L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Le Mammouth et les Diogènes

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 27 décembre 2011

Ils sont comme Diogène, les membres du collectif La Brique, éditeur d’un journal qui dérange, diffusé un peu partout dans la région, surtout sur la métropole. Dès qu’un numéro sort – il a tenté la périodicité mensuelle puis est revenu au bimestriel – on le croit à l’agonie, on se dit que c’est le dernier, certains se sentent soulagés, d’autres se mettent à mieux respirer. Ils mettent le doigt là où ça fait pas du bien. Et ressuscitent une partie de l’esprit de l’antique Clampin libéré, qui sévissait à Lille à la fin des années 70, dans une veine moins foncièrement politique il est vrai (quoique…), plus potache, genre anar de lycée, tout en braquant les feux de leurs tromblons sur les institutions et leurs figures. La couverture-culte des poires blettes sera d’ailleurs reprise par la Brique plus de 30 ans après : la boucle est bouclée*. Même s’ils flinguent sérieusement, la Brique, c’est une joyeuse – ou  sinistre, c’est selon – compil’ de démolitions en tous genre, qui au final, ne laisse pas indifférent. Roboratif. Toutes les métropoles ont leur vilain petit canard. Voilà plusieurs années qu’ils aboient et mordent et c’est pas du chihuahua. Avec eux, tout le monde n’est pas forcément beau, et parfois carrément méchant. Alors ils sont méchants avec les méchants. On a le droit de ne pas aimer. On a la permission de le dire. Je pars du principe que (presque) toutes les vérités sont bonnes à dire. Et à écrire. Et que les méchants – il y en a – et les puissants – il y en a moins mais parfois, trop souvent, ils sont méchants – doivent savoir qu’ils peuvent être montrés du doigt. Eux écrivent du côté des faibles et des petits. Je les compare à Diogène et ses Cyniques, précurseurs du stoïcisme, ces philosophes de l’Ancienne Grèce qui insultaient et moquaient les passants, crachaient, urinaient et se masturbaient en public. Parfois, ils ont la rage, ces chiens de la Brique. Comme dirait l’autre, certains voudraient bien les voir danser sur des crocs de boucher. Presque une circonstance atténuante.

L’une de leurs cibles favorites, c’est la Voix du Nord, son presque monopole et sa grosse machine, en passe de devenir un mammouth de la presse régionale en France.  Cette année, un vilain contentieux a surgi après un article plutôt acide sur les chroniques judiciaires du journal et son titulaire, agrémenté d’une illustration pas vraiment gentille. Connaissant le titulaire en cause et nourrissant quelque sympathie envers lui, j’avais été un peu désagréablement surpris. Je soignais ma déconvenue par le recours aux théories justes sur la liberté d’expression et le renfort souvent réconfortant de Voltaire et tout et tout… Eh oui, comme Camus, je préfère ma mère à la justice. De plus, mais pourquoi stigmatiser ainsi directement un salarié du rang ? Et s’ériger en Goliath contre David ? Dans ce jeu de rôles inversé, les repères étaient chamboulés. Mais mal chamboulés.

Alors, le vieux titre prit la mouche et donna de la voix. De quoi briser le petit et faible pot de terre. Une procédure judiciaire naquit mais n’accoucha de rien. Il faut dire que l’avocat du journal chargé de défendre le salarié vilipendé se débat dans la drôle d’affaire du Carlton et ses ballets roses et que l’article incriminé était subtilement rédigé – probablement revu par un ou une spécialiste, et le recours à Bourdieu presque évident – pour ne laisser que peu de prise à un ou plusieurs moyens de droit**. Alors, le mammouth préfère jeter l’éponge tant il est vrai qu’un mammouth ça se trompe. Je les vois d’ici les gens du petit journal « alternatif » comme on disait avant, c’était la fête devant leurs tonneaux de philosophes-chiens.

* Finalement assez conformiste, cette opération vintage, non ? Votre serviteur est sûrement le seul à avoir participé aux deux aventures : permettez qu’il en fasse état. Ce qui ne le rajeunit pas.

** Le dernier numéro de La Brique vient de sortir et consacre quelques papiers au duel de prétoire qui n’a pas eu lieu. On lira avec une certaine jubilation un pastiche de ce qu’aurait pu être l’audience ainsi avortée, avec un petit portrait croquignolet de Me Calounet Cobert, lui aussi embarqué dans la galère. Et une invitée-surprise.

Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

5 Commentaires

  1. Où est-ce qu’on trouve ce vilain petit canard ?

  2. Dans les kiosques de la métropole et de la région, entre le Fakir et CQFD. Ou sur les marchés de Wazemmes et Sebasto principalement. Ou encore en nous contactant.

  3. On le trouve aussi à Liévin à la Civette au rond-point de la piscine…

  4. Bonjour,

    Ma vue baisse et ce corps 8, c’est difficile à lire… Je suis comme English Bob, le gamin bigleux du western crepusculaire de Clint Eastwood qui vient de passer à FR3.  »  » Impitoyable ».

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Casting

Bienvenue sur Le Petit Théâtre de Martine Aubry et Xavier Bertrand, associé au pure-player d’informations DailyNord.

Tenu par le journaliste Marc Prévost, et dans le prolongement du livre le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, il décrypte et éclaire les coulisses de la vie politique locale et nationale et parfois aussi d’autres choses. C’est son choix !

Voir la bio de Marc Prévost : Ma Bio & my Way

Contacter Marc Prévost

Pour toute remarque, question, vous pouvez contacter l'auteur du Petit Théâtre de Martine Aubry en laissant un message par là .

LES + LUS