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Mairies régionales : attention, passages de témoins !

DailyUne | Réflexions Par | 06 février 2012

Quel est le point commun entre Arras, Roubaix et Valenciennes ? Trois villes majeures dans la région Nord – Pas-de-Calais, certes, mais vous vous doutez que là n’est pas le sujet. Ces trois villes ont – ou vont – changer de premier édile en cours de mandat. Avec, dans deux cas sur trois, des pratiques d’aboubement qui ne vont pas forcément rapprocher le citoyen de la politique.

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Le Beffroi d'Arras. Photo Bruno P. sur FlickR

Il va falloir s’y faire. Depuis quelques mois, le maire d’Arras ne s’appelle plus Jean-Marie Vanlerenberghe. D’ici quelques semaines le maire de Roubaix ne s’appellera plus René Vandierendonck . Et d’ici quelques mois, le maire de Valenciennes ne s’appellera plus Dominique Riquet. A la place, il faudra retenir de nouveaux noms : Frédéric Leturque à Arras, Pierre Dubois à Roubaix et Laurent Degallaix à Valenciennes.

Valenciennes : Dominique Riquet avait prévenu en 2008

Une petite épidémie de passages de témoins dans la région, qui ne nous a pas laissé indifférents. Car s’il n’est pas inusuel que le maire passe la main la dernière année de son mandat pour que son second prépare au mieux les élections – ce qui est déjà contestable en soi -, là, ça arrive encore un peu plus tôt. Et dans trois villes d’importance dans la région, ce qui est encore plus rare. Passons sur le cas valenciennois : Dominique Riquet avait prévenu en 2008 au moment de passer devant les électeurs : il ne finirait pas son mandat. Il ne l’a donc pas fini, mais personne n’est pris par surprise, ni même dans le choix du successeur, Laurent Degallaix.

Arras : « le fils préféré » remplace Jean-Marie Vanlerenberghe

Ailleurs, c’est quelque peu différent. Comme à Arras, Préfecture du Pas-de-Calais, par exemple. Résumé des faits, intervenus en fin d’année dernière : Jean-Marie Vanlerenberghe, maire depuis 1995, sénateur depuis 2001, et également président de la communauté urbaine, se déleste de quelques mandats. Pas le confortable sénateur bien entendu. Mais plutôt celui de la Communauté Urbaine (transmis à l’UMP Philippe Rapeneau), et surtout celui de maire, ce qui nous intéresse, à Frédéric Leturque, « le fils préféré » du même parti que lui, le MODEM. Election actée par le Conseil Municipal en novembre… alors que jamais les Arrageois n’avaient été prévenus lors de la campagne de 2008 que le premier édile envisageait de se retirer en cours de mandat.

Un état de fait irritant au plus haut point François Desmazière, jusque-là adjoint aux finances (sensibilité UMP mais plus carté), qui s’est présenté contre le successeur proclamé devant le Conseil Municipal. Par principe : « Je pense qu’on ne peut pas se désespérer du peu d’engagement du citoyen en politique… quand on pratique cette politique. Si vous dîtes que vous vous en allez dès le départ, dès le moment de l’élection, comme au Havre dernièrement, d’accord. Ici, à Arras, ça s’est fait en catimini, comme un petit partage de gâteau en coin de table. » Et l’ex-adjoint (parce qu’avec son coup d’éclat, on lui a retiré sa charge d’adjoint) l’assure : en 2008, il avait bien posé la question à Jean-Marie Vanlerenberghe : « Il m’avait dit qu’il assurerait tout son mandat, sauf pour raisons de santé. » Ce qui n’est a priori pas le cas. D’ailleurs, l’ex-maire justifiait son choix dans Nord Eclair dernièrement : une majorité unie, une situation financière bonne lui ont fait comprendre que c’était le bon moment pour adouber son dauphin. Et lui passer la charge, comme à une autre époque. Et tant pis si les électeurs, ceux qui ont conduit la liste à son nom jusqu’au sommet du beffroi (et on sait le poids qu’à le nom du premier de la liste… dans une élection municipale) n’étaient pas au courant…

