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A.-S.Taszarek : « Un militant au PS 62 ne parle pas, il fait ce qu’on lui demande »

DailyUne | Réflexions Par | 01 février 2012

A l’occasion des turpitudes de l’affaire Kucheida en décembre, elle s’est rappelée au bon souvenir des Nordistes au détour d’un portrait dans 20 Minutes Lille. DailyNord était resté un peu sur sa faim, étant donné le peu de place dont disposent parfois nos confrères de la presse écrite. Alors, deux ans après sa trahison, nous sommes allés interviewer Anne-Sophie Taszarek, celle qui quittait début 2010 les jeunes socialistes du Pas-de-Calais pour rejoindre la liste « Majorité Présidentielle » de Valérie Létard.

DailyNord : Élue sur une liste de droite alors que vous étiez au PS quelques semaines auparavant, vous représentiez une « belle prise » en 2010. Avec le recul, estimez-vous être plus que cela ?

Anne-Sophie Taszarek : Je n’aime pas parler de moi, mais je suis une jeune qui en veut et je pense que c’est ce qui a séduit Valérie Létard au-delà du coup politique que je représentais. J’ai suivi Valérie Létard dans sa politique d’ouverture et dans ce qu’elle souhaitait apporter à la région. C’est quelqu’un de très bien, qui possède des valeurs vraiment humanistes, qui est à l’écoute, qui respecte les avis des uns et des autres.

DailyNordVous êtes conseillère régionale, à la commission culture. Vous vous sentez à votre place ? 

Anne-Sophie Taszarek

Anne-Sophie Taszarek

Anne-Sophie Taszarek : Aujourd’hui, au-delà des clivages politiques, j’essaye de défendre un projet régional commun visant notamment à promouvoir la démocratisation de la culture, dont le Louvre-Lens est la meilleure illustration. Au sein du conseil régional, nous discutons beaucoup. Comme plusieurs sensibilités coexistent, on travaille davantage sur le fond. Tout l’inverse de ce qui se passe au PS 62.

« On leur fait croire qu’ils doivent tout au PS »

DailyNord : Vous en voulez toujours aux socialistes du 6-2 visiblement…

Anne-Sophie Taszarek : J’ai vécu une très mauvaise expérience. Je n’ai même pas de mot pour décrire cela. C’est un système totalement corrompu dans son fonctionnement. Un État dans l’État. Le trio Percheron-Kucheida-Mellick et leur pantin Catherine Génisson font tout pour évincer les militants qui réfléchissent et qui se posent des questions. Dans la tradition paternaliste de la région, il y a les patrons d’un côté et les braves militants qui tractent de l’autre. Quant aux jeunes cadres, on leur offre des places d’assistants parlementaires, des postes à la Soginorpa, à la mission locale de Liévin, au cabinet de Kucheida ou de Dupilet. On leur fait croire qu’ils doivent tout au PS. C’est pour ça qu’on ne les entend plus sur le secteur.

DailyNord : Quand est-ce que vous avez commencé à douter de la probité de vos amis politiques ?

Anne-Sophie Taszarek : Je surveillais le vote pour l’élection du premier secrétaire du PS fin 2008 et j’ai remarqué des irrégularités. Jean-Marc Bouche, adjoint au commerce à Montigny-en-Gohelle, avait voté là-bas et à Hénin-Beaumont. Je l’ai signalé et il m’a littéralement insultée. Mais j’étais intouchable parce que simple militante. Alors ils se sont acharnés sur ma mère, conseillère municipale elle aussi à Montigny. Une semaine après, on lui a retiré sa délégation.

DailyNord : Pourquoi avoir signalé cette irrégularité ?

