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Les noyés de la Deûle vus par Le Nouveau Détective

DailyUne | Rebrousse-poil Par | 29 mars 2011

Vous aimez les faits-divers ? Et vous n’en avez pas assez dans votre ration de presse quotidienne régionale ? Rassurez-vous et filez au kiosque. Le Nouveau Détective vous offre pour 1,60 euros les meilleurs faits-divers de la semaine. Ça tombe bien, dans l’édition du 16 mars, on parlait des noyés de la Deûle (et de la fusillade de Leffrinckoucke). Du reportage de haute volée, envolées lyriques et enquête poussée à l’appui. Et mieux vaut fuir Lille tout de suite, parce que la capitale des Flandres est extrêmement dangereuse.

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Lillois, attention, votre ville est dangereuse ! Même très dangereuse ! Vous ne nous croyez pas ? Vous devriez pourtant courir vous acheter Le Nouveau Détective daté du 16 mars. Car un reporter est venu mener l’enquête suite au quatrième corps retrouvé dans la Deûle (qui n’a rien à voir a priori avec la fameuse affaire, si tant est qu’il y ait une affaire, mais là n’est pas le débat). Un titre choc : « On a retrouvé un quatrième noyé dans la Deûle. Sur les traces du « Pousseur »…. Un chapô à faire frémir mamie : « Ici, on ne croit pas à une coïncidence (…). Alors, j’ai mené l’enquête le long du canal, et après ce que j’y ai vu, je dois le dire moi aussi, j’ai eu peur… » Le ton est donné et était de toute façon bien posé dès la Une du canard (ce qui nous avait incité à l’acheter avec cette intention maligne d’en faire un papier…) : « La terrifiante enquête de notre reporter : « Ce que j’ai vu la nuit, le long du canal… ». Trois points de suspension qui en disent long : à Lille, il ne vaut mieux pas sortir la nuit (trois points de suspension)… Ni même le jour tant qu’à faire.

Tout le monde parle de Jack Le Pousseur… même quand on n’en parle pas

On l’a dit : rien que le titre et le chapô mettent dans l’ambiance. Comme la mise en page d’ailleurs. La Une d’un canard avec les trois disparus, une photo inquiétante de la Deûle, une rue du Vieux-Lille prise de nuit, déserte… et flippante. De quoi carrément annoncer le contenu du papier. Et si l’on pouvait s’interroger il y a quelques semaines sur l’importance aux événements donnée par la presse quotidienne régionale (Le Chafouin l’avait fait sur Pensées d’Outre Politique avec Disparitions à Lille : décorticage d’un naufrage médiatique), là, les ficelles du fait-divers sont tirées à l’extrême. Notre reporter, venu pour la nuit, a vu des choses. Et tient à le faire savoir (à son rédacteur en chef ?). D’ailleurs, ce n’est même pas lui qui lance la conversation au premier café dont il pousse la porte. Mais bien le patron de bar : « Et de quatre, me lance-t-il d’un air lugubre. Vous  y croyez, vous, à une coïncidence ? » Alors bien sûr, le journaliste tempère, face au bavard : la police refuse de faire le lien entre les morts, mais rien n’y fait. Un habitué s’y met et enfonce le clou : un coup de Jack le Pousseur, le surnom qui traîne à Lille…

Première personne du singulier s’il vous plaît

Ce qui permet au journaliste de lancer son enquête. A la première personne du singulier, c’est plus concernant. On rappelle les faits, et surtout, « à la tombée de la nuit », on va faire un tour (seul ? Nous, on n’oserait pas…) au bord de la Deûle. Un peu de style pour allonger le reportage (« la surface de l’eau, lisse comme un miroir », « l’heure charnière, entre chien et loup »), quelques approximations (la Catho qualifiée uniquement de fac de droit), le voici rendu au « Petit pont du Paradis, le mal nommé » (surtout qu’il s’appelle en réalité le Pont du Petit Paradis), puis du côté où l’un des jeunes hommes a disparu alors « qu’il tenait très bien l’alcool »(une citation des proches) et que malgré l’absence de traces de coups, « cela ne prouve pas qu’il n’a pas été poussé dans l’eau… » (le commentaire du journaliste). Trois points de suspension, encore. Jusqu’au Parc Vauban « ce parc inquiétant », qui l’est encore plus quand on y revient en plein jour : « Il n’est qu’à voir le nombre de seringues et de préservatifs que ramassent chaque matin les employés de la mairie pour imaginer le genre de bacchanales qui s’y déroulent à l’écart des regards indiscrets. » C’est d’ailleurs la clé du mystère, ce parc, selon notre enquêteur, qui a consulté un plan pour voir que les trois noyés l’ont traversé ou sont passés à proximité. En même temps, pour aller du côté de la Deûle à Lille, difficile de l’éviter…

 

A Leffrinckoucke, « Le crime d’être maman »

