Borloo entre chien et loup

Le suspense continue. De l’émission d’hier soir (A vous de juger), on peut tirer trois conclusions.
1. Jean-Louis Borloo n’est pas encore décidé mais il y pense. Rien de neuf sous le soleil d’avril. Si J-L Borloo plonge dans la fournaise d’une présidentielle, il prend un risque immense, celui de faire perdre Nicolas Sarkozy, président sortant. Une tunique de Nessus qui hypothèquerait son avenir politique (voir ci-dessous), a fortiori s’il reste positionné au centre-droit de l’échiquier politique. A moins, pour l’ancien maire de Valenciennes, de passer avec armes et bagages dans l’autre camp…Et c’est là que DSK entre sur la scène du patron du parti radical. Figure du centrisme, nourri en politique au lait estampillé opportuniste d’Edgar Faure, qu’il a côtoyé dans sa jeunesse, la girouette Borloo sentira vite le vent tourner sous le souffle présumé puissant d’un DSK champion de la gauche modérée. Et Borloo de compenser au second tour par les voix du centre-droit les réfractaires à l’homme de Washington, repliés à la gauche de la gauche, disons une grosse louche entre 5 et 15 % qu’il apporterait aux pieds du loup DSK. Dans la foulée, ce dernier en fait son premier premier ministre. La boucle est bouclée. Avec en prime une recomposition du paysage national : bigre, un président et un PM tous deux centristes ! Petit bémol : gérer les législatives d’après présidentielles, de quoi faire éclater la toute jeune alliance centriste pas encore accouchée, et pousser à la recomposition du paysage. Variante élyséenne, refaire le coup de Giscard en 1974, qui, avec le ralliement des 43 députés au candidat du centre d’alors, avait coupé en deux l’UDR (à tel point que Chirac, chef de la manoeuvre, mettra trois ans à recoller les morceaux avec le RPR), puis coupé l’herbe sous le pied du candidat naturel Chaban, et porté Giscard à l’Elysée. L’UMP 2011, méchamment travaillée par des forces centrifuges, comme l’UDR de 74 ? Le futur groupe parlementaire centriste (Les 43 ! auxquels il s’agira d’ajouter tout ou partie des sénateurs centristes issus du scrutin de septembre), véritable aimant pour élus tièdes sur le bilan du quiquennat, l’arrivée de Rama Yade qui coupe les ponts avec l’UMP, donnent du poids à un tel scenario. Borloo* serait alors à la recherche d’un félon. Un chien d’infidèle (la métaphore est presque inconvenante. J’en conviens). Reste à confirmer un tel tempérament. Borloo n’est pas Chirac.

2. Le parti radical s’émancipe de l’UMP. Ce qui signifie qu’une candidature du centre ne pourra faire l’économie de l’influence des radicaux valoisiens, désormais positionnée en cheville ouvrière de l’ alliance des centres en cours d’émergence. Borloo retrouve donc Bayrou qui a un temps d’avance sur l’électorat centriste, infidèle mais qui a de la mémoire (6/7 % en 2002, vote d’adhésion, 18,5 % en 2007, vote de défiance vis-à-vis des deux premiers Sarkozy et Royal). L’ancien troisième homme de 2007 et l’ex-ministre de l’écologie sont donc adversaires déclarés. Le centre est une nébuleuse, certes, mais elle n’est pas assurément assez grande pour abriter deux candidatures (et je ne parle pas de Morin du Nouveau Centre et des autres…). En d’autres termes, Borloo peut faire perdre Sarko, mais Bayrou peut plomber Borloo.

3. L’ambition personnelle de J-L B est de devenir premier ministre en 2012. Pour – probablement – mieux fondre sur Paris en 2014. Pari risqué tant l’habit de l’hôte de Matignon s’effiloche à la vitesse du TGV. Mais après tout, le scenario a convenu en son temps à Chirac (PM de 1974 à 1976, élu maire de Paris l’année suivante). Et je maintiens qu’il pourrait réviser son ambition à la baisse (pardi, il faudra caser Monsieur Fillon et Madame Dati dans la capitale) et se souvenir qu’il est élu du Nord depuis 1993 et qu’il tenta par deux fois l’aventure régionale. Jamais deux sans…

* Interrogé l’année dernière par France 3 Nord-Pas de Calais, le ministre de l’écologie avait fait preuve d’une modestie que l’on veut croire franche quant à son envergure présidentielle…De même, une telle hypothèse induirait un fort affaiblissement de Sarkozy, qui n’est à ce jour avéré que dans les sondages.

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