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Primaires PS : Le plus dur a déjà commencé

Le monde selon moi | Petit théâtre de Martine Aubry Par | 16 octobre 2011

Presque une défaite personnelle. L’écart entre la maire de Lille et son vainqueur résonne comme une correction. Treize points d’écart entre la première secrétaire et l’ancien premier secrétaire du PS. Il s’agit en fait de son deuxième échec d’importance après cette satanée journée des législatives de juin 2002 quand un inconnu de droite lui ravit son fief et la jette dans une traversée du désert dont elle sortira, sinon transfigurée, à tout le moins requinquée pour de nouvelles aventures.

Au fait, Martine Aubry y-a-t-elle cru ? Candidate de substitution après la mise hors jeu de DSK (et leur surréaliste pacte de Marrakech, vous vous souvenez ? ), entrée quasi à reculons dans la bagarre, confessant son appétence pour un simple ministère de la culture, l’ancienne ministre du gouvernement Jospin refait petit à petit son retard et trouve enfin ses marques avant de jouer son va-tout il y a une dizaine de jours juste avant le premier tour. Ses piques – ma foi assez acceptables – à l’endroit d’un François Hollande imperturbable n’auront donc pas suffi. Et jamais, malgré la méthode Coué surjoué et les déclarations de principe de son entourage, on a perçu chez elle une réelle envie. “Au fond, elle doit être soulagée…“, me confiait hier soir un pote socialiste. Il est vrai qu’une campagne présidentielle, vue des candidats, ressemble toujours à un fleuve de boue. Et, cet été, la maire de Lille a pu en juger avec les rumeurs qui ont couru sur son compte. De la part de ses adversaires, Hollande offrirait-il alors moins de prise aux critiques ?

Gauche molle” : l’expression fait mouche certes, et vise sans le désigner un Hollande accusé presque de veulerie. A contrario, c’est le spectre inquiétant d’une gauche autoritaire, idéologique, sinon dogmatique voire sectaire, que l’on aura retenu. Une gauche dure comme il y a une droite dure…Tout ce dont les Français, qui ont inventé la révolution contre leur propre absolutisme, ne veulent pas. Martine Aubry aura beau jeu de rectifier en gauche forte, le mal était fait. Aubry, c’était l’Etat dans toute sa rigueur et le pouvoir dans toute sa rectitude. Seconde erreur, que d’aucuns – Arnaud Montebourg – ont stigmatisé comme une faute, la mauvaise gestion par le PS et la première secrétaire du “cas” Guérini . Exemplaire, si l’on peut dire, des dérives d’un parti. Non impliqué directement dans le dossier marseillais, (on rappellera que François Hollande, à la tête du PS pendant onze ans, n’a pas fait grand-chose pour solutionner le problème des fédérations scélérates), le vainqueur de la primaire a finement joué. Enfin, la personnalité des adversaires. Martine Aubry s’est-elle trompé de combat en se lançant dans un scrutin de dimension nationale où près de trois millions de suffrages ont été exprimés ? Pardi, prendre la succession du patriarche Mauroy – et ce ne fut pas une partie de plaisir – dans une grande métropole régionale, c’est une chose. Solliciter les suffrages des Françaises et des Français, c’en est une autre. Comme  une sorte de cruel principe de Peter. Le costume de notable provincial à la sauce social-démocrate qui plaît partout à toutes et à tous est finalement plus seyant pour l’électeur lambda que les oripeaux technocratico-jacobins et gestionnaires d’une personnalité qui préside aux destinées d’une grande collectivité. Ajoutons un incroyable – au sens premier du terme – discours féministe pour une Titine de Fer aux antipodes du féminisme. La référence-gadget à Simone de Beauvoir au Panthéon est vite tombée à plat.

Une autre erreur de la candidate à l’investiture, quasi ontologique, c’est la candidature elle-même. Déjà mal élue au congrès de Reims comme numéro un de son parti, portant comme une croix les sarcasmes liés à un scrutin frelaté, Martine Aubry n’aurait pas dû tenter une seconde fois le sort. Mais voilà, dans l’ADN du PS, à la différence de la droite, et c’est la rançon de la prégnance partisane, le premier secrétaire dispose d’une forme de légitimité qui lui fait envisager dans tous les cas de figure la compétition suprême, même après le cataclysme DSK. Les entourages et les clans font le reste. Exceptions : en 2002, Hollande s’efface devant Jospin premier ministre et…ancien premier secrétaire, et en 2006, le même, toujours maître de Solférino, range ses rêves d’affronter la droite et laisse le champ libre à son ancienne compagne, Ségolène Royal, alors au firmament des sondages et propulsée par les nouvelles techniques de propagande (elle écrasera ses rivaux Fabius et DSK lors de la primaire fermée). Et ceci explique cela. Le président du conseil général de Corrèze avait tellement à coeur de venger l’affront. Etonnant paradoxe. Avec ces primaires ouvertes, c’est Hollande qui efface Reims et ses miasmes de tricherie et c’est Aubry qui ploie sous le souvenir sombre d’un congrès qui l’a faite reine et qui avait plongé les socialistes – et au delà, l’électorat de gauche – dans la stupeur. C’est l’ancien patron du PS qui cueille les fruits d’un parti indiscutablement rénové et qui a renoué le dialogue avec le peuple de gauche, et c’est l’actuelle chef qui l’a remis sur les rails, désormais contrainte de quitter la scène. Le PS se prend par la gauche et la maire de Lille avait ainsi mené sa conquête rémoise (Hamon-Emmanuelli). Mais, et c’est l’un des grands enseignements de ces primaires, une investiture présidentielle peut se régler au centre et même vers le centre. Les clins d’oeil d’un Valls, rallié à Hollande, à l’endroit de François Bayrou, sont clairs comme de l’eau de roche. Un vrai défi pour le PS souvent déporté sur sa gauche sous l’influence des idéologies, des jeux de congrès et des palabres de coulisses.

Le plus dur commence donc. Désigné largement – oui, c’est bien Reims qu’on oublie – Hollande s’attelle dès lundi, à recoller les morceaux d’équipes éprouvées que l’on n’espère pas divisées. Premier gros boulot : lui, qui n’est plus le patron du PS, va devoir constituer une équipe de campagne autonome tout en se ménageant la logistique et les moyens du parti socialiste. Avec Martine Aubry comme superintendante.

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1 Commentaire

  1. Une manchette de la gauche “molle” et KO technique à la pseudo gauche dure. La photo de 3e page de VDN montre PK PdS et AL en complète léthargie, mal réveillés. Derosierexprime un contentement assassin. ET P Mauroy definitivement dans les oubliettes, bon vent. Photo de Kucheida hilare et du maire de Lens souriant…

    Ce parti de notables chenus, accrochés à leur sièges comme des tiques à la peau du chien et de fringants collaborateurs futurs apparatchiks du PS à costard armani, l’oreille collée au portable a préféré le type normal mais fûté et intelligent. Difficile de penser que le PS s’est renové. il va simplement falloir negocier avec le Centre pour mettre de côté le president effronté qui est à l’Elysée.

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