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Dix ans d’Aubry à Lille : tout n’est pas si rose (2)

DailyUne | Réflexions Par | 30 mars 2011

Faire de la politique, c’est apprendre à bouffer de la m…“, disent les spécialistes. Forcément, ça laisse un goût. Un goût de mauvaise humeur. La maire de Lille et numéro un du PS est l’une des stars de la politique qui fait l’unanimité… sur son caractère élaboré. Ame sensible, peut-être. Esprit complexe, sûrement. Personnalité clivante, sans aucun doute. Pour ses dix ans à la mairie de Lille, ça valait bien une psychothérapie.

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Impossible de recenser les commentaires qui fustigent son mauvais caractère. Trop long. Trop méchant, même. La Méremptoire, Thatcher de poche, Miss Tapedur, etc. Une litanie de sobriquets dont elle même n’est pas avare, mais pour les autres. La palme du mauvais goût à Jean-Luc Mélenchon qui vient de la comparer à une mante religieuse… au niveau politique, évidemment. Mais tout de même… C’est “Monsieur Aubry”, son mari, l’avocat Jean-Louis Brochen, qui doit en faire une tête. Autre observation, d’un orfèvre : “C’est un produit pour les medias qui en reviendront comme ils reviennent de tout. Elle est trop méchante pour réussir ». Signé François Mitterrand, qui ne mâchait pas ses mots quand on lui demandait ce qu’il pensait de Martine Aubry. Ce jugement péremptoire sur la “Méremptoire” – comme on a longtemps surnommé la maire de Lille -, est rapporté par Franz-Olivier Giesbert dans La Tragédie du président (Flammarion-2006, p.126). Jean Boissonnat, qui a longtemps fréquenté la famille Delors et surtout Jacques le père, dont il partageait pas mal de convictions, avoue ne l’avoir jamais prise au sérieux.

Collaborateurs qui s’en vont, grève municipale…

Avec un tel caractère, à Lille, depuis dix ans et même un peu plus (première adjointe entre 1995 et 2001 pour mémoire), Martine Aubry ne s’est pas fait que des amis avec sa très personnelle politique-du-vide-autour-de-soi. Nombre d’observateurs dressent souvent une longue liste rose sombre des collaborateurs qui ont pris leurs jambes à leur cou quand Titine de Fer a pointé son nez au sommet de l’organigramme municipal.  Machos blessés dans leur virilité, pourrait-on dire ? Certains peut-être. Pas tous.  L’un des épisodes les plus fameux : il y a presque une quinzaine d’années, un directeur de Lille Grand-Palais, en délicatesse avec la jeune cour aubryenne donc sur la sellette, s’épancha dans la presse locale et traita carrément l’alors première adjointe de “fille à papa”.

Pas étonnant qu’une certaine rancoeur traîne parfois dans les couloirs de l’hôtel de ville. Jusqu’à une grève municipale à Lille au milieu de la première décennie du millénaire, un comble pour une spécialiste des questions sociales ! Alors quand le polytechnicien Champain, directeur général adjoint des services, jette l’éponge pour rejoindre un ministre de Fillon, un certain Eric Besson, lui-même passé à l’ennemi… Plus près de nous, l’éviction de sa grande amie Dorothée Da Silva, qui emmenait le groupe des personnalités au conseil municipal lillois, est un modèle caractérisé d’exécution où les Atrides le disputent à OK Corral.”Je les prenais pour les plus grandes copines de la terre… Elles partaient en vacances ensemble », s’est étonné, trémolos dans la voix, Pierre Mauroy… Ce même qui, lors d’un bureau national du PS – le 21 mars 2006 -, stupéfia son auditoire par une de ces catilinaires dont il le secret : ” Je l’aimais beaucoup… Elle m’a fait beaucoup de mal… Elle dit trop de mal de trop de monde… Vous le savez tous…La Dame des 35 heures, à côté, c’est presque de la tisane de camomille. Autre victime collatérale que l’on peut citer, son ancien dircab, Hervé Barré, sorti sans plus de ménagement après la séquence du stade lillois Grimonprez-Jooris dont l’extension fut retoquée en Conseil d’Etat (voir notre première partie de bilan Dix ans d’Aubry à Lille : tout n’est pas si rose). Le malheureux en fit les frais. Mais tout ceci appartient au passé.

