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Primaires PS : Martine Aubry est-elle vraiment reine en son royaume ?

DailyUne | Réflexions Par | 27 juin 2011

La grande bagarre peut donc officiellement commencer. Mardi, le Parti Socialiste ouvre ses Primaires et Martine Aubry devrait – très probablement – déclarer sa flamme à l’électorat de gauche dont elle sollicite les suffrages. Fini le temps des escarmouches, place à la mêlée des socialistes : Aubry, Hollande, Montebourg, Royal, Valls…A l’étage régional, on fait aussi entendre quelques différences :  car Martine Aubry est-elle vraiment reine parmi les principaux élus socialistes du Nord – Pas-de-Calais ? DailyNord leur a demandé de se prononcer. Principales positions, entretien avec l’un des soutiens d’Hollande… et surtout analyse. Entre silences et allégeances.


Afficher PS : la carte des allégeances sur une carte plus grande
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Députés, sénateurs, maires des grandes villes de la région (plus de 30 000 habitants), présidents des collectivités (conseils généraux, conseil régional). Tel était notre casting socialiste pour connaître la tendance de la région : pour Aubry, pour Hollande, pour Royal ou pour un autre. Un petit mail plus tard, voici donc le résultat des courses sur la carte (élus placés selon leur secteur géographique d’appartenance) et l’analyse ci-dessous. On remarquera un nombre relativement important de non-réponses (quand l’élu est juste suivi de deux points).  On l’analyse comme on veut (pas envie de nous répondre… ou de se déclarer). Pour certains, qui n’avaient pas répondu également, le positionnement était tellement clair que nous nous sommes donc permis de l’indiquer. Et bien évidemment, si vous connaissez l’allégeance d’un tel ou d’un tel, n’hésitez pas à commenter, on le rajoutera.

 

Que retenir des réponses ?

Visiblement, l’hésitation domine dans ces élections d’un nouveau genre. Processus des primaires ouvertes oblige – un exercice nouveau pour le parti socialiste et la gauche – et… soumissions risquées : les Législatives suivent dans la foulée de la Présidentielle (on peut même inclure les échéances territoriales de 2014 : la contraction des places en jeu, qui seront plus chères, entraîne mécaniquement une flambée des allégeances) et quel que soit le résultat de cette dernière, les investitures et les soutiens du parti restent dans la main de l’état-major de la Rue-de-Solférino qui distribuera bons et mauvais points* en temps voulu. Carrières personnelles obligent, mieux vaut faire attention ! Le natif de Malo-les-Bains et député-maire de Grenoble, Michel Destot, vient de rejoindre Martine Aubry, désormais candidate. Et dans la région ?

– Les choses sont assez floues en fait. Beaucoup d’atermoiements chez pas mal de grands élus et parlementaires, indécis et discrets sur leur for intérieur. L’élimination de DSK, qui comptait nombre de soutiens dans la région, y est certes pour beaucoup. Mais Martine Aubry n’est pas reine en son royaume. Pas encore ?

– Parmi les grands élus qui nous ont répondu, le Pas-de-Calais semble “hollandais” (voir l’entretien avec Frédéric Cuvillier, député-maire de Boulogne-sur-Mer, ci-dessous). C’est d’ailleurs à Boulogne-sur-Mer que François Hollande a lancé les Primaires… C’est aussi dans le Pas-de-Calais que l’on retrouve le club de soutien Répondre à gauche Pas-de-Calais, avec Frédéric Cuvillier, bien entendu, mais aussi Odette Duriez, Albert Facon et Jean-Pierre Kucheida, tous trois députés également. Le Nord est partagé entre Aubry et Hollande. Beaucoup d’entre eux s’étaient affichés pour Ségolène Royal en 2006 et 2007…

Patrick Kanner doit faire oublier son soutien… à Ségolène Royal en 2006

– On remarque que les deux patrons des conseils généraux se sont ralliés au panache de Martine Aubry. Patrick Kanner pour le Nord a habilement géré la succession de Bernard Derosier en se rangeant dans la roue de la première secrétaire et maire de Lille. Pas question de changer de sillage pour celui qui a laissé la présidence de la section socialiste lilloise pour mieux prendre celle du département avec la bénédiction de la patronne du PS. Il lui fallait faire oublier qu’il avait soutenu Ségolène Royal en 2006…
Et Dominique Dupilet, président du conseil général du Pas-de-Calais, apparait presque comme une exception dans son département. Fabiusien historique (tout comme le lillois Alain Cacheux), il était logique qu’il se range derrière la position de l’ancien premier ministre, soutien national de Martine Aubry.

Le Nord est plus partagé. En particulier sur la métropole lilloise. Certains grands élus pensent-ils à leur participation aux majorités dirigées par Martine Aubry ou ses proches ? Michel-François Delannoy, le maire de Tourcoing, ou Dominique Baert, celui de Wattrelos (par ailleurs député), réservent leur soutien. A priori proches de DSK l’un et l’autre. Et a posteriori à équidistance des candidats déclarés. On rappellera que le premier édile de Tourcoing est un partisan de Martine Aubry à la communauté urbaine. Et qu’il pourrait lui succéder si cette dernière est élue présidente…

Toujours sur la métropole, la garde rapprochée de la maire/première secrétaire veille au grain : Pierre de Saintignon, Audrey Linkenheld, Yves Durand, le maire de Lomme, et Gilles Pargneaux, celui d’Hellemmes et premier fédéral (on peut y ajouter le maire de Roubaix, René Vandierendonck). Bernard Derosier, le député de la seconde circonscription, qui n’a jamais caché son aversion pour la maire de Lille, se range naturellement aux côtés d’Hollande. En 2006, lui et François Hollande, grand manitou du parti, avaient blackboulé une certaine Martine Aubry qui lorgnait sur le fief. Un autre Bernard – Roman – est dans le même cas (voir ci-dessous).

