DailyUne | Rebrousse-poil Par | 20H10 | 27 mars 2011

Hommage à B. Derosier : au revoir, Président !

Les bureaux de vote sont fermés. Et les cantonales sont donc terminées. Pour Bernard Derosier, président du Conseil général du Nord, c’est le chant du cygne, lui qui ne s’est pas représenté. Derosier, un nom d’ailleurs prédestiné pour militer et faire carrière à gauche. L’homme quitte donc le département après trois mandats pleins. Du coup, et pour balancer les inévitables panégyriques qui vont fleurir ces jours-ci, DailyNord se devait de réaliser un contre-hommage. Sans aucun mauvais esprit !

Bernard Derosier,  un homme qui était toujours prêt à aider les gens dans le besoin

Retour en 2006, Martine Aubry, qui ne se savait pas encore dans les méandres du congrès de Reims dont elle sortira inespérée vainqueur, lorgne sur la circonscription de Nanard, entre Hellemmes et Villeneuve-d’Ascq. Un fief rose vif indélébile. Sauf qu’Aubry-la-parisienne mesure cette année-là son coefficient de rejet par la classe politique locale. Le sérail se soulève tant et si bien que la maire de Lille remise son ambition d’un come-back au Palais-Bourbon. Une camarilla orchestrée par un certain… Bernard Derosier qui, pour rien au monde, ne veut d’une telle succession sur des terres qu’il laboure et moissonne depuis…1973  (pour le canton). Il n’y a pas plus chauvin qu’un Nordiste d’adoption, lui qui a vu le jour dans une petite commune du Loiret. Et pour mémoire, même Pierre Mauroy s’est mêlé de l’affaire pour mordiller les mollets de la trop ambitieuse.

Seulement, la vengeance est un plat qui se mange froid. En éléphant rose, Martine Aubry s’est bien évidemment souvenu du camouflet infligé. Propulsée aux manettes du PS, elle a décidé de régler avec soin et sans état d’âme les dévolutions des pouvoirs locaux imposés par l’opinion et les règles anti-cumul. Bernard Derosier n’avait plus qu’à bien se tenir, lui à qui l’on prête à l’endroit d’Aubry cette apostrophe cinglante comme une répartie à la Folcoche : “Elle n’est pas de la famille ! …”. Son successeur putatif, Patrick Kanner, l’a joué plus finement en cédant sans vague l’importante section socialiste lilloise à une proche de Martine Aubry, histoire de se faire bien voir et bien promouvoir. Et l’ancien lieutenant hellemmois de Derosier, Gilles Pargneaux, n’est-il pas passé avec armes et bagages dans le clan Aubry avec en prime les galons de la fédé nordiste et une sinécure à l’assemblée européenne de Strasbourg ? Des signes qui n’ont trompé personne. Sauf Bernard D.

Bernard Derosier, un homme généreux avec les siens

C’est le moins que l’on puisse dire. En privilégiant la carrière de son fiston, Philippe (embauche et promotion au poste de directeur des affaires juridiques du conseil général quand même, faut-il le préciser), Monsieur Derosier a fait preuve d’un esprit de famille assez poussé (et malheureusement pas rare dans le petit monde des collectivités territoriales). Jusqu’à ce qu’un administrateur territorial évincé et vexé ne porte l’affaire en justice en 2009, relayé par le préfet, transformant le juge administratif en juge aux affaires familiales. Contrat annulé et dérapage népotique jeté en place publique, le tout dans le contexte social et économique que l’on sait et en pleine affaire Jean Sarkozy : pas très socialiste tout ça.

Qu’à cela ne tienne, Derosier junior, juriste de son état, a retrouvé un nouveau – et bon job – dans un organisme satellite au grand département présidé par papa, qui, pour la bonne cause du clan s’est comporté comme le plus ordinaire patron de PME provinciale modèle Trente glorieuses et-qui-exploite-à-fond-les-ressources-du-capitalisme…familial (retrouvez notre Texto à l’époque).

