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La ruée vers l’or de nos campagnes, la bonne affaire?

DailyUne | Réflexions Par | 08 février 2012

La crise, toujours la crise. Vous conservez amoureusement la dent en or de votre grand-mère, une boucle d’oreille esseulée ou un collier cassé ? Alors pas de panique, tout n’est pas perdu. Adressez-vous aux chercheurs d’or contemporains qui parcourent les campagnes à l’affût de l’or oublié au fond des tiroirs. Et dans l’histoire, les plus heureux ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Enquête.

Auteur, Covilha sur Flickr

« Quand la fièvre de l’or les gagna, ils perdirent eux aussi tout scrupule », écrivait Blaise Cendrars dans L’Or. La crise financière a vu se multiplier sur le marché une forme particulière d’industrie. Si elle n’est pas nouvelle, elle s’est répandue en quelques années à peine. On parle bien sûr du rachat de l’or, valeur refuge par excellence (42 euros environ pour un gramme d’or pur) quand les monnaies vacillent. Et l’or sous toutes ses formes : les nouveaux chercheurs rachètent même bijoux cassés et or médical…

Dans nos campagnes et dans des villes plutôt sinistrées…

Ils s’appellent Osprey ou encore VPO (Valeurs Précieuses & Or, qui existe depuis 2004). Et ils ont développé une stratégie commerciale imbattable, « venir au plus proche des gens, explique Katherine Debaty, responsable marketing et communication chez VPO. Avant, il y avait quelques comptoirs, des bijouteries, beaucoup de gens ne savaient pas comment se défaire de leurs vieux bijoux ». La solution est toute trouvée, VPO se rend chez vous ! Enfin, dans votre village, au café-tabac du coin. Le choix des villes fait partie « d’une stratégie commerciale » précise, mais nous n’en saurons pas plus. Toutefois, il ne semble pas anodin. Pour le moment dans la région, VPO se rend principalement dans des campagnes plutôt reculées ou des villes pas forcément glamour économiquement (Sin-Le-Noble, Quiévrechain, Frévent). La seule grande cité desservie étant Calais, dont nul n’ignore les difficultés économiques. « Les commerces des petites villes sont beaucoup plus ouverts. Nous ne venons pas à Lille pour le moment, mais cela peut changer demain », argumente pourtant la responsable du marketing VPO.

 « Il n’est pas possible de racheter l’or à 40 € le gramme, sinon vous perdez de l’argent »

Une fois installés chez le buraliste donc, les employés de VPO, puisqu’on parle d’eux, rachètent tout ce que vous leur apportez pendant les quelques jours que dure la permanence. Voilà donc la formule : un réseau de buralistes qui couvre la France entière et l’occasion de se débarrasser de ses vieilleries en repartant le cœur léger et le porte-monnaie un peu plus lourd. On a envie d’ajouter : à un prix défiant toute concurrence. Mais rien n’est moins sûr. Dans un reportage de Capital datant d’avril 2009, on voit que VPO rachète à 8 € de l’or 18 carats (qui contient 75 % d’or pur) alors que le cours du gramme d’or pur est à l’époque d’environ 24 €. D’après le même reportage, le 18 carats était racheté 14 € le gramme par les bijoutiers classiques. Qu’en-est-il du tarif actuel ? « Là tout de suite je ne peux pas vous dire, hésite Katherine Debaty. Cela change tous les jours et il y a d’autres critères, il y a des taxes, des frais de structure et dans les bijoux l’or n’est pas pur. Il n’est pas possible de racheter l’or à 40 € le gramme, sinon vous perdez de l’argent, c’est moi qui vous le dit ! » En tout cas, le système fonctionne et même très bien à l’entendre. Les clients repartent avec un chèque en poche et tout le monde est content. Du coup, VPO sillonne la France dans tous les sens : « il y a environ 75 employés qui rachètent l’or, peut-être 5 ou 6 dans le Nord-Pas-de-Calais. » Avec la complicité des 4000 buralistes qui font partie du réseau dont 200 environ dans la région.

