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Le périple de Convallaria Majalis

DailyUne | Petite histoire Par | 30 avril 2010

Je me prénomme Convallaria majalis. Bien sûr, vous ne me connaissez pas. Je vous refile un indice : on m’appelle aussi gazon de Parnasse, grelot, clochette, larmes de sainte-Marie… et muguet de mai. Eh oui, je suis un de ces 40 à 45 millions de brins produits cette année dans la région nantaise -80% de la production française, question de climat. Un de ces brins cueilli la semaine passée et en première ligne dès aujourd’hui chez les fleuristes de la région avant le grand rush de demain.

Je tiens d’abord à préciser les choses. Qu’on ne me confonde pas avec un ces vulgaires brins tels qu’on peut en ramasser à la pelle dans les bois (du moins les autres années, parce que cette année, avec l’hiver qu’on a eu, c’est pas gagné…). Ce muguet des bois opportunément cueilli à la veille du 1er mai qu’on propose aux automobilistes à un feu rouge de Carvin, de Caudry ou je ne sais où dans la région. Non, moi, je sais me tenir avec ma tige épaisse. Je suis un brin fort bien élevé. Objet de délicates attentions depuis quelques semaines. Depuis des années même, pourrais-je dire. Car dans ma serre de Loire-Atlantique, on ne récolte que le muguet dans les troisièmes et quatrièmes années de culture. Eh oui, je n’ai pas peur de le dire, je suis un peu de la graine de champion ; d’ailleurs, on m’a classé en catégorie extra avec mes huit clochettes (c’est mieux que les catégories 1, 2,et 3) déjà écloses et toutes disposées du même côté sur ma hampe. Alors forcément, la belle plante que je suis ne sera pas vendue à la sauvette, mais chez un fleuriste digne de ce nom.

En venant de Nantes…

Je vous raconte. Cueilli à la main la semaine passée, on m’a d’abord placé en compagnie de 49 autres brins pour former une botte. Que des brins triés sur le volet, rien que de l’extra comme moi. On ne se mélange pas ! Près de 16 euros la botte chez le producteur, quand la vile qualité se vend (je devrais dire se brade) à 10 euros à peine. Un brin plus cher que l’an passé, je vous l’accorde. Dès la semaine passée, j’ai vu mes amis, en pots ou en bottes, partir vers Rungis, vers la Belgique… Un peu partout, en fait, parce que nous autres muguets nantais, notre réputation ne s’arrête pas aux frontières hexagonales. D’autres encore sont directement partis vers les centrales d’achat de la grande distribution. On était 40 à 45 millions de brins (à peu près comme l’an passé, paraît-il), venus d’une trentaine de producteurs notre Nantes natale.

Moi, j’ai échoué au MIN (marché d’intérêt national) de Lomme (Lille). Huit bonnes heures de camion en se demandant où on allait atterrir. Huit heures de bitume sans un seul arrêt. Parce qu’en cette saison, le muguet ça vaut de l’or et qu’on a déjà vu, par le passé, des camions dérobés sur une aire d’autoroute. J’ai entendu le grossiste le raconter à un journaliste. Bref, sitôt arrivés à Lille, on nous a mis au frais. Avec du muguet de Dunkerque et de Hollande. Mais je vous l’ai dit, on n’aime pas trop se mélanger : on est donc restés entre Nantais. Huit palettes au total qu’il y avait chez ce fournisseur nordiste. Quelque 100 000 brins de différentes catégories.

Robe de cellophane

Et dès lundi, le grand défilé a commencé. Avec des fleuristes de toute la région s’enquérissant de notre santé et désirant nous acheter. Quelque 150 professionnels rien que chez mon grossiste qui n’est pourtant pas le seul installé sur le MIN de Lomme. Je ne vais pas vous raconter de bêtises, tous les fleuristes de la région ne sont pas venus au MIN : certains sont allés s’approvisionner en Belgique, par exemple, d’autres directement à la source chez les producteurs de Nantes ou Bordeaux, l’autre grande région productrice en France.

J’ai failli être vexé : j’ai dû attendre jeudi qu’on daigne vouloir de moi ! Sans doute un fleuriste qui n’avait pas de chambre froide et qui attendait le dernier moment. Ah, il était fin heureux notre grossiste quand il m’a vu partir dans la dernière fournée. Imaginez, l’an passé, il lui était resté une palette sur les bras ! Faut dire que le muguet du 1er mai ne se vend plus aussi bien qu’auparavant. Près de 15 % de ventes en moins chaque année depuis trois ans, dixit l’Office national interprofessionnel des fruits, des légumes, des vins et de l’horticulture. Paraît que cela vient de la concurrence de ce muguet virtuel envoyé via l’internet. Mais cette année, mon grossiste a tout vendu au prix voulu… Quel prix ? Ça, il préfère le garder pour lui, parce que ses clients qui revendent le brin à un euro au bas mot, ils n’apprécieraient guère. En tout cas, une fois installé dans la boutique de Roubaix, je n’ai pas attendu très longtemps. Je suis parti parmi les premiers, dès jeudi soir. On m’a adjoint une rose et on m’a habillé de cellophane… Trois euros. Et maintenant ? Remis de mon périple, les pieds dans l’eau, je compte bien me la couler douce pour la fête du travail…

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