DailyUne | Réflexions Par | 11H57 | 02 avril 2010

Le roman social qui raconte Metaleurop

Bien sûr, feue l’usine sidérurgique de Noyelles-Godault n’y est jamais citée. Dans Les Derniers jours d’un homme, la fâcheuse usine s’appelle Europa. Europa – Metaleurop, une proximité voulue par Pascal Dessaint. L’auteur de romans noirs, né à Dunkerque, évoque la fermeture du site du jour au lendemain en janvier 2003. Sans préavis. Avec ses 830 salariés laissés sur le carreau, sa pollution historique demeurée aux bons soins des pouvoirs publics et sa population plongée dans le désarroi. Un drame sanitaire, social et écologique que Pascal Dessaint retrace à travers le destin d’une famille décimée. Avec de l’émotion, sans sombrer dans le pathos, de la colère, sans verser dans le misérabilisme et beaucoup de lucidité.

Il y a ces détails qui ne s’inventent pas. Comme ces taux de saturnisme colossaux chez les enfants des communes environnantes. Ou cette idée reflet d’une certaine impuissance face à cette pollution, de cultiver certaines plantes afin de purger au fil des siècles, les sol souillés par Metaleurop-Europa.  Ou encore la bienveillance d’élus locaux et la résignation d’une population, pourvu que l’usine donne du boulot dans un bassin minier déjà gangrené par le chômage. “La trame est bien réelle. Par exemple, dans le livre j’évoque une réunion publique avec des ingénieurs : c’est directement inspiré d’un reportage vu à la télévision. La part d’invention réside dans le décor et dans les personnages”, confie l’écrivain.

Une histoire d’hommes

Même si Les dernier jours d’un homme se nourrit de la réalité, le livre n’en demeure pas moins un roman où l’auteur raconte “avec son parti pris et son originalité”. Un roman social, loin de l’exposé didactique ou d’une nouvelle enquête journalistique sur ce site souvent considéré comme le plus pollué de France. “Le but n’est pas de raconter le scandale Metaleurop : il y a une grande part humaine dans le livre. Il s’agit de montrer le désarroi d’une communauté humaine. Le livre est d’abord une histoire d’hommes.” Car pour appréhender Metaleurop, il est sans doute nécessaire de capter cet environnement si particulier et propre au bassin minier, avec cette population ouvrière tirant sa dignité d’un travail quel qu’il soit.

Pascal Dessaint connaît bien cela. Fils d’ouvrier, il a grandi à Dunkerque avant de quitter la région à l’âge de 20 ans. L’auteur s’est légitiment senti concerné. “En 2003, lors de la fermeture brutale de l’usine, j’avais été très attentif à ces événements. J’ai notamment découpé tous les articles que je trouvais sur le sujet. J’ai quitté Dunkerque dans les années 80, au moment de la fermeture des Chantiers de France, et je me souvenais alors du traumatisme.” Mais la motivation de Pascal Dessaint tient aussi à des raisons plus intimes. Une sœur partie trop tôt victime  d’un “cancer curieux”. “Un cancer dont on ne connaît pas la cause, mais dont on peut soupçonner l’environnement.” Et cet environnement, justement, c’est l’usine Metaleurop, à proximité de laquelle la sœur de Pascal Dessaint avait travaillé durant sept ans.

Paysage apocalyptique

Au cœur du roman, l’usine n’est pourtant jamais citée. Ni les communes de Courcelles-lès-Lens, de Noyelles-Godault ou d’Evin-Malmaison. “J’ai pris quelques précautions afin de me donner toute liberté d’action. Dans le livre, l’usine s’appelle Europa et son actionnaire principal la Silver Company (pour Glencore, ndlr). Je n’ai donné aucun nom de ville : mais la localisation est identique. Nous sommes dans le Nord – Pas-de-Calais, on retrouve l’autoroute, le canal, les terrils.” Le terril qui domine l’usine, avec son canal en bordure, sa petite guérite à l’entrée ou sa tour à plomb. Les derniers jours d’un homme ne sont cependant pas un roman de terroir. “Le fait de ne pas donner de localisation précise, permet aussi d’universaliser le récit et de montrer la menace industrielle et le risque de pollution au-delà de la région.”

Car Pascal Dessaint demeure “sensible aux problématiques environnementales”. Une sensibilité présente au travers de la plupart de ses romans. “J’habite aujourd’hui à Toulouse et j’ai vécu le drame AZF en 2001 (évoqué notamment à travers Loin des humains, un précédent roman, Ndlr). Mon réflexe a donc été de gratter un peu autour de l’usine Metaleurop. Et je me suis rapidement aperçu que dans cette zone, les cas de cancers étaient plus nombreux. La carte des cancers semblait correspondre avec la carte de l’industrialisation. En tant que fils d’ouvrier, je me suis donc senti le devoir d’écrire ce roman.Un devoir de mémoire presque. A l’instar de Judith dans le roman qui, parvenue à l’âge de l’adolescence, tente de comprendre ce scandale bien des années plus tard. Comprendre ce qui paraîtra bientôt inimaginable : comment des hommes, au début du XXIe siècle, ont pu accepter l’inacceptable. Et comment des patrons voyous ont pu exploiter une population quand ils en avaient besoin avant de la jeter quand celle-ci leur paraissait inutile.

“Les Derniers jours d’un homme”, de Pascal Dessaint, Editions Rivages, mars 2010, 240 pages, 18 €.

Le site de Pascal Dessaint

Un peu plus de DailyNord ?

1 Commentaire

  1. J’ai lu ce livre et je l’ai trouvé chiant. Pascal Dessaint n’a pas très bien réfléchi à son intrigue qui ne décolle à aucun moment. Au final, la structure complexe du récit, avec deux voix qui se répondent à une quinzaine d’années d’écart, nuit au plaisir de la lecture. L’intérêt pourrait donc résider dans la peinture du milieu très particulier qu’étaient les environs de l’usine Metaleurop. Encore raté. J’y ai grandi et je sens bien que ce n’est pas le cas de l’auteur: il n’a rien d’original à nous en dire. Pire, il prend le prétexte de ne pas nommer Metaleurop, comme le relevez, pour faire de l’affaire Metaleurop une sorte de récit “universel”. Ça fonctionne très mal, j’ai trouvé: le roman raconte quelque chose qui ressemble à Metaleurop sans saisir la réalité de ce que fut Metaleurop. Ça ne rend pas service au lecteur. Et je ne parle même pas des anciens métallos qui auraient essayé de se plonger dans ce récit pauvre en émotion.

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Les articles de DailyNord les...

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les vraies raisons de la baisse de fréquentation du Louvre-Lens

Baisse de fréquentation, impacts économiques limités sur le Lensois, DailyNord a enquêté sur le Louvre-Lens. Une enquête en trois volets à consommer sans modération.

Comment le Conseil régional compte affaiblir les associations écologistes

Baisse de subventions ou coupures sans préavis, DailyNord révèle comment le Conseil régional des Hauts-de-France a l'intention d'affaiblir les associations qui gravitent autour de l'écologie et de l'environnement. Retrouvez notre enquête.

Pour ne plus jamais louper un excellent article de DailyNord

L’unique et le seul dictionnaire officiel du Nord – Pas-de-Calais

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord - Pas-de-Calais

Les livres avec Eulalie

Mais qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

>>> Découvrez le DailyProjet

Partenaire