On en avait pour notre argent ce mercredi 16 mars. Car en plus des disparus de la Deûle, Le Nouveau Détective s’intéressait aussi à la fusillade de Leffrinckoucke, il y a quelques jours. On prend les mêmes recettes et on recommence, même si là, il n’y a plus de rumeurs, mais que des faits : un titre concernant « Le crime d’être maman », un chapô tout aussi concernant (« Ce ventre rond qui fait son bonheur, ce bébé qu’elle attend, c’est son arrêt de mort… ») des photos où l’on aperçoit les traces de sang, l’escalier où a été abattu l’homme, les ronds jaunes fluos tracés par les enquêteurs. Et un texte de la même veine : bien écrit (ça, il faut l’avouer, nos journalistes ont «une plume »), des descriptions à n’en plus finir, des flash-backs chez les témoins, des fautes parisiannistes (Coudeckerke), des sentiments (« on aperçoit, un instant, vision poignante, son ventre arrondi de femme enceinte ») et une conclusion à tirer la larme à l’oeil : « Aujourd’hui, seuls subsistent quelques cercles de peintures fluo jaunes tracés sur le trottoir à l’endroit où la femme enceinte a été assassinée et des bouquets de fleurs accrochés à la rampe de l’immeuble. Et surtout un immense gâchis ». Comme nos 1,60 euros pour l’achat du magazine ? Non, ça nous a permis de faire un papier…

Notre reporter hésite à pousser plus loin…

Mais continuons plutôt que de commenter. Maintenant 22h, « des silhouettes louches » s’enfoncent dans les allées. « Même les abords du parc sont glauques », note notre nouvel ami dramatisant à outrance chaque scène comme quand il aperçoit deux hommes enlacés dans une Punto (oui, c’est glauque ça, on confirme, deux hommes ensemble). D’ailleurs, c’est tellement glauque que notre reporter hésite à pousser plus loin : le patron de bar lui a déconseillé l’aventure. Il a eu raison : « je croise un type qui titube, les yeux hagards, deux cannettes de bières à la main ». Le genre de mec que l’on ne croise jamais en bord de Seine, c’est sûr.

Officiellement, rien. Pour Le Nouveau Détective, si

Alors, bien sûr, ne jetons pas la pierre à notre homme. Il a recueilli des témoignages. Tous anonymes bien évidemment. Le patron de bar (lequel, on ne sait pas), deux jeunes musiciens, les dîneurs du Corfou, un resto grec à deux pas de là, dont chacun a son petit truc : une bombe lacrymo, une matraque télescopique. « Les armuriers de Lille font de bonnes affaires ces temps-ci. » Il faudrait aller leur demander. Mais notre homme est déjà loin et on est en pleine nuit : à quelques mètres de là, « une voiture est en feu (…). Accident criminel, incendie criminel, règlement de comptes ? Décidément, l’endroit fait froid dans le dos. » Tellement que le revoici rue Royale puis au Privilège, le fameux bar où l’un des noyés a été vu pour la dernière fois. Témoignage anonyme de nouveau : « J’espère qu’ils vont vite coincer ce salaud. » « Qui ne le souhaiterait pas ? » se demande Routetabille qui va se coucher avant un dernier tour au commissariat central le matin pour évoquer Jack Le Pousseur. Mais là (et attention, c’est la chute), « les visages se ferment. Officiellement, il n’y a pas de serial killer à Lille. Pas encore. » Officiellement, non. Officieusement, peut-être, peut-être pas, on n’est pas dans les petits papiers de l’enquête. Mais pour Le Nouveau Détective, c’est sûr : il y a un serial killer et la capitale des Flandres ferait fuir un Kadhafi des grands jours. Faut dire qu’entretenir la rumeur,  c’est mieux pour faire peur à Mamie, installée confortablement dans son fauteuil. Et pour lui vendre le journal (trois points de suspension)…

 

Note : on reprécise que ce papier n’est pas là pour parler du bien-fondé ou non de la rumeur, des liens entre les disparitions, de la possibilité d’une série d’accidents ou d’un “serial killer”, etc. Juste d’évoquer un traitement journalistique qui propage justement la rumeur en la dramatisant à outrance…

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4 Commentaires

  1. Ah ces journalistes !!! Je suis en ce moment même sur les bords de la Deûle où je prends le soleil en vous consultant sur mon e-pad et tout va b… Arghhhh… mais vous êtes fou ! Aaaaaah!!! Laissez-moi tranq… Plouf !

  2. cher sacha ton commentaire est deplacé surtout que ça fait un peu plus d’un mois que j’ai perdu un ami … et je trouve toutes blagues deplacé … ce genre d’humour devrait etre censuré de ce genre de site !

  3. ce n’est pas nouveau que les journalistes du nouveau detective en rajoutent une louche à chaque faits divers
    (il n’ont pas ete tendre en decrivant l’etat de corps de ilan halimi)
    ont n’attrape pas des mouches avec du vinaigre !

    moi ce que je veux savoir ,c’est comment des jeunes qui sont gai mais pas ivre se retrouve avec stupefiants et alcool à gogo ?
    pourquoi se sont ils rendus à l’esplanade ,pour rencontrer qui ?
    il y a trop de questions sans reponse ,je ne parle pas d’un serial killer ,mais il manque des pieces au puzzles .

    un gros bisou à jean meriadeck le tarnec il me manque

  4. Chère Agate, interdire l’humour ne te rendra pas ton ami, aussi je ne vois pas bien en vertu de quel droit de censure ces blagues seraient prohibées.

    Moi je suis d’accord avec le nouveau détective, Lille la nuit c’est dangereux et les gens y sont tarés, c’est vrai quoi, quelle idée de traverser la Deûle à la nage.

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