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Saloperie de riverains ! Le cas Horse Land

DailyUne | Petite histoire Par | 07 novembre 2011

Les riverains. L’une des plaies de l’entrepreneur, du commerçant ou du politique. C’est bien connu : il n’est jamais d’accord sur rien. Hors de question que l’on fasse perdre de la valeur à son bien mobilier ou que l’on dérange sa quiétude dominicale. Le problème, c’est que parfois, le riverain, à cause de sa ténacité, réussit à gagner. Un peu comme à Horse Land, futur paradis du cheval de luxe. Rappel des faits dans le cadre d’un dossier en plusieurs épisodes sur ces saloperies de riverains…

« Horse Land ou Horse Ville ? » Pendant des mois, la formule a fait débat du côté de Premesques, petite bourgade entre Armentières et Lille. Un petit îlot de tranquillité presqu’aux confins de la métropole avec ses jolies maisons, ses quelques pavillons… et depuis quelque temps, son centre équestre de luxe : Horse Land.

Chevaux et luxe

Horse Land ? Le principe est simple comme bonjour. Un centre équestre, mais pas comme celui de papa, tout boueux et tout pourri, où même le cheval a l’air d’avoir été sauvé in extremis de l’abattoir. Le promoteur, Gérard Defrance, l’un des propriétaires immobiliers les plus en vue sur la place lilloise, décide de faire du luxe. Pour des gens luxueux. On peut le voir sur cette présentation : manèges, écuries bien entendu, mais aussi hôtellerie, restaurant du même acabit. Mais aussi clinique vétérinaire, musée du cheval, spa pour les équidés… en attendant un hyppohammam ? Pas mal pour la sortie du dimanche, non ?

Une course de sauts de riverains

Enfin, ça c’était dans la tête de l’entrepreneur. Parce que depuis août 2010, le voilà confronté à une drôle de race qui pousse parfois dans les villes et les villages : le riverain. Christophe Bisquert par exemple. Prof, notre bonhomme rentre de vacances comme ses voisins. Jusqu’ici, il n’avait pas trop prêté attention aux travaux qui se passaient dans le bois derrière chez lui. Trop loin, et puis, c’est juste un centre équestre… Sauf que là, c’est un immense manège qui s’élève désormais en lieu et place du champ derrière chez lui, qu’il croyait inconstructible. Pas de pot pour la vue lors des barbecues du dimanche.

« Immédiatement, les voisins se sont regroupés, on a discuté et on s’est renseigné », se souvient-il. Nos bonshommes apprennent donc que le centre équestre ne va pas s’arrêter là : Gérard Defrance essaie de racheter d’autres terres autour. Pour construire ses extensions, ses parkings, etc. « Là, on s’est dit : on ne veut pas que ça devienne Horse Ville. » Sauvegarde de Prémesques était née. Un collectif de 80 riverains qui va désormais s’en donner à coeur joie pour empêcher le bâtisseur de bâtir un peu trop : pétitions, banderoles, alertes à la presse, provocation de réunions publiques, interpellation des pouvoirs publics et des élus, il ne se passe pas une semaine sans que le collectif n’alerte les habitants de la commune d’une nouveauté dans le dossier. « On n’a rien lâché. Alors tout le monde ne participe pas, mais il y a un groupe d’une dizaine qui est très actif. » Nos amis les riverains ingurgitent une novlangue à laquelle ils ne pigent que dalle à première vue : les permis de construire, le cadastre, le PLU, etc. Se rendent également compte que ce qui les intéresse au plus haut point laisse froid l’autre côté du village, pas directement concerné par les projets de Gérard Defrance (« en même temps, ça serait certainement pareil si ça s’était passé dans l’autre sens »).

Les extensions déboutées ?

