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Ch’ti d’ailleurs : Charlotte Pollet, matheuse à Taïwan

DailyUne | Petite histoire Par | 07 juin 2010

Ça faisait quelques semaines qu’on ne vous avait pas envoyés voyager par interviews interposées. On répare ce grand mal avec une destination originale : Taïwan et sa capitale Taipei. Méconnue à part pour son “made in”, l’île a attiré l’attention de Charlotte Pollet. La Hémoise s’est mariée il y a quelques semaines à un Taïwanais et effectue un doctorat en mathématiques au bord de l’Océan Pacifique, après quelques années d’enseignement. Interview.

[singlepic id=1318 w=320 h=240 float=left]DailyNord : Qui est Charlotte Pollet ?

Charlotte Pollet : “Je suis née à Roubaix et j’ai grandi à Hem. J’ ai un DEA de philosophie-histoire des sciences, ainsi que d’autres diplômes en sanskrit et chinois, tous obtenus à Lille III. J’ai enseigné la philosophie et l’histoire des sciences à HEI, l’ICAM et l’EDHEC à Lille pendant cinq ans, avant de partir enseigner en lycée en Suisse, puis d’emménager à Taïwan, où je vis depuis 3 ans.  Actuellement, je reprends mes études en doctorat, spécialisée en mathématiques (algèbre) et histoire des mathématiques (comparaison des pratiques de l’algèbre de l’Inde et de la Chine). Je travaille en collaboration avec l’Université Nationale Normale de Taïwan et Paris VII. Mes recherches sont financées par le Ministère de l’éducation de Taïwan.”

DailyNord : Comment se retrouve-t-on à Taïwan ?
Charlotte Pollet : “Cela fait très longtemps que je m’intéresse aux mathématiques anciennes et à l’influence des langues et cultures sur les raisonnements en mathématiques. J’avais déjà voyagé à Pékin (Chine) plusieurs fois et dans d’autres pays d’Asie (Mongolie, Vietnam, Kirghizistan). Il se trouve que Taïwan est un melting pot culturel où plusieurs langues sont parlées (mandarin, minan, hakka et 13 langues austronésiennes), où le chinois traditionnel est toujours utilisé et où l’on sent une certaine influence du Japon sur les institutions. Et il se trouve aussi que les élèves taïwanais sont parmi les meilleurs pour les mathématiques. Il me semblait que c’était le meilleur endroit où aller pour ce type de travail et j’ai donc été ravie que le gouvernement de Taïwan accepte de financer mes recherches.”

“Tout est orienté sur le travail”

DailyNord : Et donc, concrètement, votre travail consiste en quoi ?

Charlotte Pollet : “Mon travail consiste principalement à traduire et commenter des traités anciens, du chinois et sanskrit vers l’anglais et à observer les façons d’enseigner. Et bien sûr à faire des maths abstraites en chinois aussi. Je travaille régulièrement au Japon pour étudier les mathématiques sanskrites. Je suis la première et la seule étrangère à entrer dans le département de maths de NTNU. Les structures ne sont pas adaptées aux étrangers là où je travaille, c’est donc à moi de m’adapter.”

[singlepic id=1319 w=320 h=240 float=right]DailyNord : L’adaptation justement. Quelles sont les principales différences de mode de vie ? Et les points communs ?

Charlotte Pollet : “C’est difficile à résumer et comme cela fait 10 ans que je voyage en Asie, je ne m’étonne plus de choses qui pourraient paraître exotiques à quelqu’un qui vient d’arriver. Ça ne veut pas dire que je suis blasée, mais que je m’étonne d’autres choses ! Taïwan est un pays développé : donc, on a droit aux bouchons ou on prend le métro pour aller bosser. Une journée type ne diffère pas tellement du métro-boulot-dodo qui peut exister en France. La société des loisirs n’est pas encore très développée et tout est orienté sur le travail. Ici, il est normal d’être joignable à n’importe quelle heure, d’envoyer des rapports à 3h du mat’, de recevoir des instructions le dimanche matin à faire pour le lundi  et de ne pas compter ses heures de travail. Les relations sont très hiérarchisées et il faut vite comprendre l’ordre de préséance pour s’en sortir au boulot. Il y a très peu de vacances  et il faut rattraper les jours fériés le week-end. Mais parfois il y a des congés surprises : les vacances-typhon (taiphun jia) en octobre, qui portent bien leur nom ! Autre spécificité : le sens de l’accueil. Jamais un Taïwanais laissera un étranger tout seul face à un problème, il en profitera pour pratiquer les quelques mots d’anglais (et parfois de français) qu’il connaît. Et quelque soit le problème, il trouvera toujours une solution, et ce avec le sourire.

Pour le point commun ? Je dirais que le Taiwanais est aussi obsédé que le Français par la nourriture. Les deux cultures n’ont pas de mal à se retrouver autour d’une bonne table pour y passer la journée. Les Taiwanais passent leur temps à échanger des adresses de bons restaurants et à parler du prochain repas.”

DailyNord : L’île est méconnue des Européens. S’il fallait nous la décrire en quelques mots…

Charlotte Pollet : “L’architecture des villes y est malheureusement désastreuse, surtout pour un Européen habitué aux vieilles pierres et aux villes historiques. Ici, on a le choix entre des quartiers modernes très anonymes ou des petites rue où tout semble rafistolé mais à l’ambiance sympathique. J’ai choisi de vivre dans un quartier rafistolé. Heureusement, hors des villes, la nature est belle à couper le souffle : montagnes luxuriantes, abondance d’orchidées et de papillons, rivières poissonneuses. Dès que j’en ai l’occasion, je sors marcher dans la jungle sur les chemins aborigènes. Taïwan étant une île, il y a donc des plages, mais le soleil est brûlant et souvent le temps très humide (le crachin du Nord, c’est rien à côté !). J’essaye de visiter un maximum et de passer le plus de temps possible avec les Taïwanais pour m’intégrer.”

Décorer sa maison avec du foie de cochon…

DailyNord : Une ou deux anecdotes sur la différence de cultures et les incompréhensions qui en découlent ?

Charlotte Pollet : “Je sers le thé à une dame âgée, et avant de la servir lui demande si elle en veut. Je sens un silence gênant. On me fait comprendre après qu’il ne fallait pas demander, car sinon elle doit dire non ! Autre chose, pendant une conversation avec ma belle-mère :  Je lui dis que je veux acheter des Zhu Gan (bambou séchés) pour décorer la maison, mais que ceux que j’ai trouvé sont trop petits. Ma belle-mère réagit en me prenant pour une folle. J’avais en fait mal prononcé Zhu Gan, elle avait compris du foie de cochon.  Quant à ce qu’il se passe dans une classe, c’est un livre d’anecdotes qu’il faudrait écrire…”

DailyNord : Suivez-vous l’actualité française ? Et envisagez-vous de revenir vous installer dans la région ?

Charlotte Pollet : “Je suis de près ce qu’il se passe en France en allant sur quelques sites web tous les jours. Quant à la région, j’y reviens régulièrement pour voir la famille. Mais pour l’instant, je n’envisage pas de m’y installer. Il y a trop d’endroits que je voudrais encore visiter !”

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