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Grand Stade de Lille : mais pourquoi n’y comprend-t-on jamais rien ?

DailyUne | Réflexions Par | 04 janvier 2011

Le Grand Stade de Lille. L’Arlésienne des dix dernières années. Dernière sortie en date ? Celle d’Eric Darques qui porte plainte au pénal contre X. Un nouvel épisode dans un dossier épineux. Auquel on ne comprend, comme d’habitude, pas grand chose. Car c’est la spécificité du fastueux équipement métropolitain : un dossier complexe (ou que l’on veut rendre complexe) depuis le début. Peut-être parce que ça en arrange certains.

« Grand stade : ce rapport qui fait trembler la communauté urbaine ». Le titre est signé La Voix du Nord et sort dans l’édition Métropole Lilloise du quotidien régional, le vendredi 17 décembre. Soit trois jours après la divulgation de la nouvelle plainte d’Eric Darques, cette fois-ci au pénal, dans L’Express (relire notre Texto : Une plainte au pénal pour la route). Essayez de lire le papier (ou d’autres, celui-ci est pour l’exemple) pour voir : à moins d’être très intéressé par la question et d’en connaître déjà la plupart des détails, vous n’allez retenir qu’une chose de cette histoire de rapport-disparu-qui-réapparait-sans-disparaître-dans-les-couloirs-de-LMCU : que ce dossier est compliqué ! Du début à la fin.

PPP et finances publiques déjà, ça part mal !

On passera sur la pré-période 1er février 2008 (Grimonprez-Jooris 2, choix du site de la Borne de l’Espoir). Pour uniquement se concentrer sur cette partie du dossier : l’attribution des travaux à Eiffage sous un système de partenariat public-privé. PPP pour les intimes. Qui ne sont pas nombreux, et c’est peut-être cela la première donnée qui fait que ce dossier est hyper-complexe : qui, parmi les lecteurs, est capable de résumer clairement en quoi consiste un Partenariat Public-Privé, mode de financement désormais à la mode dans les collectivités ? Pas grand monde. On peut gager également qu’une partie des élus communautaires n’a pas plus suivi que ça le dossier. Hyper-complexe, on l’a dit, on parle de finances publiques – et privées – et du coup, on se repose sur la commission chargée de gérer ça avec les conclusions des rapports qui vont avec. Plus simple comme cela : mais c’est la première difficulté.

Et pendant ce temps-là, au tribunal administratif…

Le dossier du Grand Stade (et avant de Grimonprez-Jooris 2) a aussi depuis de longues années, pris ses quartiers du côté du tribunal administratif de Lille. Le lieu de tous les recours. Et le lieu où peu de médias se rendent en général. Car il s’agit souvent de conflits qui n’ont que peu d’intérêt pour le lecteur lambda. Sauf le Grand Stade par exemple. Mais voilà, qui dit justice administrative, dit rendu de jugements assez complexes. Il suffit de jeter un coup d’oeil au dernier en date (22 décembre), qui concerne le recours de l’association Nord Ecologie sur le stade de la Borne de l’Espoir. Association qui a demandé “au juge des référés du Tribunal administratif de Lille d’enjoindre au préfet du Nord de mettre en demeure la société Eiffage TP de respecter l’arrêté du 10 août 2009 par lequel il l’avait autorisée à exploiter diverses installations du chantier de construction du Grand Stade Lille métropole.” Recours rejeté et huit pages motivant la décision. Bon courage pour les lire (on vous fait même cadeau de l’intégralité de la décision), c’est encore une fois un bel exercice technique et incompréhensible pour la plupart des observateurs non présents dans le premier cercle. Quant aux médias, ils comptent peu de spécialistes de la justice administrative, ce qui n’aide pas à clarifier les choses…

LMCU éteint l’incendie en silence

Et s’il n’y avait que ça… Mais non, dans l’Arlésienne du Grand Stade, il nous fallait un beau petit tour de passe-passe. Là, c’est toujours LMCU qui s’en charge. On ne va pas y revenir en détail (relire La comédie des stades) : ce rapport qui était favorable à Norpac pour l’attribution du Grand Stade, qui, sans y changer grand chose, devient favorable à Eiffage. De quoi être soupçonneux bien évidemment. Sauf qu’à LMCU, depuis ce moment-là, c’est circulez, y’a rien à voir. Tout est clair comme de l’eau de roche, même si le PPP dans sa version intégrale n’est pas disponible (y’avait pas le mot public dans partenariat public-privé ?) et qu’ils ne transmettent pas le fameux rapport précité à la presse. Troublant pour le grand public.