Résultat quatorze mois plus tard ? Si les riverains ne sont certainement pas les uniques responsables, Horse Land, ce chantier de plusieurs dizaines de millions d’euros,  n’est pas encore ouvert et a déjà près d’un an de retard. Gérard Defrance aurait même, à entendre le collectif, abandonné ses velléités d’extension pour se concentrer uniquement sur l’existant et notamment ses problèmes de parkings, toujours pas réalisés alors que, officiellement, le paradis du cheval doit accueillir ses premiers sabots… en janvier (*). « Il faut dire qu’on a prévenu tout le monde autour. Résultat, personne ne veut plus lui céder de terres, savoure Christophe Bisquert. Aujourd’hui, on est plutôt en veille. On a convaincu les gens qu’il y avait danger, maintenant, on attend. » Saloperie de riverain.

(*) Gérard Defrance n’a pas donné suite à nos demandes de précisions.

Photo de Une : capture d’écran de la vidéo de présentation d’Horse Land.

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10 Commentaires

  1. Bon, on ne commentera pas le ton volontairement provocateur de l’article, ceci étant, “dire qu’on ne pige que dalle” est profondément ridicule, on a au contraire compris pas mal de choses, notamment sur les journalistes. Et de là à dire que… nous sommes “responsables” de la non ouverture, il y a là une volonté affichée de foutage de gueule de la part du journaliste… car un projet bien étudié aurait d’abord pensé à l’endroit où il allait mettre ses parkings…

  2. “dire qu’on ne pige que dalle » est profondément ridicule, on a au contraire compris pas mal de choses” : c’est ce que nous disons.
    Et vous êtes en partie responsables de cette non-ouverture, nous le maintenons : si les riverains n’avaient pas bougé, l’entrepreneur aurait certainement trouvé les terrains. Et serait bien plus avancé à l’heure actuelle, même si son projet était mal ficelé au départ.

  3. Non mais votre article me fait bien rire, vous habitez ou cher monsieur le journaliste ? Je pense que si cela vous arrivez vous feriez la même chose. Je trouve que au contraire les gens ont bien compris ! Bravo aux prémesquois !!! Premesques est un village ou bien souvent beaucoup de générations d’une même famille y habitent alors bravo, bravo, et encore bravo !!!!! Prémesques contre defrance : 2-1 !

  4. @Céline : je pense que vous n’avez pas compris le côté ironique du titre et de l’article. Avons-nous écrit que vous avez tort (ou raison d’ailleurs) ?

  5. Merde, moi qui avait un projet d’école du rire (le “North Haha Institute”) à Premesques avec une section consacrée à l’art du “second degré” , je vais être obligé d’aller ailleurs. Saloperie de bouseux !

  6. Ce qu’il faut bien préciser, et qui est capital pour bien comprendre le dossier, c’est qu’à la base la création d’un centre équestre à Prémesques était pour tout le monde une bonne chose. Mais tout s’est fait sans aucune concertation avec les habitants. Notamment et surtout la construction du bâtiment industriel (ça ressemble plus à ça qu’à un manège traditionnel) à la place des parkings initialement prévus.

    Autre point primordial, on se bat aussi pour la défense et l’outil de travail des agriculteurs, les vrais. Gérard Defrance avait et a toujours dans le colimateur des dizaines d’hectares à Prémesques, et pas que sur ces parkings. On se bat aussi pour garder ce caractère rural au visage, et préserver l’emploi agricole.

    Quant à l’abandon des extensions, on peut éventuellement les mettre à notre crédit, mais c’est beaucoup d’honneur. La vérité est certainement plus d’ordre financière, quand un projet passe de 30 à 60 millions d’euros, il n’est pas étonnant qu’on soit amené à réduire la voilure par ailleurs.

