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Le PS 62 pour les nuls

DailyUne | Réflexions Par | 07 décembre 2011

 Certains prédisent que le Pas-de-Calais aura son Jean-Noël Guérini… Mais qui ? Après l’ouverture d’une enquête préliminaire autour de la puissante fédération socialiste du Pas de Calais et de son financement, le petit empire tremble sur ses bases (relire : Jean-Pierre Kucheida (encore) dans la tourmente. Et le PS du Pas-de-Calais avec). Pas si facile de s’y retrouver et de toute façon, rien n’est encore joué… Petit glossaire pour essayer d’y voir plus clair.

Jean-Pierre Kucheida. L’un des plus anciens dignitaires socialistes du département et qui vient d’être réinvesti pour le feu législatif de juin 2012 (au niveau local). La chambre régionale des comptes stigmatise régulièrement la gestion d’établissements et sociétés d’économie mixte  – aménagement et logements – qu’il préside. Le roi de Liévin – ville dont il est le maire – traverse une mauvaise passe*. On ne prête qu’aux riches ?

Jacques Mellick. Le premier baron socialiste d’envergure  – il était député-maire de Béthune – qui affronte les foudres de la justice dans l’affaire OM/VA/Tapie. C’était il y a quinze ans. Comme le gong de départ de la lente descente aux enfers d’un système déjà passablement épuisé. Et des membres du clan Mellick reviennent régulièrement sur le devant de la scène.

Daniel Percheron. Patron des socialistes du département pendant un quart de siècle. Chargé par Mitterrand dès les années soixante-dix de « démolletiser » une fédération qui pèse très lourd dans les congrès socialistes. Longtemps, il a eu la haute main sur les investitures et les carrières : beaucoup lui doivent. Autant lui vouent rancune. Puis la créature échappera peu à peu à son créateur. Les inimitiés et les dissidences poussèrent comme le chardon : tout système produit ses déçus et ses aigris. Et les mauvaises habitudes également. Conserve une grande influence.

Gérard Dalongeville. Un pur produit du système et de son histoire, l’ancien maire d’Hénin-Beaumont. Militant zélé, socialisme municipal, dissidence, omnipotence, déconfiture, révocation au plus haut sommet (fait rare), mise en examen. Récemment, on ajoute  les dossiers en cours du PS du Pas de Calais : il se murmure qu’il distillerait des « révélations » aux enquêteurs et à la justice…Il fut un temps le protégé de Jean-Pierre Kucheida qui l’embaucha même. La politique est faite d’ingratitudes.

Serge Janquin. Il a succédé pendant dix ans à Daniel Percheron mis sur la touche à la tête de la première fédération socialiste de France. Mais le député et ancien maire de Bruay-La-Buissière n’a pas pu réformer le système du PS 62. La nouvelle sénatrice Catherine Génisson le remplace. A elle, la tâche délicate de gérer le passif accumulé.

Marine Le Pen. Maintenant, on sait pourquoi la présidente du Front national a jeté son dévolu sur l’ex-bassin minier du Pas de Calais (et ce dès 1998, année où elle est élue au conseil régional). « Affaires » et prolétariat ouvrier, c’est nitro et glycérine pour un discours populiste comme le sien. Sans oublier une solide méfiance à l’encontre de la technocratie et du libre-échangisme européen: le département a largement voté « non » aux traités de Maastricht et celui de mai 2005 et dans certains coins du bassin minier, le rejet atteignait des sommets… Deux rendez-vous, sans oublier la présidentielle : les législatives 2012 (la fameuse onzième circonscription) et les municipales de 2014.

Baronnies. Une solide sédimentation de pouvoirs locaux et de potentats affirmés, voilà le Pas-de-Calais et ses 900 communes. Une sorte de Moyen-Age de la politique avec ses grands et petits féodaux, ses allégeances et ses frondes, ses adoubements et ses disgrâces. Avec les affaires qui viennent d’éclater, on sait désormais que le département n’a rien à envier au marigot marseillais…

Affaire du Carlton. Une vraie pieuvre, cette affaire de moeurs et de proxénétisme présumé qui mêle un ancien directeur général du FMI (DSK), des hauts fonctionnaires de la police nationale et des notables du cru. Ainsi que des militants socialistes et des entrepreneurs du Pas de Calais.

Droite. On se demande pourquoi elle ne profite pas plus de la déliquescence de l’appareil de son adversaire. Faiblesse de ses propres élites (les Blot, Vasseur, Delevoye, et aujourd’hui Fasquelle ou Flajolet, n’étaient pourtant pas manchots), sociologie défavorable, histoire politique lourde comme le plomb des règlements de comptes,… pourtant les alternances observées à Calais ou Arras montrent que rien n’est figé. Du coup, c’est le Front national qui fait des projets (voir Marine Le Pen).

Epinay. C’est le congrès qui a couronné François Mitterrand, voici 40 ans. Il en est aussi sorti une géographie politique et des rapports de forces qui perdurent encore aujourd’hui dans les congrès socialistes et la vie interne du PS. Le Pas-de-Calais est simplement la plus importante fédération socialiste en France.

François Hollande. Evidemment, rien n’est le fruit du hasard et le candidat socialiste à la présidentielle sait qu’il devra louvoyer entre les écueils des affaires semés sur son chemin. D’autant plus que le Nord et le Pas-de-Calais sont toujours des étapes de choix pour un homme de gauche. Précision : J-P Kucheida est un partisan de François Hollande.