Troublant pour les journalistes aussi. Qui malheureusement ne sont donc pas aidés : pas de documents (ou qu’ils se procurent par des biais détournés), peu d’interlocuteurs sans langue de bois,  du coup, on prend toutes les précautions possibles dans les papiers. Conditionnels, suppositions, et toutes les astuces sémantiques pour ne pas trop se mouiller et surtout éviter de diffamer. Et donc des papiers louvoyants, souvent sans grandes infos (et ce n’est pas faute d’essayer…). Logique. Il sera juste intéressant de voir le ton de la presse quand enfin quelqu’un balancera la vérité sur ce fameux rapport devenu favorable à Eiffage pour l’avoir vécu de l’intérieur. Ce n’est pas pour demain et pendant ce temps, LMCU peut se frotter les mains et crier aux suppositions journaleuses sans fondement dès que l’on ose évoquer le sujet.

Eric Darques, cet étrange chevalier blanc

Ajoutez-y enfin une dernière donnée : citez-nous un élu d’envergure qui mettrait de tout son poids dans la balance pour expliquer qu’en effet tout ça n’est pas clair. Black-out total. Pour ne pas se faire chiper son portefeuille ? Peut-être. Alors, à la place, parmi les gens les plus remuants, on retrouve un ex-élu. Celui qui a porté l’affaire au tribunal administratif (et perdu) et qui la porte donc au pénal : Eric Darques (retrouvez son portrait). Encore une composante qui n’arrange pas la complexité du dossier : l’homme est ancien élu municipal de Lambersart qui a roulé pour le RPF de Pasqua et l’UMP avant d’en être exclu (pour insulte envers Daubresse). Un opposant de droite, c’est déjà suspicieux, c’est comme ça dans l’Hexagone. Encore plus s’il n’a pas de mandat majeur ou de légitimité sur la métropole, se chargent de rappeler ses détracteurs qui n’hésitent pas à vous indiquer qu’il n’est pas forcément de bon ton de faire un papier sur lui. En vous le décrédibilisant, en vous le présentant comme un illuminé. Et en oubliant que l’illuminé a renvoyé tout de même Mauroy devant la justice pour l’affaire Cohen-Solal et contribué à faire bouger le dossier de l’eau dans la métropole.

Du coup, quand Darques avance au bulldozer avec des idées bien arrêtées, les médias avancent à reculons avec lui. La peur de se faire piéger et de découvrir qu’il roule au final pour quelqu’un ? Certainement. Du coup, malgré ses certitudes, l’homme a peu la parole et reste dans l’esprit des observateurs lointains le petit élu revanchard contre la machine territoriale. Image dont profitent encore les porteurs du projet Grand Stade pour entretenir l’impression de flou et vous laisser entendre que à-part-quelques-vilains-petits-canards-ambitieux-qui-racontent-n’-importe-quoi-tout-va-bien-on-maîtrise. Dommage. Car, comme dit l’adage, il n’y a pas de fumée sans feu. Le problème, c’est que la fumée de tout ce dossier, cache bien le foyer. Et passez tout le papier au conditionnel, on ne veut pas de problèmes…

Dessin page d’accueil : Ray Clid, Bakchich

A lire également :

Les socialistes et communistes contre le Partenariat public-privé du Grand Stade… de Nice !

La comédie des stades

Eric Darques, l’empêcheur de détourner en rond

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4 Commentaires

  1. Pour aider à la comprehension … d’un dossier embrouillé à plaisir

    Un contrat de partenariat public privé (PPP) est un contrat entre une société privée ( Elisa Eiffage) et une collectivité publique ( LMCU) et qui confie à une société privée ( ici Elisa) la conception, financement realisation exploitation d’un equipement lourd comme une autoroute, une ligne TGV ( Bordeaux), un canal ( Seine Nord), un stade .. Ce contrat prevoit son objet ( un stade de 50 000 places), sa conception ( la meduse verte), son financement ( emprunts d’Eiffage/Elisa auprès de banques privées), son exploitation et le montant de la 1ère redevance annuelle à payer par LMCU.