Comment Bernard Derosier est devenu Président

Petit cours d’histoire politique pour les plus jeunes afin de rappeler l’arrivée au pouvoir de Bernard Derosier en 1986 (trois mandats depuis, juste interrompus par Jacques Donnay (RPR) entre 1992 et 1998). En 1986, Albert Denvers, maire de Gravelines, sorte de Ramsès des socialistes dans le Nord (élu sous le Front populaire, il mourra centenaire) décide de battre en retraite. Deux jeunes alligators s’ébrouent dans le marigot de sa succession. C’est Pierre Mauroy qui tranchera et usera de son influence et de ses prérogatives pour décerner une formidable promotion-placard à l’adversaire de Bernard Derosier qui lui disputait le fauteuil de Denvers l’Ancien. Nommé préfet au tour extérieur par la grâce de sa majesté Pierre, Guy Merrheim, conseiller général et élu lillois ne pouvait ainsi que jeter à la rivière ses rêves présidentiels. Et Bernard Derosier apparut en pleine lumière.Y-aurait-il eu renvoi d’ascenseur de la part du maire de Lille d’alors au profit du député-maire d’Hellemmes qui avait été, quelques années auparavant, l’une des chevilles ouvrières du rattachement-association de sa commune à celle de son pygmalion ? Mais non. Anecdote : comme le révèle Pierre Mauroy dans ses mémoires (Plon- 2003, p.417), Bernard Derosier sera également l’un des instigateurs de l’association entre Lomme et Lille, scellée à la fin du millénaire. Et qui prépara sous les meilleurs auspices électoraux l’avénement lillois d’une certaine…Martine Aubry.

Bernard Derosier, un homme qui aimait sans compter ses agents

Meilleurs voeux. Ou voeux coûteux. Le “futur-ex” patron du département du Nord aime les grands-messes de nouvelle année octroyées à ses ouailles et autres huit mille agents. Des voeux estimés autour de 250 000 euros par les syndicats de la maison, qui n’aiment rien tant que stigmatiser les dérives strass et paillettes du pouvoir. Ca fait chérot le petit four ! Courroux du président qui n’a jamais compris pourquoi on lui en voulait à ce point là… Quand on aime, on ne compte pas.

Bernard Derosier, un homme doté d’un grand sens de l’histoire

Un éléphant, ça se trompe. Vieille casserole. En 1989, le conseil général du Nord accouche d’un éléphant sur pattes et à roulettes pour accompagner le Bicentenaire de la Révolution. Aujourd’hui encore, on est bien en peine pour préciser le coût et l’impact d’une telle trouvaille (avec campagnes de pub à l’appui, on a parlé de 40 millions de francs – 6 millions d’euros). A l’époque, pour justifier l’étincelant pachyderme, on avançait l’épisode hugolien d’un Gavroche se réfugiant dans un tel animal des Misérables. Ecoliers et têtes blondes devaient se pâmer devant la parabole itinérante qui arpentait les collèges (compétences du Département !) – du Nord. Après une année de périple, l’éléphant de la Mémoire sombra dans les limbes de l’oubli. On retrouve sa trace du côté de Wallers, dans le Valenciennois, où il fait se plonger dans des abîmes de perplexité les visiteurs du musée local. Un futur pèlerinage pour les nostalgiques de Nanard ?

Bernard Derosier, un homme aux projets visionnaires

La station du Val-Joly. Grâce à lui, le Nord a son monstre du Loch-Ness. Un grand – et beau – lac artificiel aux confins de l’Aisne et de l’Avesnois que le conseil général s’est mis en tête de faire prospérer à coup de millions d’euros d’aménagement et d’investissement en “dur”. Mais la concurrence belge et celle des Centers Parks ont éteint les maigres espoirs d’une station touristique d’envergure enlisée depuis dix ans. Un héritage de visionnaire qui échoit à la nouvelle équipe. Mais soyons juste : Bernard Derosier a la réputation d’un bon gestionnaire des deniers publics. Le département du Nord, l’un des plus importants de France, pourrait presque être un bon élève national dans les matières endettement, et autres ratios financiers voire même fiscalité. Sa longévité lui a confèré une connaissance approfondie des dossiers et du personnel administratif (cf les voeux ! ). “Il peut intervenir rapidement et précisément sur n’importe quel dossier“, confiait ce cadre territorial. Sauf sur le Val-Joly.

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Abonnez-vous à notre newsletter

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les tops DailyNord

Les Livres avec Eulalie

Contacter la rédaction

Ça se passe par là