Relations avec les médias locaux tendues

La mairie, c’est une chose. Les medias, c’en est une autre. Là encore, Titine de Fer détient un vrai record. Elargissons un peu le domaine aux interventions au sommet des rédactions pour cause d’impertinence ou plus prosaïquement de promotion jugée trop tiède. A France 3 Nord-Pas de Calais, certaines et certains ont déjà eu l’honneur d’un savon en direct. Dans les conférences de presse, on en a connu de ces insolents occis du regard pour une question “incorrecte ». Citons également Nord Eclair, dont on ne peut pas dire qu’il lui savonne la planche tous les jours, et qui a dû passer sous les fourches caudines d’une maire courroucée : un vrai punching-ball, le titre démocrate-chrétien toujours prêt à tendre l’autre joue. La première fois, en mars 2006, parce qu’une rédaction approximative avait laissé entendre qu’elle avait proféré des horreurs sur son mentor Pierre Mauroy (même motifs, mêmes punitions pour Le Parisien, avec un article sur le même sujet paru le…14 février : une histoire d’amour, on vous dit). Elle agitera même la menace de poursuites. Un cas rare de violence froide et de colère blanche. La seconde fois, en novembre 2010, après un article jugé par elle fallacieux quant à ses positions sur le Proche-Orient, en particulier le boycott des produits israëliens (ce qui déclenchera un vrai pataquès au sein du journal : m’enfin, la vraie patronne de Nord Eclair est à la mairie de Lille ?). Ceci pour ne citer que les médias locaux et quelques exemples. Il est vrai que la native de Paris est – probablement – moins mal à l’aise avec certains titres nationaux où elle dispose de quelques relais et soutiens (les livres d’Isabelle Giordano sont à ranger dans la catégorie “Bibliothèque rose »). Mais l’engouement complice des années 90 pour le grand espoir socialiste est bel et bien évaporé.

Son absence de compromis, souligné bien avant avoir pris la tête de la mairie de Lille

Ce caractère de Titine de Fer ne s’est pas forgé à Lille. Et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas Béatrix de l’Aulnoît et Philippe Alexandre qui ont tiré les premiers dans le désormais célèbre pamphlet, La Dame des 35 heures, très opportunément publié à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires quelques semaines avant le premier tour présidentiel de 2002, ce qui cisaillait net la trajectoire de la maire de Lille, comme premier ministre d’un Jospin vainqueur d’abord, comme députée ensuite. Le mensuel Capital avait déjà porté le fer dans la plaie, en août 1999 sous la plume de Philippe Eliakim. L’Express également, plus tôt même, en août 1997, avait remarqué la rédhibitoire manie de la première adjointe de Pierre Mauroy et toute nouvelle super-ministre du social à ne jamais rechercher le compromis. A fortiori à ne jamais le trouver.

Des coachs, des Lillois sympas, qu’en sera-t-il au plan national ?

Le problème de Martine Aubry, c’est qu’elle semble peu apte à travailler sur elle-même, excepté, naturellement, les superficiels ripolinages des coachs de l’apparence et autres bonimenteurs de l’image (une frange brune par-ci, une paire de boucles d’oreille par-là). Sur sa boussole perso, le chemin de Canossa n’est pas indiqué. Côté sourire, Titine de Fer, c’est l’Harpagon du zygomatique. Une de ses premières apparitions télévisées, c’est à l’ENA, vers le milieu des années 70. On demande à la future élite du pays de se présenter. “Martine Aubry, fille de haut fonctionnaire” (vous pouvez revoir la séquence dans notre article sur les premières télés de nos politiques). Plus laconique, impossible. Moins chaleureux, non plus. Certes, elle déteste la peoplisation de la vie politique, Royal et Sarko en premiers. Mais à force de repousser les tentations de la chair médiatique, Martine Aubry risque le défaut d’incarnation. Et les sempiternelles allusions à la Merkel française sont aussi fondées que Berlusconi président d’une ligue de tempérance sexuelle. A Lille, la maire a tout de même, malgré son caractère, réussi à s’imposer ces dix dernières années et le bilan est “globalement positif”. Mais en France ? Question : les électeurs, pourtant pétris de convictions de gauche et soucieux de tourner la page sarkozienne, sauront-ils réprimer un léger haut-le-coeur au moment de glisser dans l’urne un bulletin estampillé Martine Aubry  ?

A lire ou relire sur DailyNord, la première partie de notre bilan.

Dix ans d’Aubry à Lille : tout n’est pas si rose (1)

Dessin : Ray Clid. Retrouvez tous ses dessins sur son blog.

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