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DSK : Le piège féministe

Le monde selon moi | Petit théâtre de Martine Aubry Par | 04 juillet 2011

Si DSK revient dans la course à la primaire et à la présidentielle, son plus gros écueil sera le vote féministe (avec l’argent). Les révélations s’accumulent sur son accusatrice, Naffissatou Diallo, qui n’est plus la jeune femme de ménage pauvre, pure et vierge d’il y a six semaines. N’en rajoutons pas : on ne tire pas plus sur un fourgon cellulaire qu’on ne tire sur une ambulance. Incroyable retournement de situation aux grandes conséquences politiques, et pas seulement électorales.
Les vrais ennemis de l’ancien patron du FMI sont les moralistes dignes de la sainte inquisition qui se sont déchaînés et acharnés depuis le 15 mai au matin. Un raz-de-marée aux racines puritanistes mais pas seulement. Une sorte de vague géante néo-sartrienne, aux limites du négationnisme. Souvenons-nous du philosophe de l’existentialisme qui déniait à la classe ouvrière le droit de connaître l’existence du goulag et les impasses du communisme et proférait des âneries irresponsables du haut de son bidon : ” Il ne faut pas désespérer Billancourt“*.
Comment peut-on poursuivre une juste cause – ou une cause que l’on estime sincèrement juste – avec le mensonge et l’aveuglement ? Le premier jour de l'”affaire”, la seule victime réelle et certaine était Anne Sinclair (voir billet : Une victime non présumée), l’épouse du prévenu, ce dernier et sa prétendue victime – la femme de chambre – restaient dans le champ de l’incertitude, donc du doute. Jusqu’à il y a peu. Une partie des leaders d’opinion féministes ont entonné le choeur de l’indignation mécanique. Comme on conduit un bull-dozer dans un magasin de porcelaines. Certaines déclarations récentes de certaines avocates de la cause féministe sont à la limite de la mauvaise foi. On est pas loin de regretter que DSK, qui n’est pas un saint, devienne hors de cause. Mauvais pour la cause, ça ! Comment ne pas désespérer le féminisme ? Quand une idée gnan-gnan fait dans le pan-pan. Peu importe qu’un innocent – au sens juridique – soit réputé coupable, si cela sert une idée, fût-elle juste. Ah, s’il était resté l’animal – on a même prononcé le mot de chimpanzé – libidineux et criminel qu’on a tant voulu décrire : quelle aubaine pour dérouler tranquillement les arguments d’une juste cause. Et le féminisme en est une, au même titre que la lutte contre le viol, le harcèlement sexuel ou les violences conjugales. Si difficile à défendre, on le voit bien.
Nous pourrions dans les semaines à venir voir prospérer sinon encourager l’autre dossier scabreux qui pèse sur la tête de DSK, franco-français celui-là, celui de Tristane Banon, dont les faits remontent à quelques années, et que l’on cherche déjà à désamorcer. De bonne guerre, dira-t-on.
Mutatis mutandis, il y a des points communs avec l’affaire Dreyfus. Je n’ai pas peur d’une telle comparaison. Le féminisme corrompu dans le rôle de l’armée revancharde frappée de cécité, la parité et la place des femmes dans la société comme une Alsace-Lorraine d’aujourd’hui, et le procès moraliste fait à DSK comme le symétrique de la dégradation du capitaine D.. Accusations mensongères, pilori, embastillement**, raison morale comme il y a une raison d’Etat, opprobre national. Une micro-affaire Dreyfus*** qui n’honore pas notre république d’opinion, mais c’est la rançon du système médiatique et de son carburant, les lobbies et les communautés de passions. La guerre civile est une spécialité de l’histoire de France. Pourvu que le féminisme ne devienne pas le communisme du XXI ème siècle !
Depuis 1986, les études montrent que les femmes votent majoritairement à gauche après une période quasiment ininterrompue de vote à droite. Si Dominique Strauss-Kahn revient sur le devant de la scène politique, il reste à souhaiter que le vote féminin ne soit pas pris en otage par son double féministe. Et que ce dernier ne se mette à conjuguer le vieil adage : “Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

* Quatre jours à la prison de Rikkers Island pour DSK reste naturellement moins éprouvant que quatre ans de bagne à l’Ile du Diable pour Dreyfus.
** Evidemment, il y a plusieurs interprétations de cette expression. Certains historiens en font remonter l’origine aux grèves d’avant la première guerre mondiale, d’autres aux années cinquante en plein compagnonnage avec le PCF pour répondre aux critiques et dédouaner les crimes de Staline et de son système. Sartre lui-même la place dans la bouche d’un des ses personnages de sa pièce Nekrassov mais en l’inversant : “Désespérons Billancourt ! “.
***Le problème, c’est qu’elles se multiplient ces micro-affaires : il y a quelques années, le cas Baudis/Alègre était une sorte de prélude. La tragique affaire d’Outreau est certes beaucoup plus lourde en termes d’incarcération mais ne mettait pas en cause des personnalités publiques.

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