DailyUne | Réflexions Par | 07H55 | 20 mars 2012

Mise en redressement judiciaire de Surcouf : le dessous des cartes

Les Mulliez aussi connaissent des échecs, notions-nous il y a quelques jours, à l’occasion de la mise en redressement judiciaire de Surcouf. Surcouf justement : si la chaîne d’informatique en est là, c’est loin d’être une surprise. Depuis deux ans, la direction cumule des choix stratégiques contestables et des erreurs de gestion qui pourraient aujourd’hui mettre près de cinq cents salariés sur le carreau. Le dessous des cartes.

En ce mercredi 29 février au matin, Hugues Mulliez avait mis son plus beau costume. A 9h30, le fils du créateur de Picwic (galaxie Auchan) avait réuni la plupart des salariés du siège lillois pour leur annoncer une très mauvaise nouvelle : la demande de mise en cessation de paiement de Surcouf. Comptant aujourd’hui 472 salariés et six magasins, l’enseigne, rachetée en juin 2009 à Pinault-Printemps-Redoute, bat sérieusement de l’aile. Le tribunal de commerce a donc accepté de mettre en place une procédure de redressement judiciaire pour six mois. Si quelques journaux ont relayé l’information du redressement, bien peu de journalistes se sont intéressés au dessous des cartes. Et pourtant.

Le prétexte de la rupture du crédit-fournisseur

La direction justifie la situation dans un communiqué « une rupture du crédit-fournisseur », c’est-à-dire un financement permettant des délais de paiement. « Ce n’est qu’un prétexte, indique une source syndicale. Certains fournisseurs n’étaient plus payés depuis au moins deux mois. Au vu du passif, les assureurs-crédits des fournisseurs ont renoncé à assurer les nouvelles transactions. Et ont donc incité leurs clients à ne plus fournir Surcouf ». D’après nos informations, sur l’exercice mars 2010-mars 2011, les pertes s’élèveraient à 34 millions d’euros (dont 14 millions de dettes vis-à-vis des fournisseurs et 4 millions à l’URSSAF) sur un chiffre d’affaires de 170 millions. L’exercice précédent, les pertes atteignaient déjà une vingtaine de millions d’euros. « La fusion a englobé les pertes de Youg’s (la précédente enseigne d’Hugues Mulliez), ce qui aurait coûté 8 millions d’euros, estime-t-on en interne. En tout état de cause, la direction nous cache ces chiffres depuis un an sous prétexte d’un problème informatique. »

Logistique, social, informatique, immobilier : les multiples erreurs d’Hugues Mulliez

Bien sûr que la conjoncture et la concurrence des sites marchands pure-players n’ont pas arrangé les affaires d’Hugues Mulliez. Mais le jeune patron a, semble-t-il, multiplié les erreurs. L’intersyndicale et la Comité central d’entreprise font d’ailleurs état de « nombreux choix stratégiques catastrophiques et de nombreuses erreurs de gestion de la part du PDG » depuis le rachat. Un premier plan social concernant 170 personnes a finalement laissé filer le savoir-faire de l’entreprise. 85% de ces licenciés étaient des vendeurs. Est ensuite venue la migration du siège parisien à Lille ayant pour conséquence le départ de quelques cadres et l’investissement dans le somptueux magasin de la rue du Molinel à Lille (qui a nécessité 8 millions d’euros), rapidement enlisé dans une bataille juridique avec les constructeurs avec immobilisation du chantier.

Le changement radical du système informatique de gestion des stocks aurait entraîné depuis un an et demi « des erreurs quotidiennes colossales et des pertes monumentales pour l’enseigne ». Même la logistique a été chamboulée, avec un déménagement en catastrophe de la plate-forme de Morangis vers Géodis. Hugues Mulliez refusait de payer les loyers au bailleur, sous prétexte de découverte d’amiante. Sauf que lors de l’arrivée du matériel sur la nouvelle plate-forme de Géodis à Ivry, les huissiers ont immobilisé plus de 300 000 € de matériel…

Manque de respect des fournisseurs et prestataires ?

Le tout sans oublier le nombreux contrats qui auraient été perdus pour « défaut de paiement et d’humilité », entraînant la perte de partenariats avec LaCie, Western Digital ou encore Sony. « L’enseigne est bien connue pour ne pas respecter ni ses fournisseurs, ni ses prestataires. A Lille, personne n’a ménagé sa peine pour lui faire une publicité sur mesure », confie un ancien partenaire.

En octobre dernier, Vincent Arnault, directeur général de Surcouf depuis le rachat, avait quitté le navire avec une rupture conventionnelle, probablement pour une divergence de point de vue sur les stratégies commerciales adoptées. Yahia Haji, en charge notamment du site web marchand, l’avait d’ailleurs précédé de peu, n’étant pas non plus d’accord avec le dirigeant. Et personne n’avait alors officiellement remplacé les postes de ce top management. A deux mois de Noël, l’une des fêtes commerciales les plus importantes de l’année, Surcouf était déjà mal barré.

Lire ou relire : Redressement judiciaire de Surcouf, les échecs de la galaxie Mulliez

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