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La Belgique retient son souffle

Mouchard Par | 10 juin 2010

La Belgique tirera-t-elle profit des élections du 13 juin, ou les résultats préluderont-ils à la scission inévitable du pays ? La réponse à cette question dépend en premier lieu du score de la N-VA, un parti flamand nationaliste radical qui aspire à l’indépendance de la Flandre.

Le 13 juin 2010, cela fera presque vingt ans que la population belge n’a plus été appelée aux urnes lors d’élections anticipées. Pourtant, les Belges sont allés voter à six reprises durant les sept dernières années. Le surréalisme et l’humour belge ne seraient pas loin si ce n’était que la succession d’élections pour la composition des différents parlements du pays hypothéqueront sérieusement sa gouvernance. La dernière décennie ressemble à une interminable campagne électorale pendant laquelle aucun parti ne s’est montré disposé à faire la moindre concession en vue d’un compromis qui favoriserait la gestion du pays.

D’une crise à l’autre

Malheureusement, le surréalisme politique ne se limite pas à cette succession dramatique d’élections. Les gouvernements belges des trois dernières années, sous la direction successive des premiers Ministres Yves Leterme, Herman Van Rompuy et à nouveau Yves Leterme, se sont traînés d’une crise à l’autre. L’appel au secours à toute une ribambelle d’éminences grises et d’anciens Ministres d’Etat n’a servi à rien. Médiateurs royaux, explorateurs, … le Roi, dont la loi belge demande qu’il initie la formation du gouvernement, s’est même vu obligé d’imaginer de nouveaux titres dans ses innombrables tentatives de sauver l’affaire.

Sans aucun succès. Après trois ans, les libéraux flamands du parti Open VLD ont définitivement débranché le gouvernement pour la simple et bonne raison que trois ans de négociations n’avaient pu mener à une solution concernant la scission de la circonscription électorale de l’arrondissement bilingue Bruxelles-Hal-Vilvorde. Aussi la campagne électorale actuelle se concentre-t-elle entièrement sur le thème de “BHV”. Sur fond de crise économique, d’un euro qui s’efforce de ne pas succomber sous la pression, d’un budget qui chaque jour s’enfonce un peu plus dans le rouge, d’un vieillissement accéléré de la population, la campagne en Belgique est tout d’abord un évènement d’ordre communautaire.

L’aspect surréaliste de toute l’affaire est que le nombre de citoyens belges qui comprennent toutes les finesses de la problématique BHV se compte sur les doigts de la main. Il y a deux mois de cela, le gouvernement a chuté sur un sujet brûlant dont quasi personne n’a saisi l’enjeu. Par conséquent, la campagne électorale se focalise sur un thème auquel la moyenne des Belges n’attribue qu’une importance symbolique.

“Dimanche noir”

Toutefois, nous revenons à la fois précédente où la Belgique a organisé des élections anticipées. C’était le 24 novembre 1991. Ce dimanche-là, le parti raciste du Vlaams Blok est sorti grand vainqueur de la lutte électorale. Plus tard, ce jour a été baptisé “dimanche noir”. Il coïncidait avec le début d’une croissance en apparence interminable de ce parti flamand nationaliste de l’extrême-droite.

Le succès grandissant du Vlaams Blok (devenu aujourd’hui Vlaams Belang) était tel que, lentement mais certainement, une coalition belge classique entre deux grandes familles politiques devenait mathématiquement impossible. En 2004, le parti raciste a remporté un succès monstre, condamnant ainsi les partis démocratiques de gauche, du centre et de droite à la formation de pactes artificiels de tous genres. En 2007, la convergence de trois facteurs – le manque inhérent de tension entre le gouvernement et l’opposition démocratique, les élections successives et la menace de l’extrême-droite – a poussé la Belgique dans l’immobilisme total.

Faute de véritables discussions de fond comme celles qui dominent les campagnes dans la plupart des autres pays, les partis belges se voient pratiquement obligés d’emprunter la voie communautaire. Lors des élections de 2007, le parti du centre Cd&V a formé une liste commune avec le parti séparatiste de la N-VA. Bien que le cartel ait remporté les élections, le conflit communautaire avait atteint un tel sommet qu’il devenait carrément impossible de diriger le pays. La circonscription électorale non scindée de BHV était devenu le symbole ultime de l’impossibilité d’obtenir un accord entre les différentes communautés linguistiques de la Belgique.

Entre-temps, le Vlaams Blok s’effritait à cause de tensions internes, et le cartel formé par le Cd&V et la N-VA explosait. Après la fin définitive de cette entente, le Cd&V n’a pas voulu lâcher son premier Ministre. Le résultat est qu’aujourd’hui, le parti du centre essuie un sérieux revers. En effet, dans les yeux d’une opinion publique flamande qui se fait de plus en plus radicale, le Cd&V a trahi la cause flamande pour maintenir son pouvoir, un pouvoir dont il ne s’est même pas servi. La N-VA – qui, il y a six ans, était trop petite pour franchir le seuil électoral, mais qui est sortie intacte du dialogue communautaire – est actuellement présumée de remporter 26 % des voix flamandes.

Après le 13 juin…

Même si ces sondages sont sans doute légèrement exagérés, une chose est déjà écrite dans les étoiles : après le 13 juin, ce sera à la N-VA de jouer. La question-clé sera de savoir si Bart De Wever, le leader charismatique du parti, fera preuve d’une fermeté inébranlable, ou s’il se joindra à un gouvernement qui pourra réaliser une grande réforme d’Etat. Ce n’est pas un secret que pour la N-VA, la condition sine qua non d’une telle réforme d’Etat est que celle-ci attribue toute une série de compétences aux régions et aux communautés. LA question cruciale est : est-il possible de trouver un compromis entre la N-VA, un parti qui remporte des succès électoraux grâce à une attitude intransigeante, et les partis francophones qui, en bloc, défendent des exigences parfaitement opposées.

La réponse à cette question est probablement : non. Ce qui conduit à une autre piste, plus plausible : une grande coalition des partis perdants. Les familles politiques traditionnelles qui, en serrant les fesses, dessinent pour la dernière fois une grande réforme d’Etat, dans l’espoir de faire d’une pierre deux coups en tarissant la source même qui alimente la N-VA.

Après le 13 juin, s’écouleront en principe quatre ans avant les prochaines élections. Pour la Belgique, ces quatre années pourraient apporter la paix politique dont le pays a tellement besoin. Mais l’électeur pourrait en décider autrement, en disposant les cartes de façon à ce que cette paix ne règne plus jamais. Il s’agit là d’une réelle possibilité.

Cet article est une contribution d’Apache News Lab, site indépendant lancé en octobre 2009 et animé par des journaliste néerlandophones belges.

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