Anne-Sophie Taszarek : C’est un vote censé être démocratique, je faisais mon travail tout simplement. Et ce n’était pas la seule anomalie. J’ai découvert que j’étais inscrite malgré moi dans plusieurs sections. Les votes par procuration étaient théoriquement interdits mais on les acceptait quand même. On sait qu’à la fédération du Pas-de-Calais, il y a de la triche, du bourrage d’urnes, ce genre de choses…

DailyNord : A l’époque vous êtes restée pourtant…

Anne-Sophie Taszarek : Cela m’a même donné encore plus envie de continuer, de me battre. J’avais une bonne équipe et nous voulions faire de la politique autrement. Mais je me suis vite aperçu que les jeunes étaient là uniquement pour faire de la figuration, pour servir de caution aux vieux caciques qui pouvaient dire : « regardez, il y a des jeunes chez nous » et pour distribuer des tracts. Un militant au PS 62 ne parle pas, il fait ce qu’on lui demande.

Parcours express

Née dans une famille de mineurs, fille d’une conseillère municipale à Montigny-en-Gohelle, Anne-Sophie Taszarek a découvert la politique très tôt. Le passage de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour en 2002 l’a décidée à s’engager. Elle milite activement pendant ses années de classe préparatoire (HEC), aux côtés de Pierre Ferrari. Aujourd’hui, à 25 ans, elle est « bien dans ses baskets » et partage son temps entre son travail d’assistante de direction dans une entreprise de listes de mariage et son poste de conseillère régionale à la culture. Sans oublier une vie associative : elle est en train de créer l’association « Chiens et chats en détresse ».

« J’ai quitté un parti parce qu’il était corrompu »

DailyNord : Qu’est-ce qui finalement vous a poussée à quitter le PS?

Anne-Sophie Taszarek : Lors des élections municipales à Hénin-Beaumont en 2009, Pierre Ferrari (1), que je soutenais en tant que présidente des jeunes socialistes du Pas-de-Calais a été traité de façon ignoble, alors que sa candidature était celle du bureau national. Martine Aubry était prête à le soutenir également, mais Daniel Percheron y a mis son veto. Après la révocation de Gérard Dalongeville, il y a eu modification des listes et ils ont à tout prix voulu mettre un inconnu influençable PRG (parti radical de gauche), Éric Mouton, à sa place. Ils ont fait je-ne-sais-combien de propositions pour que Pierre Ferrari se mette en second sur la liste : des boulots, une vice-présidence d’agglo… Catherine Génisson est venue à Hénin pour apaiser la situation. C’est la première fois de sa vie qu’elle était face à des militants qui lui reprochaient l’abandon des instances départementales du PS. Elle en a pleuré. Plus tard, elle a demandé à Antoine Détourné (président du MJS de l’époque*) ma destitution. Avant même qu’elle ne soit officielle, on m’a interdit l’accès à mon bureau. J’ai encore des affaires là-bas ! Je n’ai pas repris ma carte cette année-là. Puis j’ai suivi Valérie Létard.

DailyNord : Par vengeance ?

Anne-Sophie Taszarek : Je ne suis pas contre le PS, mais contre le système mis en place par le PS 62. Le parti socialiste a de belles valeurs et je reste d’une sensibilité de gauche, mais la fédération du Pas-de-Calais ne respecte pas ces valeurs. J’ai été écœurée par ce que j’ai vu.

DailyNord : Pourquoi avoir choisi de continuer la politique malgré tout ?

Anne-Sophie Taszarek : J’ai quitté un parti parce qu’il était corrompu. A l’époque, changer de fédération ne m’a même pas effleurée. Je n’avais pas envie de rentrer dans un autre système. D’ailleurs je ne suis pas « cartée », je suis considérée comme « divers gauche » au sein de la liste de Valérie Létard. En tout cas, arrêter aurait été trop facile. Surtout quand on aime la chose publique.

« Je me sens toujours dans l’obligation de justifier mon parcours »

DailyNord : Vous auriez pu vous engager derrière Thierry Lazaro, qui souhaitait lui aussi se présenter aux Régionales ?

Anne-Sophie Taszarek : Non, c’était Valérie Létard ou rien. Je n’aurais jamais suivi Thierry Lazaro. Il est trop à droite.