  7. Moi je dis bravo au Collectif sauvegarde de Prémesques. tout est dit dans son dernier post. L’absence de concertation avec les populations devient endémique chez nos élus. Ces derniers me laissent furieusement l’impression d’oublier leur vocation première qui est de représenter le peuple. Un conseil municipal ressemble de plus en plus à un conseil d’administration réduisant les électeurs au rang d’employés juste bons à donner quitus tous les cinq ou sept ans à ces professionnels de la politique complètement déconnectés des réalités humaines, sociales et environnementales. Le BTP est une véritable pompe à fric des partis et de leurs dignitaires, l’actualité de l’affaire du Carlton en est par ailleurs un exemple édifiant (en attendant les conclusions définitives, bien sûr).
    Au niveau des terres agricoles, rappelons que c’est l’équivalent d’un département qui disparaît tous les dix ans. A Nantes, on se bat contre l’extension irresponsable et criminelle de l’aéroport. Dans l’Aude (cf Le Canard Enchaîné de cette semaine) les agriculteurs sont confrontés à des projets pharaoniques de golfs. Plus près de nous, une déviation -en dépit des protestations de la population- va défigurer le terril de Pinchonvalles, dernier bio-top du Bassin minier pour relier la RD 51 au stade couvert régional de Liévin rénové à grands coups de dizaines de millions et dont le fonctionnement est sujet à caution (un bel avenir d’éléphant blanc!). Les quelques élus écolos du secteur n’ont jamais levé le petit doigt, pas même pour le dernier agriculteur du coin pour qui l’avenir s’inscrit en pointillés. Il s’est tourné vers les tribunaux.
    Prémesques est donc un exemple en terme de résistance et il faut espérer que ses “saloperies de riverains” en inspireront d’autres. Enfin espérons parce que pour l’instant il suffit de prononcer le mot “foncier” à un élu et cela provoque le même effet qu’un os tendu à un chien….

  8. NB: J’ai bien noté que les élus ne sont pas le sujet central du papier. Mais qui accorde les permis? cqfd

  9. @Pasdecalaislibre : en effet, comme vous le soulignez, on a anglé ce dossier sur les riverains. Mais rien ne nous empêchera de parler plus tard de ces fameux élus qui accordent des permis sans sourciller (et parfois quand ça les arrange) : une enquête – longue à réaliser, vous le comprendrez – est d’ailleurs en cours sur ce sujet.

  10. Nous sommes tous des “saloperies de riverains” en puissance. Et quand les élus font les sourds aux revendications de leurs électeurs, comme à Prémesques, pour diverses raisons : insouciance, absence de rigueur, laisser-aller, sans parler dans certains cas, de pots de vin sous des formes diverses et variées (je ne dis pas que c’est le cas ici, je n’en sais rien !), on arrive à des situations comme celle-ci où les citoyens de base doivent “sortir les fourches”. Le même phénomène se passe au niveau national, mais c’est un autre problème.
    Je veux en revenir plus généralement au rôle des maires qui ont une responsabilité écrasante dans la préservation des paysages en accordant des permis de construire sans considération des styles et des matériaux locaux. Pour la Flandre Intérieure que je connais mieux, il n’est pas rare de voir dans le moindre petit village flamand, où la couleur de la brique, de la tuile, des boiseries, la pente du toit, la forme des fenêtres, etc., .répondent à des règles précises, n’excluant pas des adaptations modernes dans le même esprit (je ne suis pas un défenseur des chaumières !), proliférer les pires horreurs concoctées par des entrepreneurs et des architectes incultes et des maires qui le sont autant et ne savent pas dire NON !
    L’individualisme des uns (“je construis ce que je veux, comme je le veux, où je le veux”), additionné au laxisme des maires, qui n’osant pas dire “non”, délivrent les autorisations de construire, aboutit à des défigurations irréversibles des paysages. C’est la métastase proliférante de l’universelle banlieue au fin fond des campagnes !
    Je pense que des commissions ad’hoc doivent être mises en place à l’échelle des petits “pays” pour fixer des règles en matière de construction, respectant les styles et l’esprit de chaque “pays” et qu’il faut d’urgence retirer aux maires le pouvoir d’accorder des permis de construire ! Malgré tout le respect que j’ai pour eux, ils ne sont pas les plus compétents dans ce domaine et ne doivent pas disposer du pouvoir exorbitant de défigurer nos paysages pour des siècles ! Ces commissions regrouperaient des architectes, des historiens, des élus locaux et des représentants de ces “saloperies de riverains” (NB : j’ai bien compris le 2nd degré!) et travailleraient sur la base de cahiers des charges précis.

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