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La faute du pape Pierre

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 04 février 2011

La condamnation a déjoué quelques pronostics. Et sa lourdeur* a étonné. Personnellement, je misais sur une dispense de peine (culpabilité et exemption de peine sous certaines conditions) à l’instar de quelques protagonistes de la truculente affaire des écoutes téléphoniques qui a défrayé la chronique juridico-politique pendant la décennie 90 (Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque, avait été impliqué, et Pierre Mauroy avait témoigné en faveur de son ancien collaborateur). La longueur/lenteur de la procédure aboutissent souvent à ces sortes de décisions dont l’instruction est souvent délicate voire embrouillée. Comme pour sauver la face de la justice donc de la morale publique sans accabler outre mesure les prévenus qui peuvent toujours solliciter une interprétation mi-chèvre mi-chou. Mais ici, dans l’affaire de l’emploi fictif de Lyne Cohen-Solal à la communauté urbaine présidée par Pierre Mauroy, le tribunal correctionnel de Lille n’a pas fait dans la demi-mesure. Et Salomon a été bouté hors du prétoire. Il se murmure qu’une loi d’amnistie pourrait profiter aux personnalités… Quelques observations à chaud.

– Le pouvoir de droite peut se payer à bon compte une opération mains propres sur le dos de la gauche. A fortiori la gauche historique, dont le souvenir sinon l’invocation restent d’autant plus prégnantes en ce moment crucial pour une gauche en mal de repères et qui agite à qui mieux-mieux le fantôme de l’ère mitterrandienne. Ainsi, le (a)  candidat (e) du PS désignée pour la présidentielle ne pourra plus se réclamer d’un pape à la mitre désormais défraîchie et dont l’aura vient de pâlir. Et un appel de la décision d’aujourd’hui n’oblitérera pas dans l’opinion l’infamie de la condamnation en première instance.

– Un épisode malvenu comme en écho à la litanie des affaires judiciaires qui gangrènent Hénin-Beaumont et ses alentours, un fief socialiste dont on sait l’importance pour un Front national à l’affût et âpre à la récupération électorale. Nul doute que le parti de Marine Le Pen, qui n’a certes aucune leçon de morale à donner, saura exploiter l’événement.

– Pierre Mauroy paye sans doute – aussi – une attitude quelque peu présomptueuse vis-à-vis du corps de la magistrature. Et Dieu sait si cette dernière est corporatiste, la réaction présente des juges sur l’affaire Laétitia témoigne d’une indiscutable susceptibilité de corps (aucune relation directe, naturellement). On a déjà évoqué sur ce blog certaines  déclarations de l’ancien président de la communauté urbaine de Lille au cours de sa carrière, plus proches du sermon scolaire que du débat serein, quand certaines enquêtes judiciaires ou administratives jetaient le trouble autour de lui. L’ancien instituteur doit méditer ses anciennes saillies.  » Ce que nous souhaitons, c’est la relaxe », s’est emporté Pierre Mauroy juste après le délibéré qu’il juge injuste. Ajoutant : « Que signifie ce jugement qui n’en est pas un, un procès pour rien, qui finalement n’a été demandé que par le juge d’instruction, qui ne parlait même pas de jugement mais d’aller s’expliquer devant les juges ? « . Mais a-t-il compris ?

– Outre l’indiscutable mélange des genres et des fonctions (simultanément attachée de presse et rédactrice-en-chef, une confusion qui ne tombe que sous le coup de l’éthique professionnelle et en aucun cas ne verse dans le champ pénal), c’est l’avenir des emplois fictifs qui est en jeu ! Evoquez le problème en catimini avec un responsable de collectivité. Il vous dira, mezzo voce, qu’ils se portent à merveille. Simplement, l’on est un peu plus regardant sur certains critères qui peuvent justifier un « vrai » job, ce pour éviter la foudre ou la mauvaise humeur d’un contribuable excédé comme dans le cas Mauroy/Cohen-Solal. Mais le détournement du contenu des emplois reste toujours pratiqué sous couvert de quelques précautions (organigramme, réunions de complaisance, bureau, téléphone,…). On parle d’emplois bidons et non plus d’emplois fictifs. Les premiers sont quasiment impossibles à prouver…

– Une vraie revanche pour Eric Darques,  le contribuable à l’origine du gymkhana judiciaire depuis une bonne dizaine d’années (et qui a également déposé plainte dans le dossier des conditions d’attribution du marché du grand stade). Ce solitaire a eu à affronter, en plus des duels de prétoire et de procédure, une certaine presse qui préférait flatter l’autre camp plutôt que l’analyse objective des faits, et choisissait de se ranger plutôt que se tenir à équidistance. Retour à la case déontologie.

* Amendes de 20 000 euros avec sursis pour Pierre Mauroy (abus de confiance) et  Lyne Cohen-Solal (recel d’abus de confiance), et 10 000 euros avec sursis pour Bernard Masset (complicité d’abus de confiance). Tous trois devront rembourser à la communauté urbaine de Lille les sommes indûment perçues dans le cadre de l’emploi fictif.

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2 Commentaires

  1. impossible d’écrire pas assez de place !

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