Villepin : La guerre à Dodo

Avec son air de condottiere de la Renaissance descendu d’un tableau du Titien, Dominique Galouzeau de Villepin fait illusion et nourrit les siennes. Car enfin, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac n’a que très peu de chances d’accéder au second tour de la présidentielle. Sa candidature est celle d’un témoignage qu’il voudrait de combat. Quand on se prétend dépositaire de la vraie croix du gaullisme – un créneau toujours encombré, à l’approche d’une échéance présidentielle -, il faut y mettre les formes. Entre lui et Nicolas Sarkozy, il n’y a que dagues ensanglantées et complots meurtriers, alors, oui, cela alimente une légende réputée sombre. Mais cela fait-il une espérance ? Quelqu’un peut-il expliquer à Villepin que nous sommes onze années après le début du troisième millénaire et que le monde n’est plus celui de l’immédiat après-guerre, quand les tables de la loi du conseil national de la Résistance inspiraient le redressement de notre pays. Il y a des candidats, réels ou supposés, hors-sol (DSK), hors-jeu (Nathalie Arthaud), hors-limites (Marine Le Pen, quoique…, Jean-Luc Mélenchon). Il y a des candidats hors-histoire. Confondre guerre mondiale et mondialisation est une faute qui tient de l’anachronisme. Lui voudrait être à l’image de l’homme du 18-juin et du 13-Mai. Providentiel et suprême. Le programme qu’il dévoile à petites touches puise sans vergogne dans ce gaullisme social qui rassemble à grands coups de louche populaire et dirigiste. Un revenu minimum, des entreprises réconciliées avec leurs salariés, un impôt citoyen pour tous (chic !), une France « désotanisée », des régions fortes et un couple franco-allemand qui entraîne l’Europe,…L’homme a l’expérience de l’Etat et connaît ses classiques. C’est la trame de ses visites de prétendant : et une fonderie dans le Denaisis, et la maison natale de de Gaulle dans le Vieux-Lille,… Question : l’autorité paternaliste du Commandeur de Colombey-les-Deux-Eglises fait-elle encore recette ? Personne n’a oublié que Villepin à Matignon a mis la France dans la rue avec son CPE et les banlieues à feu et presque à sang. Comme si le président de République solidaire commençait par un mai-68 rabougri: autant dire entrer à reculons dans l’Histoire. Gageons que Villepin n’ira pas au bout de son aventure : l’homme est trop épris de lui-même pour endosser à vie les hardes d’un Caïn qui tue sa famille naturelle et coupe les jarrets de ce Sarkozy tant honni. Sans oublier le nerf de la bataille : l’argent. Et c’est là que s’arrête la comparaison avec l’époque des Borgia ou des Médicis. Son poison à lui, c’est cet orgueil personnel qui lui fait préférer au plus haut point la haute littérature à laquelle il prétend. Villepin a de la personnalité mais il est surtout un personnage. Qui choisit ses rôles. Pardi, certainement pas celui d’un traître ambitionnant l’Académie française ! Les cavaliers seuls manquent rarement de panache, c’est même cela qui les fait galoper. Mais ils manquent cruellement de ce souffle – un comble pour ce marathonien – qui fait la différence entre les Bonaparte et les Don Quichotte.

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