DailyNord : Ce qui n’empêche pas les accusations de traîtrise. On vous a comparée alors à Kouchner, à Besson…

Anne-Sophie Taszarek : J’ai tout entendu mais même s’ils ne le diront jamais publiquement, j’ai reçu beaucoup plus de soutiens que de critiques de la part d’élus et de militants du PS, beaucoup de textos d’encouragement. J’ai gardé beaucoup d’amis là-bas. Le plus dur, c’était sur le plan personnel : on se pose des questions sur l’image qu’on va renvoyer. Je me sens toujours dans l’obligation de justifier mon parcours. Mais quand j’ai expliqué mon histoire, les gens comprennent pourquoi j’ai changé de camp. Aujourd’hui, je suis bien dans mes baskets.

(1) Ancien adjoint de Gérard Dalongeville, à l’époque aux MJS. Il a été exclu du PS par le bureau national début janvier, ayant, selon Catherine Génisson enfreint les règles du parti en se présentant aux cantonales.

(*) Mise à jour jeudi 2 février à 8h : Antoine Détourné, cité dans l’interview, tient à apporter les précisions suivantes : « Cette citation qui affirme que Catherine Génisson m’aurait demandé de la destituer est non seulement fausse, mais surtout hautement improbable puisque statutairement, le président national du MJS ne peut pas « virer » un animateur fédéral car tel serait son bon plaisir (ou, en l’occurrence, le bon plaisir d’une première secrétaire fédérale). En effet, le seul moyen existant est celui d’une mise sous tutelle du national de la fédération, qui doit être votée en bureau national du MJS. Pour le coup, c’est ce qui s’est passé, le bureau national du MJS avait voté à l’unanimité de ses sensibilités la mise sous tutelle de la fédération du Pas-de-Calais. »

Mise à jour jeudi 2 février 14h. Précisions de Pierre Ferrari, cité également à plusieurs reprises dans l’interview : « Je souhaite apporter quelques précisions à la présentation que vous faites de moi en bas de page. Il est en effet réducteur de me présenter uniquement comme ayant été « l’adjoint de Dalongeville » puisque je vous rappelle que, très tôt après les élections municipales de 2008, j’ai surtout été le premier élu socialiste à m’opposer à lui et à dénoncer ses pratiques. Des positions qui m’ont mis au ban du Parti Socialiste du Pas-de-Calais (voir  les articles du Monde datés du 18 avril 2009 – pages 1 et 8). Déjà à l’époque, ce combat m’a valu la mise en œuvre d’une procédure d’exclusion et le lynchage en place publique de la part de la Fédération du PS Pas-de-Calais. Je vous rappelle également, qu’avec les militants socialistes d’Hénin-Beaumont, nous avions assigné auprès du TGI de Béthune la Fédération du PS Pas- de-Calais pour non-respect des statuts (Nord Eclair) De plus, concernant mon exclusion du Parti Socialiste prononcée en Décembre 2010, je tiens à vous informer que Catherine Génisson l’a justifiée dans le Nouvel Obs daté du 15 Janvier 2011 aux motifs suivants car « il se présente aux prochaines élections cantonales de mars 2011 « en candidat dissident » mais aussi parce que « Pierre Ferrari dénonçait le fonctionnement de la Fédération du PS du Pas-de-Calais (…) avec des attaques personnelles ». Une déclaration qui, vous en conviendrez, prend tout son sens aujourd’hui… »

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1 Commentaire

  1. Avec certains socialistes, la dictature n’est pas loin.

    Le contenu de cet article ne m’étonne pas.

    Moi- même, j’ai été révoqué du département du Nord sur la base d’un dossier digne de ceux montés par des « officines »

    Un dossier sans preuve hormis des preuves informatiques contestables n’indiquant ni heure, ni date d’où l’impossibilité de monter un dossier sérieux en défense..

    Et contre toute logique et pire contre toutes les jurisprudences administratives existantes notamment sur la proportion de la sanction, la justice donne raison au Département

    Juriste, je suis perplexe. Il se passe de drôle de chose dans la Région.

    D’ailleurs, il faut remarquer aussi que l’affaire Kucheida s’enlise. Pendant ce temps là, Messieurs Guérini, Pupponi et Navarro sont inquiétés alors que leurs dossiers judiciaires ne sont pas plus épais.

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