Solferino. Achtung, Minen ! La première secrétaire du PS gère le dossier du PS pasdecalaisien avec de longues pincettes et ne veut surtout pas qu’on lui reproche quoi que ce soit. Après tout, Martine Aubry n’a rien à voir avec cette « fédé » vieille comme Mathusalem – naphtaline et formol en prime -, elle qui est arrivé aux manettes en 2008,…en partie grâce aux suffrages des fédés du Nord et du Pas de Calais. Les mauvaises langues disent qu’elle ne verrait pas d’un mauvais oeil son vainqueur de la primaire électoralement empêtré dans les vilains rets d’un scandale politico-financier.

* On lira l’enquête sur le PS 62 dans les Inrockuptibles de ce jour (David Servenay et Benoît Collombat).

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5 Commentaires

  1. Il n’est pas honnête de rattacher à la rubrique Marine Le Pen ce passage: « Sans oublier une solide méfiance à l’encontre de la technocratie et du libre-échangisme européen: le département a largement voté « non » aux traités de Maastricht et celui de mai 2005 et dans certains coins du bassin minier, le rejet atteignait des sommets…  » Un très large électorat de gauche a voté contre ces deux traités. Et l’actualité lui donne chaque jour un peu plus raison.
    J’ai voté (et revoterai) contre à ces deux occasions sans hésitation. Parce que je reste persuadé qu’avant une Europe économique, il s’agissait de bâtir une Europe sociale et fiscale, douce utopie je le concède. Aussi, amalgamer les votes lucides contre Maastricht et 2005 aux votes Lepenistes est on ne peut plus déplacé. J’ose espérer qu’il s’agit d’un malentendu fortuit dans votre synthèse.

  2. M’enfin, il ne vous aura pas échappé que le FN est devenu le premier parti ouvrier (après l’abstention bien sûr) et cela a commencé à se traduire dans les chiffres des élections dans les années 90. Pascal Perrineau nomme le phénomène : gaucho-lepénisme. Avant, dit-il l’extrême-droite c’était le monde de la boutique puis de l’atelier et de la boutique, aujourd’hui de l’usine en général. La région n’est pas épargnée, vous savez. Les Le Pen l’ont compris. Il y a certes beaucoup de nuances à apporter entre les « transferts » de voix de gauche vers le FN et les comportements électoraux (dans certains quartiers populaires de la métropole lilloise, par exemple, une partie des électeurs votent FN au premier tour puis à gauche au second : on adresse un signal et on rentre au bercail), en fonction de la nature du scrutin également (local ou national).

    Ce que je veux dire, c’est que les grands mouvements européens ou mondiaux qui inquiètent, souvent à juste titre et on en a la preuve chaque jour), les gens de condition modeste sont une formidable aubaine pour les politiciens des extrêmes surtout celui de la droite, qui sait y trouver un écho favorable parmi d’autres thèmes. Années 20 : l’extrême-droite était anti-américaine (capitalisme déjà financier, juifs de Wall Street, etc…) années 50 : anti-Europe qui naissait à l’époque (Poujade, et anti réconciliation), années 70: anti-URSS communiste soi-disant menace pour l’Occident. Années 90 : anti-Maastricht (d’autres voix peu susceptibles d’extrémisme se sont élevées contre Maastricht : Chevénement, Séguin,…). Années 2000 :…

    Pour moi une Europe économique, fiscale et sociale, c’est kif-kif tant ces aspects sont imbriqués l’un dans l’autre comme dans une horloge. Je ne doute pas que votre vote soit terriblement lucide mais tous les nonistes de la région ne pensent pas forcément la même chose…

  3. Mouais, kif-kif une Europe économique fiscale et sociale, on en reparlera quand le smic, la sécurité sociale, le respect des droits des handicapés, l’accès aux soins pour tous, l’imposition, le droit et les conditions de travail etc seront harmonisés au niveau continental. Et tant que rien ne sera fait à ce niveau là -et en dépit c’est vrai des actions concrètes menées par l’Europe- c’est l’image d’un libéralisme triomphant et vulgaire que l’on retiendra. Alors oui (sic) voter non à cette Europe là était un vote plus que lucide parce qu’il s’agissait d’un vote de conviction. Et sans faire la radioscopie de tous les nonistes régionaux, je pense que leurs suffrages exprimaient globalement un refus et non un blocage du projet. Au lieu de cela on bafoue le verdict des urnes et ceux qui ont adressé ce doigt d’honneur à la démocratie sont toujours en place, au gouvernement comme dans l’opposition.
    Je ne conteste pas que le FN soit devenu le premier parti ouvrier mais dans ce cas la faute à qui?
    Dans des coms précédents, je n’ai pas manqué de souligner qu’aucun, je dis bien aucun, ponte de droite ou de gauche n’a eu les c… (ou les ovaires) de venir à Hénin. J’ai presque envie de dire que cette cité de 25 000 habitants est devenue une ville de non droit politique. Alors Marine Le Pen, tel un coucou, squatte le nid. Et vu le contexte actuel, l’expropriation n’est pas pour demain. En venant la défier sur ses « terres », J.L. Mélenchon réaliserait un gros coup dans sa campagne. Et laverait un peu l’honneur de la Gauche. Encore un extrémiste allez vous me dire… Mais c’est l’époque qui veut cela mon cher ami, qu’y puis-je si nos sociaux-démocrates sont devenus des gras du bide, lâches et paresseux idéologiquement?

  4. @Pasdecalaislibre…
    « Je ne conteste pas que le FN soit devenu le premier parti ouvrier mais dans ce cas la faute à qui? »
    Heu… aux ouvriers ?

  5. Marrant. C’est peut-être vrai d’ailleurs…. Mais dans ce cas il faut que ces derniers sachent que pour le FN comme pour le PS, ils ne voteront pas (pour ne pas dire jamais) pour l’un d’eux !

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