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Semaine de l’allaitement : à Lille, “ils ont tout fait pour ne pas m’apporter de biberon”

DailyUne Par | 20 octobre 2011

A l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement, l’hôpital Jeanne de Flandre à Lille organisait une journée  d’information et de promotion de l’allaitement maternel. « Ici, nous sommes à 70% d’allaitement contre 50% en France », expliquait fièrement une puéricultrice dans le hall d’accueil avant d’ajouter « plus on informe les mamans, plus elles désirent allaiter ». Au risque de leur forcer un peu la main lorsqu’elles ne veulent pas ou plus allaiter ? C’est l’expérience qu’a vécu Laurence. L, 32 ans, travailleuse sociale, lors de son accouchement à Jeanne de Flandre il y a trois mois.

DailyNord : Souhaitiez-vous au départ allaiter votre bébé ?

Laurence L. : Je n’étais ni pour, ni contre, mais j’étais partie là-dessus parce que médicalement et financièrement, je trouvais ça plus intéressant.

DailyNord : Que s’est-il passé après votre accouchement ?

Laurence L. : Les premières têtées, ça a fonctionné. Mais très vite, j’ai eu extrêmement mal. Une douleur insupportable qui m’empêchait de continuer. J’étais obligé de repousser ma fille. Les puéricultrices m’ont dit que c’ était normal, qu’il fallait mettre de la crème,  des bouts de seins en silicone, etc.  J’ai tout essayé, c’était encore pire. J’ai alors demandé de passer au biberon.

DailyNord : Que vous a-t-on alors répondu ?

Laurence L. : Une puéricultrice m’a demandée : « Mais quel était votre projet ? ». Je n’ai pas saisi de quoi elle parlait, avant de comprendre qu’il s’agissait de savoir si je voulais allaiter ou non. Je lui ai dit que ça m’était égal et que l’important était que ma fille puisse manger. L’équipe médicale m’a alors expliqué qu’il fallait attendre encore. Que l’on pouvait donner de l’eau sucrée à ma fille et qu’elle pouvait tenir comme ça pendant 6 heures le temps pour moi d’avoir moins mal.

Des quotas de femmes qui allaitent pour obtenir un label…

DailyNord : Quels étaient leurs arguments ?

Laurence L. : Que si jamais on lui donnait un biberon maintenant, il serait trop tard ensuite revenir en arrière. Ils me donnaient l’impression que je ne comprenais pas l’importance de l’enjeu. C’était hyper culpabilisant.  J’avais le sentiment de mettre en péril la vie de mon enfant.

DailyNord : Quand vous a-t-on enfin fourni un biberon ?

Laurence L. : Quand mon ami s’est énervé. Pendant deux ou trois heures, une des puéricultrices très pénibles a fait des allers-retours, revenant à chaque fois avec une solution miracle ou de nouveaux arguments pour tenter de me faire changer d’avis. Ils ont tout fait pour ne pas m’apporter de biberon. A un moment, mon compagnon a haussé le ton « Vous ne comprenez rien. Elle vous dit qu’elle veut passer au biberon ! »

DailyNord : Et ça a marché ?

Laurence L. : Oui, elle m’a fait signer un papier qui spécifiait que je renonçais à l’allaitement. Puis après m’avoir apporté le biberon, elle est restée avec nous dans la chambre, visiblement soulagée et nous a dit comme pour s’excuser : « Je pense en effet que c’est la meilleure solution, mais j’ai des consignes. On essaye d’avoir le label « Ami des bébés » et pour cela il nous faut un certain quota de femmes qui allaitent ».

 

Crédit photo FlickR Etolane.

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3 Commentaires

  1. Un bien bel exemple de tyrannie lié à une pression des résultats!
    C’est tout bonnement honteux! Personne n’a le droit de remettre en cause ce que souhaite la maman pour son bébé pour le choix de l’allaitement ou du biberon.
    On vit dans une société qui a perdu bien des repères!

  2. Honteux en effet… un exemple qu’on prend les gens pour des moutons, il faut faire ce qui est à la mode à tous prix sans se soucier de l’avis, libre, de chacun. A quoi bon le libre arbitre si on nous interdit de réfléchir et d’agir par nous-même ? Aller, faut gonfler les statistiques avant qu’elles partent de la maternité, si elles ne veulent plus un jour après leur départ, c’est plus notre problème. Le but c’est d’avoir le label.

  3. Moi je trouve qu’ils ont bien fait! Rien n’est facile dans la vie et allaiter au début, ca prend un peu de volonté et d’énergie. Les bienfaits du lait maternel sont énormes comparés a aux biberons industriels. Donner un biberon c’est trop facile…

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