    Aspect financier
    Cette formule permet à LMCU de continuer à investir sans officiellement contracter un emprunt. L’emprunt bancaire est fait par Eiffage/Elisa. Mais ce “portage” coûte très cher en frais financiers . Ainsi, le stade LMCU devisé 242 Mil € exigera 31 annuités ( la 1ère à 30,6 M€, la 2e 30,6 M€ + augmentation, la 3et etc => 31ème annuité. Soit 31 x 30,6 = 948 Me en valeur absolue. Mais comme tous les loyers, la redevance augmentera tous les ans ( LMCU OMET DE LE MENTIONNER SUR SON SITE). D’autre part, la formule de calcul de l’augmentation annuelle de la redevance est censurée surl’exemplaire du contrat mis à disposition du public ( exigence legale). Donc ni le contribuable ni Martine Aubry ne peuvent indiquer le total des versements à faire sur 31 ans => le coût réel du grand stade est inconnu. Au contraire, si LMCU avait emprunté pour le financer, elle disposerait d’un tableau de remboursement sur toute la durée du prêt

    Danger : : le montant de la redevance est presenté par LMCU comme 8/10 millions euros. Ce serait vrai la 1ère année seulement si tous les versements prevu aux recettes du budget previsionnel presenté comme definitif se realisaient. On n’en sait rien. De plus, les recettes dependent du nombre d’entrées et du vente du naming ( pas encore vendu…sur 31 ans). LMCU se trouve donc devant un contrat dont elle ne connaît pas le coût annuel qui depend des resultats du Losc et des autres recettes. Sans oublier que des travaux lourds de modification du stade ( selon les exigences de l’UEFA ) surviennent tout les 6/7 ans et qui sont à charge de LMCU

    Aspect environnemental
    Au lieu de procéder comme precisé dans le dossier de permis de construire , à savoir extraire et manipuler 1,260 000 M” de calcaire ( dynamiter les catiches, extraire, concasser et reconstituer le sol ), Eiffage a reussi à faire passer une solution plus economique. L’utilisation de 62000 tonnes de cendres et de quelques milliers de tonnes de ciment pour fabriquer un coulis deversé dans les catiches en esperant que tout sera bien bouché. Or personne n’etait là pour verifier. D’autre part, l’utilisation de ces cendres très polluées est interdite car la loi sur l’eau interdit de mettre en danger la ressource. Ce deversement a été autorisé sans etude d’impact ( exigée par la loi) et uniquement sur avis d’un hydrogeologue qui se retrouve maintenant en première ligne. puisque le prefet de Region M Berard a signé une autorisation sur la foi d’un simple avis de sa part.

    Danger : les variations du niveau de l’eau dans les catiches vont inonder regulièrement le coulis decrit comme inerté (?) par Eiffage qui s’est contenté d’ajouer 7% de ciment aux cendres polluées utilisées.

    Un projet richer d’irregularités

    1) aucune etude financière publiée ni transmise aux conseillers de LMCU etablissant l’intérêt d’un contrat de PPP pour financer un stade par rapport à un financement classique par emprunt.
    2) aucune urgence pour construire ce stade si ce n’est les imprudentes promesses de M Mauroy à celui qui racheterait le losc à savoir : construire un nouveau stade.
    3) l’endroit choisi est le pire au plan technique car le sol etait declaré inconstructible . Dans le devis, la preparation du sol exigeait 1,260 000 M de deblai soit environ 3,5 millions de tonnes de calcaire à extraire et manipuler au coût astronomique de 36 M € rien que pour préparer le terrain. C’est cette solution qui etait decrite dans le projet et exposée au public dans le dossier d’enquete prealable. OR LMCU A EN REALITE CHOISI D UTILISER 62000 TONNES DE CENDRES SOIT UN TONNAGE 50 FOIS PLUS FAIBLE PAR RAPPORT AUX 3.5 MILLIONS DE TONNES DE DEBLAIS DU DOSSIER DE PERMIS; Le public a donc eté trompé le plus legalement sur la solution finale proposée.

    Suite au tribunal adminstratif, vendredi 14h

  2. La transparence de nos institutions et en premier lieu de nos élus s’agissant de la gestion et de l’usage de nos deniers ressemble plus au goudron qu’à l’eau de montagne. On a le droit de rêver en ce début d’année : que les prochaines semaines voient l’apparition de Wikileaks 62, 59 ou régional… Je ne cautionne pas aveuglément le système Wikileaks mais s’il faut utiliser une méthode plus ou moins discutable pour faire éclater ces systèmes opaques et absolument pas démocratiques que sont nos institutions locales et régionales, je dit banco. Avis aux amateurs ! Nietzsche moustachu affiche de belles dispositions en tout cas.

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