L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

La complainte du kiosquier

DailyUne | Réflexions Par | 14 juin 2010

Kiosque à journaux ? Votre ado ne sait pas ce que c’est… Faut dire qu’il n’est pas aidé. Dans la métropole lilloise, ces kiosques à journaux se comptent désormais sur le doigt d’une main.  Et Roubaix vient même d’annoncer la fermeture du sien. Dans la lignée d’une enquête réalisée en France par nos amis de Bakchich et à laquelle nous avons – modestement – participé, DailyNord laisse la parole au kiosquier de la place Rihour à Lille. Internet, concurrence du Furet, crise, le tryptique du kiosquier.

[singlepic id=1324 w=320 h=240 float=right]On est bien loin des quelque 300 kiosques à journaux parisiens. Dans la métropole lilloise, les kiosquiers se comptent désormais sur les doigts d’une main. D’autant plus depuis qu’on a annoncé la fermeture du dernier du genre à Roubaix. Fatalité ? Steeve, trentenaire qui tient celui de la place Rihour, à Lille,  hausse les épaules : « Oui, il y en aura de moins en moins. Certainement. Moi, a priori, j’arrête à la fin de l’année. » Bonne chance à son successeur alors ? Même pas. « Tant pis pour celui qui reprendra. » La messe est dite.

La concurrence passe par le Furet du Nord

Retour en 2007. Fin de l’automne, Steeve récupère le kiosque de Rihour. A priori, idéalement placé. Bien qu’il ne se faisait pas forcément d’illusion. Car déjà, le mal était profond : « on cumule les difficultés : l’effet internet et les gens qui n’achètent plus la presse payante ; les conséquences de la crise économique ; et la météo aussi. Quand il pleut, les gens sont moins enclins à acheter au kiosque… » Surtout comme dans le cas de Steeve, ils peuvent faire quelques mètres et s’engouffrer dans le mastodonte du livre nordiste : Le Furet du Nord. « Ils ont tout un rayon presse. Les gens peuvent lire. Et payer par carte bleue. Moi, je ne peux pas me permettre d’accepter la carte bleue pour 5 euros (en raison des frais engendrés, Ndlr). » Et notre homme de fustiger, défaitiste, ces supermarchés de la presse « où c’est le règne du chariot à crédit que l’on remplit en plus avec un magazine. »

Chez lui, en cette matinée bizarre de juin, pas de chariots. Quelques habitués, une touriste anglaise pour des cartes postales. Une dizaine de personnes en trois quarts d’heure, ça fait peu. « Pendant ce temps, au Furet… » souffle-t-il.  Si j’étais sur la Grand’Place…» S’il était sur la Grand’Place, il est sûr que ça cartonnerait. Car là, selon lui, Rihour n’est pas adapté. « Regardez, les sorties du métro. Aucune ne donne sur le kiosque directement. » Du coup, pas le temps d’être interpellé par tel ou tel titre notamment sur les côtés du kiosque. « Tournés sur la rue, pour les voitures. Qui une fois qu’elles auront repérées un titre iront l’acheter ailleurs. En plus, comme ce sont deux sociétés différentes qui gèrent l’espace pub et les titres diffusés, il arrive qu’on n’ait même pas les magazines. » C’est bête, mais c’est vrai…

Un Télé Z vendu, 3 centimes dans la poche du kiosquier

Un client prend L’Equipe, un autre La Voix du Nord, un troisième un journal people. Le triptyque gagnant dans le kiosque de Rihour. Sport, info locale et potins. Et certainement encore plus d’Equipe ces jours-ci avec le Mondial de foot. D’ailleurs, Steeve en a revendre des magazines qui parlent de Coupe du Monde. Il les mettrait bien en avant, mais il n’a pas trop le choix, vu la place qui lui est impartie et les titres qu’il est obligé de mettre en rayon (1 800 à 2 000). « Même des daubes. Si ça tenait qu’à moi... » Sauf qu’on l’a compris, dans l’histoire, rien ne tient beaucoup à lui : le kiosquier doit jongler avec les moyens du bords. Attirer le chaland et faire les marges ailleurs : « Télé Z, je le vends 39 centimes. Je touche 18% du montant. Enlevez les charges, il me reste 3 centimes. A ce prix-là, je vais plus vite à ramasser une pièce de cinq centimes tombée par terre. » Imparable, du coup, notre trentenaire développe le côté boissons, friandises et cartes postales. Des annexes plus rémunératrices. Et a priori, les services de voiries ferment les yeux quand son étal de cartes postales dépasse : « Ils peuvent me verbaliser, mais pour le moment, ça n’est pas arrivé… »

Un SMIC et puis c’est tout…

Dure, dure alors la vie d’un kiosquier sur la place Rihour ? Attention, Steeve n’est pas déprimé. Juste lucide sur l’avenir d’une profession qui n’a peut-être plus lieu d’être en province. « A Paris, c’est différent, certains kiosques peuvent même embaucher. Ici, une fois que je me suis versé un salaire (un peu plus d’un SMIC les bons mois), je ne peux pas payer quelqu’un d’autre. » Peut-être aurait-il dû s’installer à celui de la gare ? Même pas. « Ma soeur l’a tenu pendant quelques mois. Une catastrophe malgré le passage. Ben oui, les gens passent d’abord dans les Relays. » Et chopent les gratuits juste devant le nez du kiosquier, comme à Rihour. Lui, a en tout cas pris ces quelques années à se geler les miches dans le kiosque comme une expérience. La suite ? Il verra bien. Quant à celles des kiosquiers, il la connaît : « leur avenir, c’est la disparition ».

Retrouvez l’enquête complète sur les kiosquiers dans le Bakchich hebdo daté de samedi ( dans les kiosques ou sur leur site).

Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

POLITIQUE

EN ROUTE VERS LES LÉGISLATIVES

INFORMATIONS ESSENTIELLES, ANECDOTIQUES, DÉCRYPTAGES, ENQUÊTES, RÉVÉLATIONS, INDISCRÉTIONS, REBONDS DÉCALÉS... TOUS NOS ARTICLES S'INTÉRESSANT AUX FUTURES LÉGISLATIVES 2022 SONT PAR ICI ! ACCÉDER AU DOSSIER

NEWSLETTER DAILYNORD

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les + lus