 Quand les buralistes jouent les entremetteurs

Capture d'écran, VPO.fr

Sur le site de VPO, on trouve une revue de presse très élogieuse. Et même un article de La Voix du Nord datant de 2008 sur Hugues Vanlauwe, buraliste à Houdain, qui accueille régulièrement l’entreprise. Nous avons donc recontacté le bureau de tabac local : « VPO ? Ils reviennent souvent, on renouvelle régulièrement. Ce sont des gens sérieux, il n’y a jamais d’arnaque ». Mais quel est l’intérêt pour un buraliste d’accueillir VPO ? « On touche une commission de 10% sur toutes les ventes ». Ah nous y voilà enfin. Ce qui explique peut-être l’enthousiasme d’un autre buraliste nordiste quand nous jouons le client effarouché qui a du mal à se décider pour se délester de son or dans son échoppe. « Mais si, il faut venir ! Ce sont des gens très bien. Et dépêchez-vous, il n’est là que cet après-midi, après il faudra attendre trois mois ! » « Nous venons à chaque fois un ou deux jours dans leur café, heureusement que ce n’est pas fait gracieusement ! », commente la directrice du marketing VPO. Peut-être, mais VPO joue sur la confiance qu’inspire le bureau de tabac, commerce de proximité par excellence, sans que les clients ne soient forcément au courant que le buraliste touche une commission.

Le destin aurifère

Mais où vont nos vieux bijoux après ? Vers un destin teinté de mystère : « Les gisements d’or ne sont pas inépuisables. L’extraction est chère et la demande mondiale forte, particulièrement en Chine et en Inde. Nous récupérons l’or pour qu’il soit recyclé et destiné à l’industrie chirurgicale ou la bijouterie. Nous l’envoyons donc en Allemagne où se trouve la fonderie. Après, ce qui se passe n’est plus de notre ressort », décrypte Katherine Debaty. Un Chinois qui porterait un bijou contenant une partie de votre vieille dent en or ? C’est beau la mondialisation.

Des non-dits qui pourraient peut-être alerter le syndicat des buralistes ? Un petit coup de fil à Patrick Brice, Président de la Fédération Nord, pour être fixé. « VPO travaille en toute sécurité. Ils paient des taxes, exigent des cartes d’identité pour éviter le blanchiment d’argent. Je ne déconseille pas du tout aux buralistes de faire appel à eux. C’est un contrat solide en toute légalité. » Et d’ajouter : « Vous savez, la profession de buraliste est en mutation, on cherche de plus en plus des partenaires. Le réseau des buralistes est ancien, il doit se moderniser pour rester à la pointe.» De son côté, l’UFC Que Choisir de Lille n’a rien à ajouter : « Nous n’avons pas de remontée de la part de consommateurs insatisfaits de la transaction, » écrit Robert Bréhon, président de l’association pour la région.

Une communication discrète

Reste qu’à part par le biais de leur site web, obtenir des informations sur ces orpailleurs des temps modernes est parfois délicat. Et pour cause, les publicités sont distribuées quelques jours avant la venue de l’acheteur d’or,  et seulement dans la zone concernée . « La presse locale a un rapport coût/contact et une diffusion trop importants. Nous préférons distribuer des flyers quelques kilomètres autour de l’endroit où nous nous rendons », explique Katherine Debaty. La communication se fait donc discrète. Un coup de fil à Sin-le-Noble, où l’un des employés de VPO tenait une permanence il y a peu, pour solliciter une interview, le confirme :« je me suis déjà fait braquer une fois, donc maintenant je ne parle plus à la presse. » L’acheteur d’or refuse tout net de nous rencontrer. « C’est vrai qu’il y a eu un braquage. Mais la violence est partout, ajoute Katherine Debaty. Certains employés de VPO ne veulent pas trop parler à la presse. Mais ce sont des choix personnels ».

