DailyUne | Réalités Par | 18H10 | 19 décembre 2010

Fin de la mine : retour à la fosse 9/9 bis 20 ans après

21 décembre 1990, Oignies. La dernière berline de charbon remonte lentement le puits de la fosse 9 et signe la fin de l’exploitation minière dans la région. Vingt ans après, DailyNord a arpenté les rues de la cité Declercq, au pied de la fosse 9/9 bis. Une petite promenade photographique hors du temps à la rencontre de ceux qui vivent encore sur cette terre marquée par le charbon.

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La neige recouvre les petites maisons triangulaires de la cité. Pas âme qui vive dans les rues portant des noms de fleurs. On a beau renifler avec la goutte au nez, pas d’odeur de lilas, de muguet, et encore moins de rose. Au gré d’un coup de vent, c’est parfois le parfum du charbon qui vient. Quelques maisons l’utilisent encore pour le chauffage. Les terrils, résidus de l’exploitation des fosses 9/9 bis, ont été aménagés pour les randonneurs, et surtout pour la faune et la flore. La nature pousse assez dense, comme pour prouver qu’un terril n’est pas qu’un tas de vieilles pierres noirâtres. A leurs pieds s’étend Delta3, plateforme logistique géante qui réunit le rail, la route, et le canal.

Rue du Muguet

Retour dans la cité, et direction rue du Muguet. Une petite dame âgée ramasse les prospectus qui encombrent sa boîte aux lettres. L’appareil photo, forcément ça intrigue, et ça permet d’engager la conversation. « Si je regrette le temps de la mine ? Oh, non alors. On a trop vu nos hommes souffrir ». D’ailleurs, la silicose continue à tuer lentement les anciens mineurs. La petite dame regrette quand même la chaleur douce du charbon, qui permettait de faire mijoter des plats pendant des heures, et peste sur le chauffage électrique qui nous rend tout secs. On s’en va tout de même, il reste une cité à parcourir. La dame: « Je laisse le portail ouvert, si vous voulez repasser prendre un café ». Ambiance nordiste.

Café Le Loyal

Désormais, les berlines ne portent plus de charbon. On les retrouve dans les jardins où elles arborent des fleurs ou servent au tri des déchets recyclables. On les trouve aussi en miniatures, alternative locale aux nains de jardin. Arrivé au bout de la cité, un café. On entre. Didier Prévot, le patron: « Vous faites des photos de Oignies ? ». En quelque sorte. Pas un chat dans le café et une étrange musique de variété en fond sonore, tantôt allemande, tantôt française. Didier dirige le café avec sa femme depuis cinq ans. A sa mine fatiguée, on comprend que la cité Declercq n’est pas le paradis des cafetiers. « Ça ne marche pas. Il y a un peu de clients le matin, et puis rien ». Et les anciens mineurs ? « On a peu de vieux clients. Ils sont tous chez eux avec leur bonbonne d’air ». Cafetier le jour, Didier enchaîne sur un poste d’agent de sécurité la nuit. « Et vous dormez quand ? » Didier sourit tristement et rigole, puis retourne s’occuper de la décoration de son sapin de Noël, en pensant à un avenir qui se passera probablement ailleurs. Sur la petite place enneigée, les jeunes font des dérapages en voiture.

Rue des Violettes

Quelques téméraires à vélo ou en scooter avancent prudemment sur la poudreuse. Arrivent Nicolas et Marc. C’est la maison des parents de Marc, son grand père était mineur, c’est un peu pour ça que les parents vivent ici. Marc, 22 ans, étudie l’anglais, son ami Nicolas est plutôt tourné vers le monde bancaire. La mine, ils l’ont connu par les grands-parents, les derniers à avoir travaillé à la fosse. D’après eux, il y a de plus en plus de jeunes qui s’installent dans l’ancienne cité minière. D’ailleurs Nicolas y vit depuis peu de temps. En flânant encore un peu dans les rues au noms de fleurs, c’est vrai qu’on croise pas mal de jeunes, sans doute attirés par une offre immobilière attractive. Quant à savoir si les puits classés au patrimoine historique depuis 1994 sont un argument pour s’y installer, c’est sans doute autre chose. La construction du Métaphone, complexe dédié à la musique sur le site dont la première pierre sera posée le… 21 décembre, pile vingt ans après la remontée de la dernière gaillette, apportera peut-être un renouveau économique. Mais il fait -2°, et le brouillard tombe. Il est temps de filer.

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