DailyUne | Réalités Par | 09H05 | 23 septembre 2010

Les 24 h de DailyNord : une journée ordinaire dans le Nord – Pas-de-Calais

Un scribouillard, un photographe, une voiture. Et un laps de temps de 24h. C’était la mission de DailyNord. Faire deux fois le tour du cadran un jeudi ordinaire de septembre. On l’avoue, c’est pas très écolo, mais c’est la meilleure manière d’aller au hasard et au gré des envies dans la région. Le résultat : quelques portraits, quelques ambiances, quelques descriptions et beaucoup de photos. Récit de 24h dans le Nord – Pas-de-Calais. Première partie : “6h30-14h30 : le Nord se lève à l’est“.

Note : Plusieurs manières de découvrir ce reportage : d’abord via le texte ci-dessous, accompagnés de quelques photos. Ainsi que d’un diaporama reprenant la partie de la journée concernée. Egalement à votre disposition, une carte où chaque repère correspond à un texte ou une photo. Bien sûr, la carte sera complétée au fur et à mesure de la publication des autres parties du reportage.

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6h30 pétantes. Le journaliste qui, en général, n’émerge que deux bonnes heures plus tard, est prêt à partir. Dehors, il fait bien sûr encore noir. Mais pour autant, la France qui se lève tôt est déjà debout. Départ de Bailleul, en Flandre. Sur la gauche, avant l’autoroute, le Quick non-halal local est déjà toutes lumières allumées avec le coup de balai du matin. Sur l’autoroute, c’est pas la folie des 8h, mais quand même, on a le droit à un premier ralentissement aux abords de la capitale des Flandres… La joie de la métropole. Entrée dans la ville justement pour récupérer un colis (le photographe en l’occurrence)… Qui, au moment où le soleil se lève, monte dans la voiture. « Bon, on va où alors ? » Parce que c’est bien la question : rien n’a été préparé, c’est le hasard qui va nous guider. « Et si on se faisait la frontière belge vers l’est ? » Banco, c’est vendu.

La Belgique qui se lève tôt…

[singlepic id=1472 w=320 h=240 float=right]Première étape, Baisieux, donc. Ville frontalière. Il est à peine 8h et du coup, à part les voitures, pas ou peu de passants dans les rues… On traverse donc la frontière. Ici, c’est Lamain, puis Esplechin, des communes non loin de Tournai. Quelques baraques chicos sous les sunlights du matin, et surtout la campagne. Poules, vaches à tous les étages, et même Paul le Poulpe en plastique pour prévenir les automobilistes d’un passage piéton écolier. Y’a pas à dire, les Belges savent y faire. De demi-tour en demi-tour dans ces chemins de campagne, vlà Rumes. Vous ne connaissez pas ? Nous non plus, on ne connaissait pas. Une ville frontalière et un boucher bien sympa qui a déjà ouvert son échoppe. L’occasion d’aller un peu tâter le ressenti des Belges : « Qu’est-ce que vous voulez que je dise ? », s’étonne-t-il de notre démarche. « On ne sait pas, l’actu qui vous fait réagir ? » Et Simon Mahieu d’embrayer : « Ah oui, ce matin à la radio, j’ai entendu encore l’assassinat d’un petit garçon à Braine-L’Alleud. Ça, ça me touche. J’ai des petits-enfants, forcément j’y pense. » Petits-enfants, quel âge à donc Simon ? « 63, je suis à deux ans de la pension ». La pension, la retraite, le débat franco-français du moment. En Belgique c’est 65 et c’est vrai que les mouvements de protestation des voisins étonnent toujours Simon. « Même si il faut s’adapter à la pénibilité. » Un client entre, on ne va pas le déranger plus longtemps. On tente juste une dernière question sur la séparation de la Belgique : « J’espère qu’on ne va pas se séparer quand même… Ce serait malheureux pour un si petit pays. Les Flamands ? Moi, si j’en croise un il n’y a aucun problème. Tout ça, ce n’est que de la politique. En fait, ça m’énerve… »

Et la France qui se lève tard…

Pas loin de 9h. L’heure de remonter en voiture donc. Station branchée : Classic 21, la célèbre radio belge. Tubes rocks des seventies, eighties à plein bloc, on repasse une nouvelle fois la frontière, sous les enseignes des marchands de clopes, d’essence et de chocolats à prix cassés.[singlepic id=1473 w=320 h=240 float=left]Mouchin, Landas, Rumegies, villes inconnues ou presque au bataillon. Patelins plutôt jolis, belles baraques, on vient de passer l’entrée de Saint-Amand-les-Eaux. La ville des thermes. Mais pas envie de s’arrêter dans le centre. Pourquoi ? Parce qu’on l’a décrété et qu’on préfère suivre la direction du Mont des Bruyères à l’abri dans la forêt. Un camping sur la droite ? Allez, on va se faire un petit marronnier campeur. Ça n’a pas l’air d’être la fête. Normal, nous explique Aurore, la jeune gérante, ici, c’est public de curistes, et les lève-tôts sont déjà partis aux soins. Quant aux autres, ben, ce sont les lève-tards et là, a priori, ils ont encore besoin de quelques minutes de sommeil. Pas grave, c’est quand même l’occasion de parler un peu du boulot de la jeune femme, qui a repris le camping international aux dix-huit nationalités en famille : « L’été ? Juillet, on a bien travaillé. Août, c’était pitoyable. Bon, en même temps, les gens qui viennent ici savent qu’il ne va pas faire 40°. » En effet, d’ailleurs, son bronzage, il vient d’où ? Une semaine de vacances en Turquie, météo ensoleillée. Tandis qu’à l’accueil, la météo n’est pas affichée, l’occasion d’apprendre l’un des secrets du gérant de camping : « Ici, ce sont souvent des gens de passage. Donc, quand il fait beau, on met la météo. Quand il ne fait pas beau, on ne la met pas. » Traduction perfide des journaleux : la météo n’est pas souvent affichée dans les campings de la région.