Les barons Delebarre et Percheron n’en pincent pas pour Aubry

Daniel Percheron, président du conseil régional Nord – Pas-de-Calais, appuie l’ancien patron du PS plutôt que l’actuelle. Lui qui n’a jamais oublié ses racines pasdecalaisiennes (Liévin et Boulogne-sur-mer, en particulier) semble avoir pris quelques distance avec la maire de Lille… De même, le statut de première fédérale du Pas-de-Calais de Catherine Génisson, ex-strausskahnienne, lui interdit-il un choix clair ? La difficile gestion des affaires du département (Hénin-Beaumont, montée du FN, sections dissidentes,…) exige doigté et…réserve (mise à jour dans la journée du lundi 27 juin : on nous signale qu’elle s’est positionnée clairement pour Martine Aubry sur son blog, vendredi).

Un autre grand baron “hollandais” c’est Michel Delebarre, futur sénateur-maire de Dunkerque. L’ancien dauphin évincé de Pierre Mauroy n’en a jamais vraiment pincé pour la dauphine installée qui a réussi là où il s’est échoué. Avec Bernard Derosier et quelques autres, ils forment dans la région un maul de résistance à l’hégémonie aubryenne encore inachevée. Bernard Roman, autre dauphin évincé, entre aussi dans cette catégorie (le député fait partie de l’équipe de campagne de Hollande).

Pierre Mauroy. Le gardien du temple des socialistes ne s’est pas encore prononcé. Il aime bien François Hollande et ne peut désormais désavouer Martine Aubry, deux de ses successeurs à la tête du PS. Mais son choix sera forcément dicté par l’intérêt supérieur du parti. L’ancien premier ministre de Mitterrand sait mieux que personne qu’en cas de quatrième défaite à l’élection suprême, c’est la “vieille maison” qui risque de s’écrouler. Sans oublier que ces primaires concerne l’électorat de gauche et débordent largement le cadre militant. Ce que confirmait sur France 3 un Guy Delcourt, député-maire de Lens, jospinien canal historique (donc théoriquement “hollandais”), qui ne veut pas se prononcer pour ne pas troubler le choix des militants et qui s’était signalé par son attitude anti-primaires et sa violente posture anti-Royal (personne n’a oublié sa lettre ouverte à l’ancienne candidate à la présidentielle)…

– Rien sur le soutien de Jack Lang, député du Pas-de-Calais. Mais quel qu’il soit, son choix voudra apparaître sincère.

* Le raisonnement est un peu différent pour une promotion gouvernementale – en cas d’alternance, bien sûr- : pour les réduire au silence, il est souvent pertinent de faire entrer des opposants internes dans un gouvernement et de les priver ainsi de parole publique.

Frédéric Cuvillier met le cap sur le Hollande : “Il est le mieux placé pour battre Sarkozy”

Frédéric Cuvillier est convaincu que François Hollande est le meilleur candidat de la gauche pour le grand soir – éventuel – de mai 2012. Le député-maire boulonnais est un solide soutien de l’ancien patron du PS. Entretien avec un « hollandais » qui a jeté l’ancre à Boulogne-sur-mer et anime sa campagne des primaires dans le département. D’ailleurs, ce mardi, François Hollande passe ses troupes du Pas-de-Calais en revue… le jour où Martine du Nord annonce son entrée en lice.

frederic-cuvillierDailyNord : Pourquoi François Hollande ?
Frédéric Cuvillier : Il est le mieux placé pour battre la droite et Sarkozy. Toute sa démarche est orientée vers cet objectif. Il est le mieux préparé. Il est le plus grand dénominateur commun avec le plus grand nombre. A gauche et au-delà.

DailyNord : Le chemin est encore long, non ?
Frédéric Cuvillier : C’est un exercice nouveau pour le PS. Une sorte d’élection à quatre tours, en fait. Les primaires et la présidentielle.

DailyNord : On reproche à François Hollande de n’avoir jamais été ministre…
Frédéric Cuvillier : Je ne comprends pas cet argument. Ceux qui l’emploient sont dans la nostalgie. Celles des années 80, 90. Il a été premier secrétaire d’un parti de gouvernement pendant onze ans. J’ajoute qu’il s’agit également de renouveler la vie politique.

DailyNord : – En cas de 50/50…on verra resurgir un avatar du congrès de Reims…
Frédéric Cuvillier : C’est vrai le candidat désigné doit sortir renforcé de ces primaires. Voilà pourquoi la dimension du comportement et de la responsabilité est importante.

DailyNord : – Ségolène Royal, troisième dans les sondages pour ces primaires, peut-elle être l’arbitre de ce duel ?
Frédéric Cuvillier : Attention, nous ne sommes pas dans les logiques précédentes, celles des congrès du parti socialiste. Les primaires sont une grande nouveauté. D’une grande complication, également. Je ne l’avais pas souhaité d’ailleurs. Mais maintenant il faut respecter les règles du jeu. Il faut sortir de la culture de congrès. François Hollande l’a bien compris.

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