Roubaix : le dauphin est… septuagénaire

Autre époque également du côté de Roubaix. Là aussi, le passage de témoin se prépare et est même imminent. D’ici quelques semaines, Pierre Dubois remplacera – si le Conseil Municipal le valide, ce qui ne fait guère de doute – René Vandierendonck, installé confortablement au Sénat depuis peu et comptant se plier aux règles de non-cumul édictées par le Parti Socialiste. Encore une fois sans en avoir jamais évoqué un traître mot lors de la campagne des Municipales, s’insurge Guillaume Delbar, opposant UMP. « La première fois qu’il en a parlé, c’est en juillet 2010. » Les électeurs apprécieront tout comme la suite du programme : le premier adjoint à qui Vandie souhaite passer sa couronne est un septuagénaire que pas grand chose ne prédestinait à prendre la charge de la seconde ville régionale… On a vu mieux pour renouveler la politique, mais la manoeuvre serait encore plus sympathique, notait La Voix du Nord dernièrement : les instances PS s’efforceraient de convaincre Pierre Dubois de conduire une campagne municipale en son nom en 2014, avant de transmettre de nouveau le flambeau à un successeur une fois en milieu de mandat… Les électeurs-lecteurs seront au moins au courant…

Du pain béni pour les opposants ?

Bref, un bel « hold up démocratique », s’insurge Guillaume Delbar tout en reconnaissant que cette histoire est du « pain béni pour la droite locale. C’est sûr que pour nous, c’est intéressant », note-t-il, avec en ligne de mire des arguments électoraux qui pourraient faire mouche en 2014 sur la fidélité et les petits arrangements entre amis du camp d’en face…  Des arguments électoraux à fourbir, c’est aussi ce qui pourrait se passer du côté d’Arras et de François Desmazière : alors qu’en mai dernier, l’ex-adjoint aux Finances nous confiait se mettre de plus en plus en retrait de la vie politique (relire notre article concernant son blog littéraire), les événements de novembre ont fait sursauter sa conscience politique. Suffisant pour le retrouver prochainement sur le devant de la scène ?

 

Eclairage : Roubaix, l’habituée du passage de témoin… A Lille, Pierre Mauroy y avait pensé

On l’a écrit un peu plus haut. Le passage de témoins en cours de mandat n’est pas inusuel, quoiqu’on pense du procédé.

A Roubaix, c’est arrivé dans les années 90 avec André Diligent.  “Qui voyez-vous de plus socialiste à Roubaix qu’André Diligent ?” ironisait un Pierre Mauroy, lui aussi maître es “grand écart” en politique. On dit même que ce grand démocrate-chrétien devant l’Eternel refusa un maroquin ministériel sous le magistère Rocard. Diminué, il ne finira pas son dernier mandat et passera le flambeau roubaisien à son premier adjoint un an avant terme. “Vandié” devient donc premier magistrat en 1994. Centriste pro-Balladur à l’époque (le premier ministre tentait de décrocher la timbale élyséenne), il se ralliera à la gauche en 1998 et à la liste socialiste de Michel Delebarre pour les régionales. La psychanalyse de comptoir nous enseigne qu’il a alors tué le père. Dans quelques semaines, promu sénateur bon teint – sur la liste Delebarre…-, il remisera son tablier de maire-aménageur (Roubaix a changé sous l’impulsion de ce juriste expérimenté).

