DailyUne | Petite histoire Par | 08H52 | 19 janvier 2012

Partenariat INA/DailyNord : Pierre Mauroy ou l’obsession du plan-relief

Exposition exceptionnelle dans la Nef Grand Palais à Paris jusqu’au 17 février : 16 plans-reliefs conçus entre les XVIIè et XIXèmes siècles, sortis des Invalides et disposés autour d’une carte de France de 650 m2. Quel lien avec le Nord – Pas-de-Calais ? Un sacré rapport : dans les années 80, ces fameux plans-reliefs avaient bien failli atterrir à Lille du fait de Pierre Mauroy. Sauf que les plus hautes instances de l’Etat s’en sont mêlées… Retour en archives vidéos inédites  sur l’une des plus fameuses guerres lillo-parisienne…

En partenariat avec

Louvre-Lens

Préambule : Les vidéos que vous découvrez ci-dessous appartiennent à l’Institut National de l’Audiovisuel avec qui DailyNord a établi un partenariat. Chaque mois, la délégation régionale INA Nord (qui valorise également ses archives sur le blog de l’INA) nous propose quelques documents de ses collections (des vidéos qui n’étaient pas encore accessibles au grand public et qui sont, pour l’occasion, mises en ligne sur le site INA.fr). Un travail d’édition à chaque fois sur un thème bien particulier,  publié (et commenté, les commentaires n’engageant que la rédaction !) sur DailyNord.

1983-1986 : Mauroy récupère (presqu’en douce) les plans-reliefs

1983. Le début de l’affaire des plans-reliefs. Un plan-relief ? Des maquettes de villes fortifiées, conçues entre les XVIIème et XIXèmes siècles, rangées dans les combles des Invalides depuis. Pierre Mauroy, Premier Ministre et maire de Lille, flaire le bon filon pour la renaissance culturelle de la métropole. Motif : sur les 100 plans-reliefs, près de 40 concernent le Nord – Pas-de-Calais, la Belgique et les Pays-Bas. Le 17 janvier 1986, les premières maquettes arrivent à l’Hospice Général de Lille (dans le Vieux-Lille, il accueille aujourd’hui l’IAE). Sauf qu’à Paris, on n’apprécie que modérément la manoeuvre. La polémique culturelle est lancée en pleine campagne électorale pour les Législatives. La droite parle d’abus de pouvoir, Mauroy monte au créneau en répondant que les maquettes “vont être choyées à Lille comme elles ne l’ont pas été depuis 3 siècles”. Et le gouvernement, socialiste, signe la convention le 14 mars 1986.

Mars 1986 : la France change de bord, les maquettes restent à Paris

Dernière décision culturelle du gouvernement socialiste ? Signer l’acte de transfert. Première décision culturelle de la nouvelle majorité après les élections législatives : arrêter le transfert des maquettes… Philippe De Villiers, alors secrétaire d’Etat à la Culture, s’y colle pour défendre Paris. Motif : pourquoi imploser une collection unique au monde ? Pourquoi Lille et pas une ville du sud ? Du coup, tout doit rester dans la capitale : “Nous allons y faire le premier musée mondial des villes maquettes”, annonce celui qui n’était pas encore Philippe de Vendée.

Avril 1986 : les maquettes surveillées par la police municipale !

Surréaliste. A l’Hospice Général de Lille, les plans-reliefs sont désormais gardés par la police municipale… Motif : empêcher le tout de repartir à Paris… Pierre Mauroy annonce la couleur : “si une opération de force était menée, la population en serait immédiatement informée… par les sirènes tout simplement“. On croit rêver au pays des maquettes. Direction l’Assemblée Nationale le 30 avril, où un certain Bernard Derosier, encore jeune député, interpelle De Villiers, qui propose alors des copies à Lille. L’ami Mauroy s’insurge et appelle au sang versé sur les terres avec son lyrisme habituel. L’affaire ira devant les tribunaux. Pendant ce temps, le gouvernement invoque un décret de Vichy de 1943, ordonnant la création d’un musée plans-reliefs à Paris. Un décret toujours pas abrogé…

Janvier 1987 : à Paris, une galerie des plans-reliefs est ouverte…

A Paris, une galerie des plans-reliefs a été ouverte aux Invalides. De quoi relancer la polémique car Lille garde toujours une soixantaine de maquettes à l’Hospice Général. Toujours pas d’accord entre les deux villes, l’histoire s’enlise avec un Philippe De Villiers qui enfonce le clou.

… pendant qu’à Lille, Pierre Mauroy garde le cap

Evidemment, Pierre Mauroy ne reste pas silencieux. Il refuse la proposition du dépôt à Lille. “Ce qui est inacceptable et tout à fait contraire à ce qui était envisagé , déclare-t-il. Ce que nous souhaitons ce sont 28 plans-reliefs… des villes frontière du nord de la France. Les choses restent en l’état … en attendant la décision des tribunaux.

Octobre 1987 : un échec pour Mauroy ? Surtout pas !

Un accord est trouvé. Lille garde 26 maquettes qui la concerne… Un échec ? Pas pour Pierre Mauroy qui, dans un beau numéro d’équilibriste, nous explique qu’il a trouvé “un bon accord” et qu’en substance, Vauban serait fier de lui. Les maquettes prendront place au Musée des Beaux-Arts de Lille qui en profite pour recevoir de l’argent de Paris en vue d’un lifting (37 millions de francs).

Janvier 89 : épilogue… à six semaines des Municipales

Ça y est. Lille peut organiser sa première exposition de ces maquettes, réalisées sous Louis XIV. Bon, il n’y en a que six, mais c’est pour le symbole à quelques semaines des municipales, note le journaliste. Qui ajoute que si Mauroy n’avait jamais décidé du transfert des maquettes dans sa ville de Lille… les plans-reliefs dormiraient encore dans les combles des Invalides. Au lieu d’être exposés aujourd’hui dans la Nef Grand Palais de Paris ?

 

 


2 Commentaires

  1. Ah, souvenir d’avoir fait longtemps la queue devant l’hospice général pour apercevoir quelques plans reliefs à travers des lucarnes !

  2. Il faut s’arrêter sur la Renault défoncée avec laquelle Mauroy quitte l’Elysée au début du troisième film !!! Chirac aurait quand même pû lui filer une voiture de fonction…

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