DailyUne | Réflexions Par | 14H00 | 08 mars 2011

Mickaël Poillion : retour sur l’agriculteur qui savait parler au Président

Mickaël Poillion. Le nom vous dit quelque chose ? Normal : il y a presque un mois, c’était l’agriculteur qui tenait tête à Nicolas Sarkozy dans la fabuleuse émission  Paroles de Français. Mais Mickaël Poillion, c’est aussi l’ex-tête de liste aux Régionales de 2010, il y a un an, dans le Nord – Pas-de-Calais. Une double actualité qui méritait bien qu’on y revienne quelques instants pour connaître son sentiment.

Ciel, un agriculteur sait parler ! Telle pourrait être la leçon que l’on peut tirer du moment de gloire télévisuel de Mickaël Poillion, début février, dans l’émission Paroles de Français où le jeune homme, qui officie à Héricourt dans le Pas-de-Calais, est devenu le temps d’une soirée la star des réseaux sociaux. « Ah oui ? sourit-il. Je n’avais pas vu ça sur Twitter. De toutes façons, ce n’est pas le plus important ! »

“Les gens s’étonnaient que l’on sache parler”

Le plus important pour le membre des Jeunes Agriculteurs : avoir pu donner l’espace d’un instant une autre image des paysans. « J’ai pu montrer – modestement – que l’agriculteur a des choses à dire, qu’il y a des solutions. La télévision et les médias en général permettent cela. » C’est d’ailleurs pour cela qu’il a accepté de participer à un exercice sur lequel il n’était pas dupe au départ : « Je m’attendais à ça. Mais si demain, on me proposait d’y retourner, j’y retournerai. Sans aucun doute. Même si je préférerai deux journalistes sur le plateau, des constats clairs. » Bref, une émission moins à la gloire de Sarkozy et qui aborde plus les problèmes de fond. En tout cas, en attendant, il a pu se rendre compte qu’il y a encore une méconnaissance des agriculteurs modernes : « j’ai lu des articles ensuite où les gens s’étonnaient que l’on sache parler, que l’on ait des choses à dire. Eh oui, les agriculteurs savent parler, écrire (l’agriculteur a d’ailleurs un blog : Tu seras paysan mon fils). Ils sont de mieux en mieux formés… »

Une mission avec le Conseil Régional va débuter en mars

Et Mickaël Poillion en a des choses à dire. C’est d’ailleurs pour cela qu’avec les Jeunes Agriculteurs du Nord, en 2010, ils avaient créé la surprise en présentant une liste aux Régionales dans le Nord – Pas-de-Calais. Fait quasi unique en son genre, même si évidemment, il n’avait aucun espoir d’être élu. « L’objectif est d’utiliser tous les moyens pour que notre débat puisse prendre corps. On cherche à créer des passerelles. Là, c’étaient les élections régionales. » Et tant pis si ça déplaît à certains. Reste qu’à l’époque, quelques hommes politiques régionaux expliquent qu’ils ont compris le message, qu’ils ne vont pas les laisser tomber. Promesse non tenue, imagine-t-on au premier abord ? « Détrompez-vous. J’ai été recontacté par l’un des vice-présidents du Conseil régional. Je vais commencer – bénévolement – d’ici quelques jours une mission d’enquête sur l’installation des jeunes agriculteurs. Cela devrait durer cinq à six mois. »

Une promesse tenue et un regard qui change selon Mickaël Poillion, qui estime quand même que le changement s’est tout de même opéré depuis quelques années. « Les élus nous regardent différemment, avoue-t-il. Même si je pense qu’ils n’ont pas encore cette capacité d’approche globale du sujet. Ce que je veux dire c’est que la santé, les modes de transports, l’alimentation, l’agriculture, tout cela est lié. Il faut une cohérence dans la politique de l’aménagement du territoire. Mais il y a une volonté, il faut vraiment le souligner. »

Le ballet des Présidentiables au Salon de l’agriculture ? “Pathétique”

De bonnes choses alors finalement la présence aux Régionales, puis télévisuelle il y a quelques semaines. Les deux choses n’ont évidemment rien à voir : « Pour les Régionales, c’est très positif. Les gens ont notamment retenu notre slogan « Mettez le Nord – Pas-de-Calais dans votre assiette » et se pose de plus en plus la question « Qu’est-ce-que je consomme ? ». Mais cela a joué également au niveau des jeunes agriculteurs eux-mêmes qui ont vu qu’on pouvait s’organiser pour porter le débat sur la place publique. » Quant au passage télévisuel, Mickaël Poillion s’amuse, voire s’inquiète de la résonance que peut avoir un passage dans la petite lucarne : « C’est déformant, tu reçois des messages, des coups de fil. Je ne suis pas fan de toutes les retombées, je ne suis pas le représentant de l’agriculture, mais juste un citoyen comme les autres. Mais, encore une fois, je suis content d’avoir pu porter le message. » D’ailleurs, il a pu tester sa nouvelle popularité au Salon de l’agriculture qui a pris fin il y a dix jours. L’occasion de lui demander ce qu’il a pensé du ballet de Présidentiables tous aussi proches de la terre les uns que les autres : « Oui, ils marchent… par terre, note ironiquement Mickaël Poillion… En fait, je trouve cela pathétique. Moi, je ne leur demande pas d’être proches de la terre, mais d’avoir une politique globale et cohérente sur le sujet. A part ça, pour le reste, c’est très bien le Salon de l’agriculture : je ne crois pas qu’on puisse présenter une telle variété de produits dans d’autres pays. Et c’est l’occasion de venir à la rencontre des urbains. »

1 Commentaire

  1. On a bien l’impression à la lecture cet article passionnant qu’un monde sépare les tenants d’un productivisme acharné et les autres, ceux qui militent pour une agriculture raisonnée qui fasse la part belle à l’humanisme et au partage des compétences. C’est la lutte des anciens contre les modernes. Loin de ces agriculteurs de l’Aisne, gros céréaliers qui marchent pour la FNSEA et qui sont pratiquement tous milliardaires, Mr Poillon, incarne certainement quoique très modestement, l’avenir de ce métier, une nouvelle approche plus pragmatique et plus honnête de travailler la terre. A l’horizon 2050, on aura encore besoin des agriculteurs pour nourrir la planète. N’est ce pas là aussi, un peu, beaucoup, une autre façon de sauver l’économie alors que la Région Npdc avec sa vieille industrie plonge dans la crise sans aucun espoir de reprise à court terme ? L’aggro alimentaire est une activité qui résiste à la crise ! Raison de plus pour réfléchir dés maintenant à l’aménagement du territoire et faciliter les flux. Tuer les agriculteurs, comme on le fait actuellement dans l’UE par le biais des taxes, et d’une course sans limite au profit, relève donc du non-sens absolu. Enfin, ces gens sont loin d’être des idiots. Ils auraient pu réussir dans n’importe quel autre corps de métier. Mr Poillon a la tête sur les épaules. La profession réclame désormais de sacrés compétences au niveau intellectuel. Il est donc urgent de valoriser ces gens qui ont certainement des choses à dire et à faire partager….

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Abonnez-vous à notre newsletter

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les tops DailyNord

Les Livres avec Eulalie

Contacter la rédaction

Ça se passe par là