En 2000, du côté de Paris, la gauche plurielle jospinienne brille de tous ses feux. A Lille, on se perd en conjectures. Et si Pierre Mauroy démissionnait avant terme pour laisser le champ libre à la numéro 2 du gouvernement, que l’on dit aussi sur le départ de son grand ministère ? L’hypothèse fera les riches heures des dîners en ville et des rédactions. Pardi ! Martine Aubry au pinacle qui, tel un général victorieux, s’empare des clés du beffroi. Plutôt César que Cincinnatus : la perspective était trop audacieuse et le vieux lion préféra respecter le calendrier démocratique et imposer son propre rythme. Le patron, c’est lui. D’autant que l’opposition ne menaçait que timidement la forteresse socialiste. L’année suivante, à Aubry le beffroi, à Mauroy la communauté urbaine. Quelques années plus tard, une sanglante passe d’armes entre lui et celle qu’il avait choisi pour lui succéder fera couler beaucoup d’encre…

Crédit Photo Une : Bruno P. sur FlickR

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5 Commentaires

  1. Mais mes pauvres amis vous êtes l’oisillon tombant de son nid? C’est un exercice consommé que vous évoquez là. Delelis à Lens cédant son trône à Delcourt en cours de mandat, Vancaille à Bully-les-Mines léguant son siège à Lemaire (sic) son beau-fils… Les père et fils Troni à Billy-Montigny, Kucheida à Liévin pour des raisons différentes (mort d’Henri Darras), combien sont-ils à avoir assuré la succession par le biais d’une transition évitant les urnes (j’oubliais Percheron avec Delebarre à la Région). Et je ne vous propose qu’un échantillon concernant un périmètre réduit du Nord/Pas-de-Calais. Nos professionnels de la politique emploieront de plus en plus cette méthode histoire de vivre une retraite sans retour de flammes…. Mais il est évident qu’il s’agit d’un déni de démocratie évident.
    Ce qui est surprenant, c’est que cela vous surprenne encore…

  2. @Pasdecalaislibre : On écrit dans l’article que cette pratique n’est pas inusuelle. Vous faites bien de rappeler les exemples du Pas-de-Calais. Mais devons-nous laisser faire sans rien dire parce que cette pratique est devenue habituelle ? Là, nous avons trois changements de mairies des villes principales de la région en quelques mois, c’était l’occasion de rappeler que la démocratie n’était pas la même pour tout le monde. D’autant qu’aujourd’hui, comme le souligne François Desmazière, on se plaint du divorce citoyen/politique. Avec des pratiques comme celles-ci, d’un autre âge finalement, ce n’est pas prêt de s’arranger. DailyNord, tel un oisillon tombé du nid, a estimé devoir le rappeler…
    Mais pour le reste, nous partageons la même analyse…

  3. J’nin doutôt point. Mais le divorce citoyen/politique n’est-il pas non plus la conséquence d’un abandon du terrain idéologique, sacrifié sur l’autel du fameux pragmatisme? Désolé mais l’appellation “UMPS” n’est pas la propriété de Marion* Le Pen. J’en viens parfois même à plus détester les socialistes que les militants UMP, parce que ces derniers ont au moins le courage (je n’ai pas dit l’intelligence) d’assumer leur idéologie de droite et que le seul moment où les socialistes sont un peu gauches, c’est quand ils affirment ne pas être de droite! Même clique d’élus, mêmes us comme démontré dans votre article. L’UMPS donc, est à l’origine de ce divorce avec le peuple puisqu’il consiste à choisir entre chou vert et vert chou. Comme pourri et ripou. Il serait donc bien de s’approprier cette phrase de Mao: “Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte encore, et cela jusqu’à la victoire – telle est la logique du peuple.”

    *Son vrai prénom au civil

  4. Même sans idéologie forcément marquée… un peu de morale et de respect du citoyen serait bienvenu. Quand vous voyez que quand on demande de jouer la transparence sur les irfm de nos députés, on a une réponse sur trente-huit, le divorce est aussi là…

  5. Exact, nos élus -toutes tendances confondues- ont vraiment perdu toutes connexions avec la réalité. En tout cas, c’est le genre de comportement républicain (sic) qui ne contribuera pas à faire baisser les intentions de vote pour l’extrême droite… Preuve que l’établissement d’une VIe République ne devient plus nécessaire mais urgente.

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