DailyUne | Réflexions Par | 08H05 | 14 avril 2011

Les valses de Borloo

Retour sur Jean-Louis Borloo, cet artiste de l’entrechat, qui a annoncé son départ de l’UMP il y a quelques jours. Pas une surprise quand on sait que l’homme évolue depuis plus de vingt ans sur la scène politique, régionale d’abord, nationale ensuite, avec la subtilité d’un danseur de tango : un pas à gauche, un pas à droite, une cabriole par-ci, un pas de côté par-là. Un vrai virtuose, l’ancien maire de Valenciennes. Il n’a jamais quitté le centre de l’échiquier politique, s’autorisant par là-même toutes les hypothèses, nourrissant toutes les conjectures, suscitant autant de rumeurs qu’une starlette de variétés. Rappel des faits.

On a presque envie de lui dire :”Laisse aller Jean-Louis, c’est une valse”. Une valse-hésitation. La liste est longue, des accointances aux amourettes, des infidélités aux engagements sans retour, pour un parti, pour un mouvement, pour une alliance, ou tout simplement, pour l’aventure. Borloo a fréquenté (dans le désordre) : Génération Ecologie, qu’il a portée sur les fonts baptismaux, le parti social-démocrate de son père en politique dans la région, Francis Decourrière, le centre des démocrates et sociaux de Simone Veil, Force Démocrate et l’UDF (de François Bayrou), l’UMP, évidemment, et dernièrement le parti radical. Quand, voici deux décennies, il affolait les boussoles des notables du Nord-Pas de Calais et qu’on lui demandait de se présenter, il répondait, non sans malice : “Borloo…baptisé catholique”. Autant dire que le monsieur est prudent. Ni calotin, ni laïcard. Catho, comme vouzémoi , comme papa et maman.

D’un parti à l’autre

Une distance que l’on retrouve encore aujourd’hui si on le questionne sur ses intentions présidentielles. Aux partis sus-mentionnés, il convient d’ajouter le parti socialiste. Alors qu’ il s’escrimait à manoeuvrer le bateau PS, Pierre Mauroy, toujours à l’affût de sang nouveau pour son parti, l’a couvé du regard, ce diablotin doué et atypique. Bernard Roman, alors patron de la fédé nordiste, confesse avoir entrepris Dieu (Mitterrand) lui-même pour éviter une greffe hautement improbable. Bigre ! Le jeune trublion, bouille de Gavroche surspeedé, qui donnait l’impression de jouer à la marelle avec les partis du moment, sautillant de l’un à l’autre, avait conquis l’hôtel de ville hennuyer de haute lutte à la tête d’une liste de “socios-pros” et menaçait de récidiver aux Régionales de 1992.

La folle nuit des Régionales 1992, le prélude de la girouette

Justement, cette folle nuit de mars 1992* qui aurait pu être le printemps de Borloo fut le théâtre de toutes les alliances et mésalliances imaginables et inimaginables. On savait la proportionnelle capricieuse et le scrutin de liste imprévisible, mais à ce point ! Entré dans l’hémicycle régional le jour de l’élection du président avec une maigre portion de suffrages, Borloo et sa bande de fieffés ruffians faillirent en sortir nantis de la plus hétéroclite des majorités. Trois tours de scrutin plus chauds qu’un haut-fourneau valenciennois et les espoirs de celui qui “faisait” de la politique depuis à peine trois ans s’envolèrent comme un vol de moineaux à la vue du chat. On dit que les grands sachems de l’époque ont tripatouillé le sort des urnes : Georges Marchais, François Mitterrand, Brice Lalonde, Jean-Marie Le Pen, Jean-Pierre Chevènement… L’enjeu était certes de taille et le symbole digne du marbre de l’Histoire. Une vraie foire, un vrai souk, cette nuit décisive où une certaine écolo du nom de Marie-Christine Blandin chipa le sceptre aux socialistes. Borloo montra alors ses étonnantes capacités de girouette, jamais démenties par la suite. Là où il est, son premier parrain, un certain Edgar Faure, zézayant parangon du zig-zag en politique sous la IVème République, souriait mystérieusement, satisfait de son rejeton à qui il avait appris quelques-uns de ses bons tours. Avec Chirac, ça a marché, qui lui a proposé un beau premier maroquin, à la Ville. Avec Raffarin aussi. Et Sarkozy, avec qui il partage beaucoup de points communs (l’argent, la jet-set, la robe des avocats…), – l’aime bien mais cela va-t-il durer ?

La danse du centre

Aujourd’hui, Jean-Louis Borloo cultive toujours une posture d’expectative, préférant être courtisé plutôt que convoiter. Etonnant : cet ancien écumeur des tribunaux de commerce qui a fait fortune avec le malheur des entreprises, le blitzkrieger de Valenciennes, s’est trouvé une foi de missionnaire dans ses démêlés partisans. On dira qu’il a fait de son indécision un atout de négociateur. Il en aura besoin pour s’octroyer ce centre – Les anti-sarkozystes de droite, de gauche et d’ailleurs – promu boite de Pandore de la prochaine présidentielle. . Mais attention, notre député nordiste fait parfois penser au chat qui dort et le vieux matou – il est sexagénaire depuis quelques jours – a toujours un coup de patte en réserve.

* Pour un portrait plus étoffé, on se référera au livre de votre serviteur Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, (Les Lumières de Lille, 2007) et à L’Impossible Monsieur Borloo, de Vincent Quivy (L’ Archipel-2007).

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