Hautmont, ambiance surréaliste balayée par le vent

Raismes, Valenciennes, les patelins continuent de défiler. Bon gré, mal gré, on a pris la direction de Maubeuge. Pour s’y arrêter ? On ne sait pas encore. D’ailleurs, un panneau Hautmont nous fait de l’oeil. Tiens, c’est peut-être l’occasion d’aller faire un tour du côté des sinistrés de la tornade, deux ans après. Arrêt achat clopes-petit-pain-au-chocolat dans un café du centre-ville, ambiance morose à faire fuir n’importe quel touriste en goguette. Comme La Poste juste en face, qui, comme tout établissement postal qui se respecte, est blindée. Mais ce qui nous intéresse, c’est la tornade. Direction les hauteurs de la ville. Arrêt de bus Cité Exotique dans une ambiance quasi-irréelle battue par le vent. [singlepic id=1474 w=320 h=240 float=right]Question exotisme, on est servi. D’un côté des immeubles mode années 60 quand l’Etat imaginait que les tours étaient l’avenir de la société. De l’autre, un stade. Et tout autour des maison en construction, des ruines encore visibles… et surtout, incongruité dans la société moderne, dix à quinze mobilhommes en bordure de route, posés à même le bitume. Extérieurs spartiates pour la plupart quand d’autres ont choisi au contraire de fleurir leur devanture. Tiens, un homme sort. On se présente. Le bonhomme sourit, mais secoue la tête : « Non, je ne peux pas vous parler. Après, on va encore me tomber dessus. Ça se passe comme ça ici. » Mais vous n’êtes toujours pas relogé ? « Non, quelques-uns sont encore là, vous le voyez… Y’a des gens dans les bureaux qui décrètent les choses… » On n’en saura pas beaucoup plus, même si on a l’impression que le bonhomme voudrait bien s’épancher… A côté de nous, un monument se dresse au coin de l’esplanade : une stèle avec le nom des morts et le rappel des événements de cette satanée journée d’août 2008…

Le Cateau, l’instit et le carrossier devenus restaurateurs…

Le goudron s’égrène… Un arrêt, de la voiture, un arrêt, de la voiture. Un bouchon de 20 minutes dans l’Avesnois. Circulation alternée, la route est en travaux. Non, loin de là, à près de midi, on se dit que le centre-ville d’Avesnes-sur-Helpe peut être l’étape gourmande de la mi-journée. Sauf que… Sauf que pas grand chose n’a l’air tentant. La Chaloupe ? Les nappes blanches effraient DailyNord qui s’interroge sur la nécessité une rue plus loin d’avoir deux boulangeries et une pâtisserie à quelques mètres d’intervalle… On trace donc un peu plus loin… Bouchon encore. Décidemment. Bref détour par l’Aisne avant de retrouver la direction du Cateau-Cambrésis. Sur la place principale, la fête foraine est fermée, mais l’Estaminet du Musée nous tend les bras. Planche de ch’Nord bien présentée et bourrative avant de tailler la bavette avec les patrons. Bien nous en a pris, c’est la jolie histoire du jour : elle, Christine, était instit ; lui, Philippe, était carrossier. Ils venaient manger régulièrement dans la brasserie : « Et on prenait toujours la place face à la vitre, pour voir le Musée, s’extasie Christine. Je le trouve magnifique. Je ne m’en lasse pas. » Alors, ces parents de trois enfants ont largué l’éducation et le cambouis pour réaliser un rêve. Devenir le 18 août dernier les nouveaux patrons de l’Estaminet du Musée. « Bon, on aimait bien faire la cuisine ! » Et recevoir, ce qui n’arrête pas ici avec le Musée Matisse. « Il y a toujours du monde, on arrive pas à trouver quel jour fermer dans la semaine. Il n’y aurait que le mardi, mais ce jour-là, les gens du musée veulent aussi manger ! Enfin, on verra, on travaille d’abord. » Et nous aussi, alors Christine, Philippe et Jacques Brel, merci et à un de ces jours…

L’intégralité du reportage “Les 24h de DailyNord : une journée ordinaire dans le Nord – Pas-de-Calais”

Le Nord se lève à l’Est (1/3)

La ruée vers l’Ouest (2/3)

Une nocturne de port en port (3/3)


Afficher Les 24h de DailyNord sur une carte plus grande

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5 Commentaires

  1. Bonjour, j’ai publié une partie de votre article “Le Cateau, l’instit et le carrossier devenus restaurateurs…” Merci de valider cette publication où est-elle trop longue ? Merci pour votre article. Je travaille au Musée Matisse et donc bien sur l’Estaminet est mon QG.
    Magali Demuynck

  2. Article “on the road again” sympathique… Cependant, vous avez raté une bonne adresse en n’entrant pas dans la “chaloupe”. Je travaille dans l’avesnois et je m’y arrête de temps en temps.

    C’est vrai que la déco est vieillotte, mais pas la cuisine ! Au contraire, les accompagnements variés avec un poisson toujours excellent changent des brasseries lambda. Et pour un prix abordable. Dans le même genre, je recommande le tout nouveau “la cocotte” à Maubeuge. Le nom fait peur mais l’intérieur est moderne, les plats sont style “nouvelle cuisine” ou très classique, et le prix attractif !

  3. Ah, on a certainement raté une bonne adresse, alors ! Désolé, la prochaine fois… Mais en même temps, ça nous a permis de vous conter l’histoire de ce couple de restaurateurs du Cateau ! Les joies du hasard !

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