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Droite à Lille : l’impossible équation

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 09 février 2011

Le sénateur Jean-René Lecerf ajoute donc son nom à la longue liste des prétendants au beffroi de Lille. Gesticulation d’avant-cantonales et surtout d’avant-sénatoriales (voir billets précédents) pour montrer sa force ou réelle ambition dans la perspective d’un défi électoral pour dans trois ans? Une litanie promise à bel essor si l’on en juge la succession ininterrompue des épisodes depuis…au moins trente ans. Quelques noms de demi-candidats, qui s’ajoutent à ceux qui ont franchi le Rubicon et qui ont laissé leur patronyme sur le champ de bataille de la capitale des Flandres. Ceux qui « auraient voulu mais qui n’ont pas pu ». Jean Méo, ancien patron d’Havas, le recteur Jean-Claude Groshens, deux grosses pointures du RPR de la fin des années 70, personnalités extra-régionales mais qui connaissaient bien la région. Mais le parti gaullo-chiraquien manquait de stabilité locale à l’époque. Deux régionaux de l’étape, le douaisien Jacques Vernier, qui avait songé à une implantation métropolitaine, le cambrésien Jacques Legendre à une installation carrément lilloise. Le premier piaffait à l’aube d’une carrière de jeune premier qu’il pensait prometteuse, le second, chabaniste bon teint, avait ferraillé contre un certain Jacques Chirac quelques années plus tôt pour le contrôle du parti gaulliste. Mais les jeux partisans du cru les en dissuadèrent. La droite déposa une requête très gaulliste aux nobles pieds d’Albin Chalandon vers le milieu des années 80. Lui-même n’y croyait pas : comment administrer un hôtel de ville socialiste jusqu’à la moelle ? Le très orléaniste Jean-Jacques Descamps tenta bien une percée. Plaquage assuré. Quelques poids lourds, alléchés par l’odeur du sang socialiste mais surtout attirés par la perspective d’un fief qui a vu naître un certain général de Gaulle – quelle infamie ! – jettent un oeil torve sur le dossier lillois. Alain Juppé, Jacques Toubon,…Nenni ! Bordeaux pour le premier, qui réussira, Paris, pour le second, qui s’y perdra, étaient des hypothèses ô combien moins risquées.

Trois obstacles à surmonter (mais comment ? )

– Le leadership rédhibitoire. Dans l’ADN de la droite métropolitaine, il y a cette vieille maladie du « je veux être le premier ». Et si je ne le suis pas, tu ne le seras pas non plus. Incarné par un Marc-Philippe Daubresse qui ne déteste rien tant que ce qui peut menacer son pavois de chef de l’opposition, pourvu que l’opposition y reste…dans  l’opposition. Faire perdre son camp plutôt qu’un des miens me dépasse. Comme une sinistre table de la loi qui a éjecté de l’assiette au beurre lilloise un Henri Segard ou un Thierry Lazaro, par exemple. Même Philippe Vasseur ou Jean-Paul Delevoye, deux barons pasdecalaisiens, avaient songé tenter l’aventure à Lille…A droite : ce qui marche à l’échelon supérieur  – désigner un candidat indiscuté après un combat des chefs – ne fonctionne vraiment pas ici. Amusant : la droite du cru macère dans le même marigot que le PS national…Et ce n’est pas Christian Decocq en 2001 ou Sébastien Huyghe en 2007, malheureux dans leur conquête de l’Everest lillois, qui diront le contraire. Monsieur Lecerf sait tout cela.

– La cohabitation invisible. C’est un des paradoxes de notre droite locale. Qui, pour se ménager une petite chance à l’alternance sur ses terres, a intérêt à la défaite de son champion élyséen en 2012 ! Une Martine Aubry à l’Elysée ou à Matignon entrebâillerait les portes du beffroi à l’occasion d’élections intermédiaires, inéluctablement défavorables (remember un Mauroy en 1983 éreinté par deux années à Matignon, voire une Aubry 2001 et sa victoire petit bras après presque quatre longues années dans le gouvernement Jospin) aux pouvoirs suprêmes. Le fameux théorème Percheron (expression du Nouvel Obs, sorte de cohabitation qui ne dit pas son nom entre le pouvoir national et les pouvoirs locaux) qui veut que la gauche zappe l’élection présidentielle pour mieux protèger ses rentes locales trouverait – en partie – matière à s’appliquer à droite. Un postulat fragile : l’opposition se prit une belle claque aux dernières municipales pourtant sous le magistère Sarkozy…C’est dire !

– Le parachutage honni. Justement, c’est la capilotade de la droite en général et de l’UMP en particulier qui peut donner des idées. Les parachutages sont toujours délicats, c’est même une constante de la vie politique. Le dernier à avoir transformé l’essai sans vagues c’est bien Jack Lang entre Boulogne et Calais. Mais c’était pour un fauteuil de député. Pas sûr qu’il prolonge son bail d’ailleurs…Un autre qui pourrait jeter son dévolu sur une ville qu’il connaît bien, c’est Jean-Louis Borloo, retiré sur son Aventin radical. Il préfère Paris. Certes. Mais le ticket apparaît déjà très cher et François Fillon ou Rachida Dati ont une longueur d’avance. Pour l’ancien maire de Valenciennes, ce serait, de toute façon, un demi-parachutage.

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1 Commentaire

  1. Belle énumération de tous nos ex- ou actuels branquignols de la droite locale ! Rendons leur au moins leur courage, c’est tellement facile de faire carrière au PS pour finalement mener une politique de droite une fois aux affaires…
    Et Tokia Saïfi, la Rachida de Raffarin, elle vit encore ?

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