pas qu’il s’agirait de relancer une industrie (verte, c’est l’avenir) permettant de remettre en selle une population laborieuse dans le sens noble du terme qui ne demande qu’à travailler plutôt qu’à la réduire au slogan d’une funeste banderole de supporters parisiens? Une métropole boursoufflée de suffisance et d’égoïsme n’est pas la planche de salut. Il faut par-ta-ger et faire en sorte, je le répète, à créer un développement économique, écologique et humain harmonieux. Tant que cette évidence ne sera pas concrétisée, le combat continuera, que ce soit dans le Nord, en Chine ou au Guatemala, c’est ainsi et cela l’a de tous temps été. Finalement, vous serez d’accord, si le courage de protester est une position victimaire, on n’est pas près de faire avancer le consensus…

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Tenu par le journaliste Marc Prévost, et dans le prolongement du livre le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, il décrypte et éclaire les coulisses de la vie politique locale et nationale et parfois aussi d’autres choses. C’est son choix !

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