Peut-être, mais le fait est que VPO, si elle sillonne allégrement nos campagnes à la recherche d’or,  ne crie pas son existence sur tous les toits. Même les bijouteries déjà implantées en ont rarement entendu parler, que ce soit la Maison de l’Or (Lille), La Corbeille d’Or (Liévin) ou le Comptoir Ambien (Boulogne). A la bijouterie Berrod (Aire-sur-la-Lys), on connait. Mais « on n’a pas le sentiment d’une concurrence déloyale. Ce n’est pas la même clientèle ». Juste une clientèle peu informée qui n’aurait peut-être pas vendu son or si la crise et VPO n’étaient pas passés par là. Le commerce des orpailleurs de nos campagnes a a priori encore de beaux jours devant lui.

 

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1 Commentaire

  1. Les lecteurs doivent être vigilants quant à la vente de leur Or (bijoux ou autres métaux précieux…) et autres biens précieux. En effet, les prix consentis aux clients paraissent très (trop!) bas par rapport à la valeur de leurs biens. Aujourd’hui, pour des bijoux Or 18k (750/1000), le prix de rachat au gramme devrait se situer dans une tranche de 21 à 24 €, voire mieux, chez des professionnels corrects (cours du lingot 42000€). J’entends ici le prix NET payé aux clients.

    Concernant l’Or dentaire, il faut savoir que la teneur en Or varie de 15 à 85%!, seul des professionnels équipés notamment d’un spectromètre peuvent réellement définir le taux exact d’or dans un alliage dentaire. Par ailleurs, ces alliages contiennent d’autres métaux précieux comme du platine et du palladium qui ne sont apparemment pas rétribués par les acheteurs d’Or notamment les itinérants. Le gramme de platine cote sur le marché des métaux précieux aujourd’hui environ 38€ le gramme et le gramme de platine 17€ le gramme.

    Les sociétés comme celle citée dans votre article font ainsi de très gros profits sans réelle irrégularité puisque les clients acceptent les sommes proposées, sans possibilités de retour!? Cependant sur ce point, il semblerait que non. Ainsi, selon des contacts pris avec les services de l’état compétentes, la démarche de ces sociétés d’achat d’Or itinérantes doit être interprétée comme du démarchage à domicile et les clients devraient bénéficier d’une délai de rétractation de 7 jours! A vérifier et à faire respecter le cas échéant…difficile cependant si les informations de la société ne sont pas demandées par les clients et trois mois après, c’est trop tard.

    La démarche des buralistes peut se comprendre, puisqu’ils sont ‘rétribués’ , 10% me paraît énorme, mais tout compte fait ,pas étonnant vu les conditions de rachat constatées.

    Il faut également savoir que nombre de ces sociétés sont des sociétés qui ont leur siège social au sein de la CE (Allemagne, Belgique, Royaume-Uni…). Elles effectuent leurs ‘Raids’ en France au fin fonds de nos campagnes et surfent sur la méconnaissance des marchés des métaux précieux de nos concitoyens (bien que ces derniers soient de plus en plus avisés !). Qui plus est, cette technique d’achat itinérante n’est souvent pas tolérée dans leur pays. Prenons le cas de l’Allemagne (C’est dans l’air du temps), la société d’achat doit avoir un enregistrement de société dans la ville ou elle achète l’Or et les métaux précieux.

    N’oublions pas les bases, vérification de la balance (présence du carnet de métrologie), AFFICHAGE des prix de rachat à la vue des clients, déclaration auprès de la Mairie de la commune concernée, vérification obligatoire des pièces d’identité, inscription immédiate de la transaction dans un livre de Police, et INTERDICTION de payer toute transaction en espèces (et ceci à partir du 1€).

    Voilà, quelques commentaires sur votre article. Si ce message est diffusé, peut-être qu’il fera aussi comprendre à nos concitoyens que vendre ses bijoux, et biens précieux dans une arrière boutique de commerce ou dans les hôtels n’est peut-être pas le bon et seul moyen de réaliser une opération correcte.
    Le maître mot reste COMPAREZ.

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